( 31 décembre, 2011 )

J’ai flirté avec elle

Il n’est pas toujours facile de parler de sois, sans que cela paraisse un peu prétentieux, mais qui mieux que moi peu parler de moi, sinon moi !

Le 16 octobre 2003, le docteur Yveline CARRE de la médecine du travail, après un bon électrocardiogramme, chipote sur le fait que j’ai un peu de sucre dans les urines, je lui répond que l’urine sert à cela, éliminer les cochonneries !

J’ai souvent un a priori sur la médecine du travail comme la visite du poids lourd, si cette dernière est complètement des plus inutile, le toubib vous réclame en premier le chèque, puis discute avec vous, ne pouvant pas trop pousser la visite, car même le matin il est déjà dans un état d’ébriété avancé. Il n’est pas capable de juger si vous pouvez conduire ou pas !

La première, la médecine du travail quoique nettement plus sérieux ne vaut pas plus, la c’est le contraire, en bon fonctionnaire, c’est le parapluie qu’ y est ouvert ; il vous faut toujours justifier de ceux- ci ou cela, pour ne pas à avoir prendre une décision, qui pourtant devra être prise, suis-je apte à travailler ou pas, c’est la seule question, il y va avec une seule réponse, oui ou non. C’est là que l’on vient vous tracasser, alors que ils ont déclaré apte des hommes ou femmes, comme ma cousine, à l’article de la mort, et qui s’éteignaient dans les semaines qui suivaient.

L’année ce termina dans un calme des plus reposant, pas de fête, ni repas copieux, sérieux, j’attaquai la nouvelle année, après l’échange de bons vœux, sous de bons hospices.

A la mi janvier l’entreprise CAP de Lavelanet, me demande de venir les dépanner, ce que je fis. Me voila donc parti conduire des bus !

J’ai fait le transport de l’équipe de rugby une fois en double et le 31 et 1 février en simple sur la ville de La Teste, le lundi de repos je suis resté à la maison, le soir j’ai regardé la télé, puis je suis parti au lit, car j’avais une petite douleur à la poitrine, que j’ai attribué au fauteuil inconfortable et à la mauvaise position.

Mardi je suis allé faire mon travail, comme à l’accoutumer, le soir vers 19 heures 30 je suis à la maison, le souper vite fait préparé, et je m’installe devant la télé, après les infos il y à un match de football Auxerre Nantes. La mi temps intervient vers 22 heures 45, comme je ne me sens pas des mieux avec légèrement un peu froid, je vais donc au lit.

Minuit l’heure du crime,

Dans mon profond sommeil, une dame peu vertueuse me fait des propositions, m’invite à la suivre dans un lieu paradisiaque, persuadé que c’est vers l’enfer qu’elle veut m’entraîner, je me refuse de partir flirté avec la mort, que je ne connais pas.

L’effet est immédiat je me réveille ; avec une douleur intense dans le thorax, comme si on m’avais donné un coup de bâton, voir même avoir reçu une voiture de plein fouet.

Toute ces comparaisons sont des plus audacieuses, voir exagérées, car je ne connais pas grand monde capable de prendre une bagnole sur le râble, et pouvoir venir le raconter.

Mercredi 4 février

La douleur est là, toute la nuit j’ai déambulé du lit à la salle à manger, et vice versa, rien n’y a fait, j’avais mal, à 6 heures j’étais habillé, rasé et avait déjeuné, au quart je suis parti sur Lavelanet, à 6 heures 30 je sort mon bus, je raconte mes déboires et douleurs à deux collèges, l’un, Serge me dit : « fait pas le con, le père de mon gendre à 57 ans il y a quinze jours a fait un infarctus, il avait une douleur comme toi », ce qui nous fit légèrement sourire de cette comparaison active. Comme quoi il ne faut pas encore une fois vendre la peau de l’ours, et n’est il pas dit dans les commandement de dieu «  tu ne te moquera pas ». Tout en étant des plus athée cela donne parfois à réfléchir, et si s’était le tout puissant qui recrutai du monde pour entretenir sa pelouse, et qui aurait envoyé sa femme, ou une servante, se serait un comble, venir chercher un mécréant de mon espèce, capable de lui mettre la panique dans son service, voir le lui désorganiser, comme il est bon je ne pense pas que j’ai pu l’intéressé à un moment quelconque. Et pourtant !

 

Je démarre avec le bus pour Chalabre, je dois en repartir à 7heures, il n’y a que un seul élève mais il faut y aller, puis les suivants sont au Peyrat,  et sur tout le chemin pour les conduire à Jaquart, Pasteur et Victor Hugo, à 8 heures je suis au dépôt, comme je ne suis pas au mieux je préfère rentrer, ce qui fut fait à 8 heures 45. Cela ne c’est pas arranger je téléphone donc au toubib, qui me dit d’aller chez lui dans son cabinet, je mi rend aussitôt, il est à la place du marché, après quelques minutes le docteur Berenguer me reçoit, et me questionne, puis me fait allonger torse nu sur la table, il me met des ventouses et me fait un électrocardiogrammes.

JE SUIS EN TRAIN DE FAIRE UN INFARCTUS !

Il me demande ou je veux être soigné, la Soulano me parait le mieux, je passe chez moi prendre des affaires, et je fille sur Lavelanet, chez un cardiologue le docteur Foures, rebelote il confirme le diagnostic, et m’envoie dans la dite clinique.

En sortant je rencontre Jean Paul le copain depuis 20 ans, il m’explique que dans l’orchestre c’est le bordel, par manque de dates, et moi de lui expliquer mon état.  

Je reprend ma voiture, car je suis venu seul avec ma bagnole, aucun des toubibs ne m’a demander comment je voyageait, ni même prévu une ambulance, et vais au travail ou mon intention est de laisser la voiture là, et de me faire monter par un collègue a la clinique, après un bonjours et donner des nouvelles de ma santé une collègue se propose de me porter dans la clinique par les urgences.

Je me présente à l’accueil, un coup de fil dans le service, on me demande de patienter en attendant que quelqu’un vienne me chercher, ce qui fut très rapide.

Une paire de minutes, une aide soignante avec un fauteuil roulant m’invite à  m’asseoir, nous prenons l’ascenseur, direction les soins intensif  la réanimation.

Les soins sont immédiat, le goûte à goûte, l’electro en permanence, qui vérifie les pulsations cardiaques, l’entré d’air, la tension est sûrement d’autre choses, le tout relié à un alarme.

Pas trop de possibilité de bouger, mais je ne suis pas là pour festoyer.

J’ai le temps de « jeter un œil ». Je suis surpris de l’état de vétusté de l’installation électrique, de la peinture défraîchie, le tout à facilement 20 ans. Une pièce rébarbative, et pas aux normes pas de détection d’incendie, le seul point positif est le lit, qui est médicalisé, ce qui veut dire que chacun peut ce le régler selon son besoin.

Toutes les heures la tension s’enclenche automatiquement, un gros avantage surtout la nuit quant tu dors, sa ce gonfle, et cela fait mal, déjà dans la journée c’est insupportable, j’ai demandé que l’on me le desserre mais la réponse fut négative, je ne suis pas la pour faire le beau, alors souffre et ferme là !

La piqûre au ventre trois fois par jours, au bout de huit jours on pouvait découper suivant les pointillés.

Dans l’après midi j’ai eu de la visite, ma fille Galia, et ma femme, elles sont rentées l’une après l’autre, en tenu de cosmonaute avec d’horribles blouses ce qui est d’un ridicule, mais c’est le règlement.

Pour le service du repas du soir, j’ai pu discuter avec une Chalabroise Véronique. 

Trois fois par jour on ma faisait le test du diabète, les cachets tout pour être heureux quoi !

Le mercredi soir dans la nuit, je suis réveillé par une alarme, inquiet, j’ai le cœur qui me lâche, que nenni, en remuant l’appareil c’est débranché, ouf ! L’infirmière va venir le rebrancher, au bout de facilement 10 minutes, comme cela me gonfle je me penche et réussi à attraper un fil, et je rebranche l’outil, ce qui à pour but de calmer la sonnerie, mais heureusement que ce n’était pas ma pendule, car je n’ai vu personne.

A qui ce fier, plus j’y pense,  plus je me dis que c’est le bordel, et c’est partout, les gens non plus l’amour du travail.

Le jour que je ne vois pas se lève, car il n’y a pas la moindre fenêtre, ce jeudi 5 février est un autre jour, tout aussi monotone que la veille, rien de bien captivant, et toujours des soins.

L’après midi, la femme et la fille sont revenues me voir.

La nuit arrive, mais cela ne me touche guère, dans mon blockhaus, le temps passe sans que l’on puisse, vérifier a partir du ciel, si il est clair ou ombrageux, alors la nuit peut  ce présenter elle ne modifie pas le rythme de vie, mais voir le soleil réconforterai justement le cœur, l’humain n’a rien d’une taupe.

Dans la nuit je débranche volontairement, et crée une alarme, devinez le résultat !

Et bien braves gens ; rien !

Quand je dis rien, cela veut dire que personne, pas le moindre soignant à l’horizon. Ce qui revient à dire que je suis mis aux urgences, pour y être surveillé, et qu’il n’en fut rien. Et que l’on ne me dise pas que c’est un manque de personnel, l’infirmière y était présente mais elle dormait où tout simplement elle s’en moque !

Le vendredi 6 dans la matinée je suis descendu, pour y subir des examens, par le docteur Foures. Il m’explique que c’est une coronaire qui est bouchée, et les autres peut être rétrécies, il faut donc envisagé Rangeuil !

Je lui demande de remonter en chambre, il donne son feu vert, l’après midi je part dans la chambre 300 au 3° étage, les femmes peuvent restées plus longtemps, et ensembles.

Pour les soins c’est pareil, deux fois par jours électrocardiogrammes, maintes fois la tension, comme le test du diabète, les cachets, et trois fois la piqûre sur le ventre, qui commence à faire grise mine, le passage de l’aiguille laisse un joli bleu.

Le samedi 7, est plus calme, les soins et le visite de l’autre fille Virginie, qui avec son copain, sont venus avec ma femme.

J’ai enfin peu prendre une douche, jusqu’ici le lavabo servait pour la toilette

Jusque là le cardiologue passait deux fois par jours, le samedi soir il m’annonce que dimanche il est de repos, et que cela sera un confrère qui est de permanence, et devrai faire la visite.

Dimanche 8: soins, toilette, repas, l’après midi, la famille est au complet, ma femme Françoise, ma fille Virginie et son copain Patrice, mon autre fille Galia avec Marc son copain et son fil Clément. Ces derniers ne restent pas longtemps, avec le garçon qui pourtant est sage et calme, mais il faut reconnaître que il y a d’autre visite à faire que celle là.

Patrice en profita pour aller fumer une cigarette.

Virginie me dit qu’elle sera à Toulouse demain, et qu’elle viendra me voir.

Me voila seul avec le voisin de chambre, un pépé, qui passe son temps a calculer à qu’elle heure le repas va arriver, regrettant de ne pas avoir eu le goûter, comme au temps jadis.

Vers les 20 heures le cardiologue de service, est présent, et me fait un électro.

Lundi 9 au matin, les soins, la toilette, et le repas, il est prévu que mon départ s’effectuera à 14 heures 30.

Dans la matinée vers les 10 heures, j’ai la visite des femmes de la CAP, la chef Geneviève, et Puri, les deux belles étaient inquiètes de ma santé, cela fait toujours plaisir. Depuis la chambre elles donnent un coup de fil à Muret (siège de l’entreprise) j’ai donc en plus au bout du combiné Thierry  et Philippe.

Les hommes sont des chefs, Thierry était à Lavelanet, puis il a été muté, ou il est chef d’exploitation, en un mot il planifie le parc, Philippe quant à lui est directeur commercial, les deux ont toujours été des garçons, sympathiques, tandis que à Lavelanet ce sont des femmes qui gouvernent, elles ont en plus de la beauté, compétente, ce qui ne gâche rien, et je rajoute pour mon cas, de bonnes collègues très agréables. Elles m’ont portées un livre, sur l’histoire sachant que j’aime ce thème.

Je me prépare donc à partir !

Le cardiologue vient faire une dernière visite, et me confirme le départ pour 14 heures.

Surprise, c’est la femme du copain Richard, elle est surveillante, infirmière chef, et elle était en congé dans la semaine, reprenant ce lundi le boulot, elle voit en partance un dénommé Serge Fournié, elle connaît le loustic et vient aussitôt me voir, je lui explique l’aventure, elle n’est pas étonnée de la folie, conduire avec un infarctus. Son mari lui a fait le même coup, c’est pour cela que nous sommes amis, un peu fou ! Chacun a notre manière.

Elle me rassure sur le devenir.

L’heure du départ approche après un repas léger et insipide, à 13 heures 30 l’ambulancière qui vie avec Christophe (un garçon de Chalabre) m’embarque sur la civière et zou direction Toulouse la capitale du rugby, nous faisons un crochet par Chalabre, pour y prendre des affaires.

Je regarde la ville de ma naissance persuadé que peut être c’est la dernière fois, sinon sûrement pas de si tôt, il est question de me faire un pontage coronarien, l’opération est lourde est nécessite 2 mois dans une maison de repos.

Je ma laisse transporter vers mon destin le moral au fond des chaussettes.

Arrivée à Rangeuil   

L’ambulancière ne peut s’arrêter devant l’entrée de l’admission aux urgences, la cause est que d’autres ambulances sont stationnées devant, ce qui est inadmissible et lamentable, elle se gare dans le parking et avec un jeune stagiaire descend la civière, les 100 mètres parcouru sous la pluie ce qui gâche une arrivée triomphale, nous nous dirigeons vers l’accueil.

La réception est un peu longue pas loin d’une demi heure, alors que nous savons que je suis là pour le service cardiologie, que nous atteignons. Sur mon lit roulant je me demande pourquoi cette attente, le réponse est simple il n’y a plus de place, une heure plus tard toujours avec mon ambulancière et moi sur la civière nous passons de service en service de chirurgie de ceci à la chirurgie de cela c’est plein partout.

Finalement le service neurologie m’accepte, j’ai cru un moment que avec mon ambulancière, qui commençait à perdre patience, nous allions terminer effectivement dans ce service.

Un jeune interne le docteur Boudou est venu me voir pour me donner des explications sur l’opération du lendemain.

Il m’explique que : c’est comme en plomberie quant il y a un tuyau de boucher, il faut le déboucher c’est le but de l’opération du lendemain

Je lui répond fermement que : si le plombard ne fait pas bien son boulot, il prend un tir et la porte avec perte et fracas.

Le soir deux filles en blanc viennent pour me préparer, le rasoir et la mousse à raser sont de sortie, avec d’infinies précautions elles me rasent autour du sexe. Je surveille que le rasoir ne glisse pas, un accident est si vite arrivé.

Les filles de monsieur propre me donne un flacon de bétadine rouge et je dois aller me doucher dans la salle d’eau qui est dans le couloir, même pas dans la chambre. Dans ce local c’est le foutoir il y a de tout en stock, n’importe qui peut se servir ;

Je me couche légèrement angoissé.

Le petit déjeuner est léger après une longue nuit.

Mardi 10

9 heures, un brancardier avec mon aide me glisse sur sa table roulante, et m’ordonne de rester allongé, grâce à l’ascenseur nous nous trouvons dans les sous sols, la visite n’est pas des plus intéressante, le tout est en béton brut des recoins par ci des caves par là, les chariots qui se croisent, ça papote parfois, enfin nous arrivons dans un couloir mieux éclairé.

Garé comme dans un parking (non payant) je patiente c’était là ma fonction.

Vers les 10 heures je rentre dans le bunker, le brancardier me fait faire un 110 mètres haie, il y a des fils sur le sol et il doit chaque fois lever le moyen de transport.

Le bloc est sombre toujours en béton brut très peu éclairé, la luminosité étant produite par le mur d’écran de télévision de contrôle.

Avec l’aide des infirmières je suis glissé sur une table de planche plate, étroite, recouverte d’un cuir ou d’une imitation, pas confortable du tout.

Je retrouve l’interne, le docteur Boudou le plombier de service, le professeur Galinier, le docteur Richez, et une infirmière qui me dit être de l’Aude comme moi, elle est de Conques nous échangeons nos connaissances, cependant ils ma mettent une chape de plomb sur le corps à cause des rayons, une piqûre d’anesthésie locale pour poser un cathéter dans l’artère fémorale au niveau de l’aine droite.

Je regarde le travail d’exploration à la télé, avec les commentaires en direct, c’est à partir de l’aine qu’elle débute je vois la montée d’un fil avec de temps en temps comme un petit nuage, le professeur m’explique que c’est de l’iode, et cela permet de distinguer au scanner le travail. Voilà le moteur, le cœur, la coronaire droite celle qui est bouchée, le prof essaye d’ouvrir la voie, comme il a des difficultés je lui préconise de passer par derrière, ce qui fait rire mes sauveurs, et la miracle s’accompli, comme un asticot je distingue un filet de sang coule. Le prof me dit c’est gagné. Il gonfle un petit ballon et passe dans l’artère qui effectivement comme un plombard ramone la tuyauterie. L’équipe marque une pose, que je pensais être syndicale, que nenni ils attendent le grand ponte, le professeur Fauvel, qui lui prendra la décision sur la suite à donner. L’inventeur du stent donne son accord pour que je puisse bénéficier de sa découverte. L’équipe reprend le travail et me place un ressort de 2,75 mm de diamètre et de 23 mm de long.

 

Me voilà monté sur ressort, mais provisoirement il est interdit de bouger pendant 24 heures, et pour confirmer cela on me colle sur le bassin un sac qui me colle les fesses sur le brancard, pendant 6 heures, après une demi heure d’attende, le brancardier enclenche le turbo, et me refait la visite des sous sol de Rangueil, nous arrivons dans le service de cardiologie, qui n’accepte pas ma présence puisque j’était en neurologie, me voila donc reparti dans ce service, qui lui aussi et à juste raison ne me veut pas dans son pavillon, nous repartons en cardiologie, jusqu’au milieu de l’après midi je passe mon temps dans le couloir, sans bouger, la situation est plus que inconfortable et pas pratique pour les besoins naturels.

Je rentre en chambre toujours sans pouvoir bouger, quelques heures plus tard, j’ai le dos en compote le personnel soignant ne peu rien pour moi. « Souffre et ferme là ! », moi je gueule et rouspète.

En début de soirée le sac est enlevé, mais pas l’interdiction de se lever.

La nuit impossible de dormir du mal au dos de la chaleur et des vérifications régulières de ma santé.

Mercredi 11

Du lit des soins jusqu’à midi, avec une toilette rudimentaire, comme celle qui est faite dans la chambre, un repas léger comme l’établissement rustique, il est vrai que je suis là pour être soigné et non pas engraissé.

L’après midi la fille et la femme sont là, et miracle j’ai l’autorisation de me lever, je peux aller au toilette tout seul, se qui me permet de voir le coté archaïque de l’hosto, les chambres ne sont pas dotées d’hygiène ni de confort, douche (dans le couloir), la télé, sur le plan propreté cela laisse à désirer.

J’ai une visite, Henriette Brembilla, l’épouse du président de l’association : « il était une fois Chalabre », hormis le plaisir que procure sa venue, le moral reprend espoir.

En fin de soirée ma fille revient avec la femme et une collège de travail, qui vient voir sa mère qui n’est pas au mieux, j’apprendrais plus tard qu’elle à quitté se bas monde.                              

Puis une nuit de repos salvatrice me fit du bien.

Jeudi 12 : tout guilleret, je déjeune avec 2 biscottes du beurre de la confiture et du café.

Visite médicale, la cohorte de toubibs visionne la bête, avec la tension, un petit électro cardiogramme, un petit coup de stéthoscope par ci un autre par là, tout redevient normal

Le professeur Galinier ou le docteur Richez m’annonce que je repart à Lavelanet dans l’après midi. Le repas de midi était composé d’une salade de blé printanière, d’un rôti de dindonneau au jus, de blettes persillées, un morceau de fromage du Saint Paulin, un fruit du pain et un café.

 

 

Vers 14 heures une ambulancière, je quitte sans regret Rangeuil et la chambre 662. La fille aînée avec son copain et ma femme m’accompagnent à la voiture, je suis debout, je marche sous le soleil et après leur avoir fait la bise, je prend place devant à coté du pilote, plus exactement de la pilote, 1 heure ¼  plus tard nous somme devant la Soulano.

Après mon admission faite par mon ambulancière, je suis pris en charge par le service cardio, en médecine générale, qui me conduit dans une chambre, quelques examens et j’ai la paix, le soir la famille est de retour, tout le monde à bon moral moi aussi je vois la fin du tunnel.

Vendredi 13, sans être superstitieux, j’ai la sensation d’avoir devant moi une bonne journée, le petit déjeuner pris, le cardiologue, vient me chercher pour faire des examens, un électrocardiogramme et une échographie, il est satisfait du résultat, et m’annonce que dans l’après midi il me libère.

Le repas de midi est avalé avec délice, c’est la première fois depuis 10 jours que je trouve le repas bon.

La famille arrive je leur annonce que je rentre à la maison avec eux, c’est avec le sourire aux lèvres que nous effectuons le trajet.

J’avais préparé une épitaphe, qui disait ceci :

« Je ne peux pas dire tout ce que je pense. Mais je pense tout ce que je dis ».

En conclusion : Après avoir flirté avec la mort, si dieu n’a pas voulu de moi, qu’il se rassure moi non plus je ne voulait pas de lui. 

( 30 novembre, 2011 )

Camaron

Suite de la bataille de la crevette

 

  ÉPISODE DE LA GUERRE DU MEXIQUE

 

Texte paru en 1878, dans la revue des deux mondes

 

Parler de l’expédition du Mexique aujourd’hui, c’est la condamner. L’or et le sang de la France furent gaspillés en pure perte. Nos arsenaux furent vidés jusqu’à l’épuisement. Il y eut la retraite précipitée de nos troupes au premier signe du mécontentement des États-Unis, la mort tragique de Maximilien d’Autriche notre protégé, et la ruine de tant de braves gens qui sur la foi des discours officiels avaient cru à la solidité des valeurs mexicaines. Ce fut les conséquences trop tôt vérifiées d’une folle entreprise, qui nous laissait affaiblis désormais en face de notre véritable ennemi, jusqu’à la défection de l’homme qui s’y était acquis richesses et honneurs. Tout cela, pour nous, résume une des plus douloureuses pages de notre histoire. Il ne faudrait pas pourtant dépasser la mesure, et, par un sentiment exagéré, payer d’ingratitude ceux qui, tous les premiers, victimes des faux calculs d’une politique d’aventure, allèrent par-delà les mers soutenir l’honneur du nom français. Partis au nombre de quelques milliers, chargés de conquérir et d’occuper à eux seuls la surface d’un pays cinq fois plus grand que le nôtre, ayant à lutter tous ensemble contre les surprises d’un climat meurtrier et les embûches des guérilleros, nos soldats furent au Mexique ce qu’ils avaient été en Afrique, en Crimée, et en Italie, inaccessibles à la crainte, aux fatigues et aux privations. Lorsque l’on feuillette les bulletins militaires, on ne trouve pas un jour dans cette longue campagne de quatre ans, qui n’ait été témoin d’un ou plusieurs combats, souvent heureux, mais parfois contraires, car livrés d’ordinaire à la suite de marches écrasantes ou contre des forces dix fois supérieures. Il y eut là, sur cette terre lointaine, des prodiges, inouïs de valeur, de constance, et de dévouement à la patrie et au drapeau. Un souffle d’héroïsme semblait avoir passé dans tous les rangs. Et, un tel fait d’armes à peine connu, comme la prise du Borrego ou la défense de Camaron, aussi glorieux que Mazagran, et non moins beau que les Thermopyles, (du grec qui veut dire : porte chaude), mériterait de devenir légendaire dans notre jeune armée.

L’armée française venait de lever le siège de Puebla, et s’était repliée sur Orizaba, serrée de près par les troupes victorieuses. Cette ville est dominée par le Cerro del Borrego, autrement dit la montagne de l’Agneau, haute de 400 mètres environ et si abrupte, qu’on n’avait pas crue d’abord nécessaire de l’occuper. Dans la soirée du 13 juin seulement, une des deux compagnies du 99ème de ligne, placées en avant-garde de ce côté, reçut l’ordre de s’en emparer au plus tôt. Mais, déjà un corps de 3 000 ennemis, tournant par les bois, avait gravi la position et s’y était retranché avec quelques pièces d’artillerie. A minuit, le capitaine Détrie commence l’escalade. Les ténèbres étaient si épaisses qu’on ne distinguait rien à deux pas. Les hommes, sac au dos et dans le plus grand silence, grimpaient à la file, en s’aidant des pieds et des mains, le long de ce mur à pic, qui, même en plein jour, avait paru inaccessible. Enfin, après des efforts surhumains, ils touchaient au premier palier du Cerro, quand une décharge imprévue, partie des broussailles, leur révéla la présence de l’ennemi. Détrie fît mettre sac à terre et entraîne sa petite troupe à la baïonnette. En même temps, pour tromper l’ennemi sur ses véritables forces, il ordonne à ses deux clairons de sonner sans relâche. Lui-même, enflant sa voix, il feint d’avoir à commander tout un corps d’armée imaginaire. Il appelle les officiers par leurs noms, les bataillons par leurs numéros, et les lances en masse à l’assaut. Les Mexicains reculent en désordre. On les poursuit. Mais, à mesure qu’on avance, ils se reforment et réapparaissent plus nombreux. Pendant plus d’une heure, on lutte ainsi pied à pied. Mais, il est à craindre que l’ennemi, s’apercevant enfin de notre petit nombre, ne parvienne à nous encercler. Détrie arrête ses hommes, les embusque et leur recommande de rester en place sans tirer. Le bruit du combat a, sans aucun doute, attiré l’attention des nôtres, demeurés dans le bas. Et, l’on peut compter sur un prompt secours. En effet, vers trois heures et demie du matin, arrive l’autre compagnie commandée par le capitaine Leclère. Et, toutes les deux réunies reprennent l’offensive. En vain, les mexicains reviennent deux fois à la charge, et font pleuvoir sur les assaillants un feu terrible. Délogés de toutes les crêtes et attaqués au corps à corps, ils lâchent pied et se dispersent. Saisi de panique à son tour, le gros de leurs troupes, qui campait dans la plaine, s’empresse de lever le siège. 140 soldats français avaient mis en fuite une armée. Cette surprise coûta aux vaincus 300 tués ou blessés, dont un grand nombre d’officiers supérieurs, 200 prisonniers, trois obusiers de montagne, trois fanions et un drapeau. Nos pertes ne dépassaient pas 6 morts et 28 blessés. Le capitaine Détrie, qui, par sa vigueur et sa présence d’esprit, avait décidé du succès, fut, en récompense promu chef de bataillon. Nommé capitaine tout récemment, il portait encore sur sa tunique, en montant au Borrego, les simples galons de lieutenant.

A Camaron, le dénouement ne fut pas aussi heureux pour notre armée. Mais, il est des échecs qu’on ne donnerait pas pour des victoires ! J’ai eu l’honneur de connaître un des rares survivants de cette affaire. Quarante-cinq ans environ, la taille plutôt petite que moyenne, le teint bistré, les yeux petits et vifs, les traits ouverts, énergique dans les gestes, cette allure un peu brusque que garde toujours l’ancien militaire sous l’habit bourgeois, tel est au physique le capitaine Maine, aujourd’hui en retraite. Sa joue est marquée d’une balle, qu’il reçut en Crimée et qui lui fait comme une large fossette. À la rosette d’officier, ornant sa boutonnière, sans peine, on reconnaît qu’il a dû passer par de rudes épreuves. Souvent prié de nous raconter l’épisode de Camaron, il s’y refusait toujours, non par fausse modestie sans doute. Mais, ce souvenir, disait-il, si honorable qu’il fût, ne laissait pas de lui être pénible. Un soir pourtant, comme nous le pressions, il dut céder à nos instances, et c’est son récit, religieusement écouté, que j’ai essayé de reproduire.

Synthèse de présentation des combats de Jean Louis Lande.

 

 

 

 

Récit du caporal Maine à Jean Louis Lande, journaliste pour la revue des deux mondes.

 

I.

 

Nous faisions partis des renforts de toutes armes, envoyés à la suite du général Forey, après l’échec de Puebla. Le régiment étranger, qui avait fait si souvent parler de lui en Algérie, allait trouver au Mexique de nouvelles occasions de se distinguer.

Sitôt débarqués, nous avions été dirigés sur l’intérieur. Notre 3ème bataillon s’était arrêté à la Soledad, à huit lieues environ de Veracruz. Les deux autres, avec le colonel Jeanningros, avaient continué jusqu’à la chaîne du Chiquihuite, en bas duquel ils s’étaient établis, tenant ainsi la route, qui de Veracruz mène à Cordova.

Le Chiquihuite est pour ainsi dire le premier gradin qui sépare les Terres Chaudes des Terres Tempérées. Vous connaissez déjà par la carte l’aspect particulier du territoire mexicain. On l’a comparé fort exactement à une assiette renversée qu’on recouvrirait d’une soucoupe, également renversée. Les deux rebords de l’assiette et de la soucoupe figureraient, l’un sur la zone des Terres Chaudes, qui comprend tout le littoral et qui s’enfonce d’une vingtaine de lieues dans l’intérieur du pays, et l’autre la zone intermédiaire, dite des Terres Tempérées. L’espace plane, situé au sommet, formerait la troisième zone, celle des Terres Froides ou hauts plateaux, ainsi que la plupart des noms de lieux au Mexique. Chiquihuite a un sens précis et signifie en langue indienne une hotte ou mannequin, comme en portent nos chiffonniers. Par sa forme, en effet, la montagne rappelle assez bien un de ces paniers retournés.

Quoi qu’il en soit, dès notre arrivée, le colonel s’était empressé d’établir, à certaine hauteur, sur les premières pentes de la chaîne, un poste d’observation. De là, on dominait une partie de la plaine et principalement Paso del Macho, le pas du mulet, où s’étendaient nos avancées. Une longue-vue, mise à la disposition des soldats du poste, leur permettait de fouiller au loin la campagne, alors infestée par les bandes mexicaines, et de signaler sans retard tout mouvement suspect.

Un mois s’était déjà écoulé sans grave incident, et j’étais précisément de garde sur la montagne avec deux escouades de ma compagnie, commandées par un sergent. Quand, le 29 avril, vers onze heures du soir, l’ordre nous vint de rallier aussitôt nos camarades, qui campaient dans le bas.

Dès que nous les eûmes rejoints, on prit le café. Et, vers une heure du matin, la compagnie se mit en marche.

Au même instant, un immense convoi militaire, concentré à la Soledad, s’apprêtait à quitter ce point à destination de Puebla, dont le second siège avait commencé depuis plus de deux mois. Nous étions chargés d’aller à son encontre pour éclaircir le terrain devant lui, entre le Chiquihuite et la Soledad.

Une belle compagnie que la nôtre, la 3ème du 1er, comme on dit à l’armée, et qui passait pour une des plus solides de la légion! Il y avait là de toutes nationalités, comme il est assez d’habitude. Dans le régiment, il y avait des Polonais, des Allemands, des Belges, des Italiens, des Espagnols, des gens du nord, et des gens du midi. Mais, les Français étaient encore majoritaires. Comment ! Ces hommes, si différents d’origine, de mœurs, et de langage, se trouvaient-ils à partager les mêmes périls à tant de lieues du pays natal. Par quel besoin poussé, par quelle soif d’aventures, par quelle série d’épreuves et de déceptions ?  Nous ne nous le demandions même pas ! Mais, la vie en commun et le voisinage du danger avaient assoupli les caractères, effacé les distances. Et, l’on eût cherché vainement, entre des éléments aussi disparates, une entente et une cohésion plus que parfaites. Avec cela, tous étaient des braves, et d’anciens soldats, disciplinés et patients, sincèrement dévoués à leurs chefs et à leur drapeau.

Nous comptions dans nos rangs, au départ ,62 hommes de troupe, les sous-officiers y compris, plus trois officiers: le capitaine Danjou, adjudant-major, le sous-lieutenant Vilain et le sous-lieutenant Maudet, porte-drapeau, qui, bien qu’étranger à la compagnie, avait obtenu de faire partie de la reconnaissance. Notre lieutenant, malade, resta couché au camp du Chiquihuite. Nous portions la tenue d’été, une petite veste bleue, un pantalon de toile, et pour nous garantir du soleil l’énorme sombrero du pays en paille de latanier (palmier d’Amérique), dur et fort, qui nous avait été fourni par les magasins militaires. Nos armes, comme celles des autres troupes du corps expéditionnaire, étaient la carabine Minié à balle forcée, alors dans tout son prestige, et le sabre-baïonnette. Deux mulets nous accompagnaient, portant les provisions de bouche.

Au bout d’une heure de marche environ, nous atteignîmes Paso del Macho, sur le bord d’un grand ravin sinueux, au fond duquel coule un torrent. Ce poste était occupé par une compagnie de grenadiers sous les ordres du capitaine Saussier. Une vieille tour en ruines dominait le ravin, qui pouvait servir tout à la fois de lieu d’observation et de refuge. Nous n’y demeurâmes qu’un instant. Les officiers échangèrent quelques mots, puis se serrèrent la main. Et, après avoir franchi le torrent sur une étroite passerelle, d’un pas relevé, nous continuâmes notre chemin.

Nous suivions sur deux rangs serrés le milieu de la route. Il faisait encore pleine nuit ! Et, le terrain, fort accidenté dans cette partie, était couvert de bois et de hautes broussailles, et pouvait cacher quelques embuscades. A certains endroits, des deux côtés de la voie, s’étendaient de larges éclaircies faites dans l’épaisseur du fourré par la hache, ou dû à un incendie lors du passage d’un convoi. Quant à la route elle-même, elle n’était jamais réparée, et elle était défoncée par les pluies torrentielles de l’hiver. À cause du défilé incessant des voitures et des caissons, elle était presque impraticable. Et, il nous fallait cet instinct de vigilance, que donne l’habitude de la marche dans les pays vierges, pour ne pas rouler tout à coup dans des trous ou des ornières, profondes comme des précipices.

Au point du jour, nous approchions du village de Camaron, en espagnol écrevisse. Il tire ce nom bizarre d’un petit ruisseau qui coule à quelques centaines de mètres, et qui, parait-il, abonde en crustacés d’une grosseur et d’une saveur sans pareilles.

Comme presque tous les villages aux alentours, celui-ci était complètement ruiné par la guerre. D’ailleurs, il ne faudrait pas se méprendre sur l’importance du dégât ! Un méchant toit de chaume fort bas qui descend presque jusqu’à terre, soutenu tant bien que mal par deux ou trois pieux mal dégrossis ou quelques branches d’arbres, parfois une poignée de boue pour boucher les trous, voilà ce qui constitue l’habitation d’un indien. Et, si elle risque de s’écrouler dès qu’on a le dos tourné, du moins n’en coûte-t-il pas beaucoup pour la rebâtir. Les maisons vraiment dignes de ce nom et solidement construites sont toujours la grande exception.

Camaron n’en comptait qu’une alors. C’était, sur le côté droit de la route, un vaste bâtiment carré, mesurant à peu près 50 mètres en tous sens et construit dans le goût de toutes les haciendas ou fermes du pays. La façade, tournée vers le nord et bordant la route, était élevée d’un étage, crépie et blanchie à la chaux, avec le toit garni de tuiles rouges. Le reste se composait d’un simple mur très épais, fait de pierres et de torchis, et d’une hauteur moyenne de trois mètres. Deux larges portes, s’ouvrant à la partie ouest, donnaient accès dans la cour intérieure, nommée corral. C’est là que, chaque soir, en temps ordinaire, on remise les chariots et les mules, par crainte des voleurs, toujours très nombreux et très entreprenants dans ces parages, comme dans tout le Mexique.

Nous entrâmes. La maison était vide, et n’avait pas de meubles. Seules quelques vieilles nattes pourries et des débris de cuir gisaient à terre, laissés là par les muletiers de passage. En face et de l’autre côté de la route, il y avait encore deux ou trois pauvres constructions à demi-écroulées et désertes elles-aussi.

Au sortir du village, le gros de la compagnie se partagea en deux sections, l’une à droite, et l’autre à gauche, pour battre les bois. Le capitaine, avec une escouade en tirailleurs et les deux mulets, continua de suivre la route. Rendez-vous était donné pour tout le monde à Palo-Verde, au taillis vert, un lieu où les convois s’arrêtent d’ordinaire à cause d’une fontaine qui est proche et qui fournit une eau excellente.

De fait, après une assez longue marche en sous-bois, comme nous n’avions trouvé nulle part trace de l’ennemi, nous nous rabattions sur Palo-Verde. A cet endroit, le terrain, qui s’élève légèrement est entièrement dégarni dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Mais, la forêt reprend bientôt plus verte et plus touffue que jamais.

Nous marchions déjà depuis plus de six heures. Il faisait grand jour. Et, le soleil, dardant de tous ses feux, nous promettait une chaude journée. On fit une halte. Des guetteurs sont placés autour de la clairière, en prévision d’une surprise. Les mulets sont déchargés, et le caporal Magnin part pour la fontaine avec une escouade. Un grand hangar en planches, couvert de chaume, était bâti sous un bouquet d’arbres, à l’abri du soleil. Tandis qu’une partie des hommes coupait du bois, d’autres préparaient le café et certains s’étendaient pour dormir.

Une heure ne s’était pas écoulée, l’eau bouillait dans les gamelles et l’on y mettait le café, quand, du côté de Camaron et sur la route même que nous venions de quitter, deux ou trois sentinelles nous signalèrent quelque chose d’anormal.

 

 

 

 

 

La poussière montait vers le ciel en gros tourbillons. A cette distance et sous les rayons aveuglants du soleil, il n’était pas facile d’en distinguer davantage. Pourtant, nous n’avions rencontré personne en chemin. Et, si quelque mouvement de troupes avait dû se produire sur nos arrières, on nous aurait avertis. Tout cela ne nous présageait rien de bon.

Le capitaine avait pris sa lorgnette.

-Aux armes ! L’ennemi !

- s’écria-t-il tout à coup.

Et, en effet, avec la lorgnette, on les apercevait fort bien. C’étaient des cavaliers, coiffés du chapeau national aux larges bords. Ils avaient, selon la coutume, déposé leur veste sur le devant de la selle, et allaient ainsi en bras de chemise.

Comme nous l’apprîmes plus tard, depuis plusieurs jours déjà, il y avait  une colonne de libéraux, forte de près de 2000 hommes, autant de cavaliers que de fantassins, commandée par le colonel Milan. Cette troupe était campée sur les bords de la Joya, à environ deux lieues de notre ligne de communication, guettant le passage du convoi. Une chose les avait surtout attirés, avec l’annonce de trois millions en or monnayés et enfermés dans les fourgons, et que ce trésor se dirigeait sur Puebla pour payer la solde des troupes assiégeantes. Grâce à leur parfaite connaissance des lieux et à l’habileté vraiment merveilleuse qu’ils déploient pour couvrir leurs marches, au camp de Chiquihuite, on ne soupçonnait même pas la présence d’une pareille force sur ce secteur. Par contre, toute la campagne était remplie de leurs éclaireurs. Aussi, la compagnie n’avait pas encore quitté Paso del Macho, que déjà notre marche était signalée et 600 cavaliers montaient en selle pour nous suivre. Ils nous accompagnèrent toute la nuit, à certaine distance et à notre insu. Ils avaient compté nos hommes, et les savait peu nombreux. Craignant eux-mêmes que leur position n’eût été découverte, les Mexicains avaient prévu de nous enlever pour ne pas manquer le convoi.

Au premier cri d’alarme, on donne un coup de pied dans les gamelles. On rappelle en grande hâte l’escouade de la fontaine. On recharge les bêtes. En moins de cinq minutes, nous étions tous sous les ordres en armes. Pendant ce temps, les Mexicains avaient disparu. Évidemment, une embuscade se préparait sur nos arrières. Le mieux était, en ce cas, de revenir sur nos pas et de chercher à voir de plus près l’ennemi auquel nous avions affaire.

Nous quittons Palo-Verde en colonne, précédés d’une escouade en tirailleurs. Mais, alors, au lieu de suivre la route, sur l’ordre du capitaine, la compagnie prend par la droite et s’engage dans les sous-bois. Nous y trouvions ce double avantage de dissimuler nos mouvements, et de pouvoir à l’occasion repousser plus facilement les attaques de la cavalerie libérale.

Le bois s’étendait à l’infini dans la direction de la Joya. Au-dessus des buissons, des touffes de hautes herbes montaient. Ils étaient reliés les uns aux autres, par de longues lianes tombant en guirlandes, avec les magnolias, les lataniers, les caoutchoucs, les acajous, et tous les arbustes rares. Il s’agissait de toutes les essences précieuses de cette nature privilégiée. Parfois, le fourré devenait si épais qu’il fallait s’y ouvrir un chemin avec le tranchant du sabre baïonnette. Çà et là couraient d’étroits sentiers, connus des seuls indigènes.

Nous marchions depuis plus d’une heure sans avoir même aperçu l’ennemi. Sorti l’un des premiers de l’école de Saint-Cyr, jeune encore, estimé des chefs, et adoré des soldats, le capitaine Danjou était ce qu’on appelle un officier d’avenir. Grièvement blessé en Crimée et resté manchot du bras gauche, il s’était fait faire une main articulée dont il se servait avec beaucoup d’adresse, y compris pour monter à cheval. Autant que son courage, ce qui le distinguait surtout c’était cette sûreté, cette promptitude du coup d’œil qu’on ne trouvait jamais en défaut. Ce jour-là, il portait sur lui une carte du pays, très complète, dressée à la main par les officiers de l’état-major français, et qu’il consultait souvent. A quelque distance, en face de nous, coulait la rivière, profondément encaissée entre ses deux collines aux bords à pic et gardée sans doute par un ennemi nombreux. S’engager davantage pouvait paraître dangereux. Il nous fit faire une volte-face, et nous diriger de nouveau vers Camaron.

Au moment-même où nous débouchions sur la route, à 300 mètres environ du pâté de maisons, un coup de feu partit d’une fenêtre, et vint blesser l’un de nos camarades à la hanche.

La compagnie s’élance au pas de course, à l’entrée du village. Elle se dédouble, tourne par les deux côtés simultanément, et se retrouve à l’autre bout sans que rien de nouveau ait confirmé la présence de l’ennemi. Nous nous arrêtons, l’arme au pied, tandis qu’une escouade fouille soigneusement les maisons. En même temps, comme il fait très chaud et que la soif commence à nous tourmenter, des hommes avec leurs bidons descendent vers un petit ravin, situé à quelques pas sur la droite et où l’on trouve quelquefois de l’eau dans les creux du rocher. Par malheur la saison des chaleurs était déjà arrivée, et nous dûmes rester sur notre soif. Dans le village, on eut beau chercher, l’adroit tireur ne s’y trouvait plus. Sans doute quelque sentinelle ennemie qui avait fui à notre approche.

Nous reprîmes alors la route du Chiquihuite. Nous allions encore une fois nous partager en deux sections, une sur chaque flanc, le capitaine avec les mulets et une escouade au centre, plus une escouade d’arrière-garde à 100 mètres de distance.

A peine avions-nous fait quelques pas, que nous aperçûmes tout à coup, sur un monticule à droite et en arrière de nous, les cavaliers mexicains massés, sabre au poing et qui s’apprêtaient à charger. Ils avaient remis leurs vestes de cuir sur leurs épaules et nous les reconnûmes très bien. Le coup de feu de la sentinelle les avait alertés. A cette vue, le capitaine Danjou, ralliant les deux sections et l’escouade d’arrière-garde, nous fait former le carré pour mieux soutenir la charge. Au milieu, nous avions mis les mulets. Mais, les deux maudites bêtes, pressées de tous côtés et regrettant leur ancienne liberté, sautaient, ruaient, et nous menaient un train d’enfer. Force nous fut de leur ouvrir les rangs. Et, ils partirent au triple galop dans la campagne, où ils n’allaient pas tarder à être capturés.

Les ennemis avaient sur nous l’avantage du lieu, car le terrain, plat et dégarni aux abords de la route, favorisait les évolutions de leur cavalerie. Au petit pas, ils descendirent le coteau, se séparèrent en deux colonnes afin de nous envelopper, et, parvenus à 60 mètres, fondirent sur nous avec de grands cris.

Le capitaine avait dit de ne pas tirer. Aussi, nous les laissions venir sans broncher, le doigt sur la détente. Un instant encore, et leur masse, comme une avalanche, nous passait sur le corps. Mais, au commandement de feu, une épouvantable décharge, renversant montures et cavaliers, met le désordre dans leurs rangs et les arrête tout net. Nous continuions le tir à volonté. 1ls reculèrent.

Sans perdre de temps, le capitaine nous fait franchir un petit fossé, garni d’une haie de cactus épineux, formant une clôture qui bordait la route sur la gauche et remontait jusqu’à Camaron. Outre que cet obstacle devait arrêter l’élan de la seconde charge, nous espérions atteindre les bois, dont on apercevait la lisière à 400 ou 500 mètres de là, et sous leur couvert regagner Paso del Macho sans encombre.

Le tout était d’y arriver !

Par malheur, une partie des Mexicains nous avait déjà contournés par le nord-est de l’hacienda. Les autres avaient essayé de franchir la haie de cactus. Mais, leurs chevaux pour la plupart s’étaient dérobés. Une seconde fois, nous nous formâmes en carré et comme les assaillants étaient moins nombreux, comme ils ne chargeaient plus avec le même ensemble, nous soutînmes cette attaque encore plus résolument que la précédente. Ils reculèrent de nouveau.

Cependant notre situation devenait critique.

Rejoindre les bois ?

Il n’y fallait plus y songer. L’hacienda, au contraire, était peu éloignée. Avec du sang-froid, et de la chance aussi, nous pouvions nous y réfugier et tenir derrière les murs, jusqu’à l’arrivée probable d’un secours.

Le parti du capitaine fut bientôt pris. Sur son ordre, nous mettons la baïonnette au canon. Puis, à notre tour, tête basse, nous fonçons sur les cavaliers groupés devant nous. Mais, ils ne nous attendent pas et détalent comme des lièvres. Si le Mexicain fait preuve souvent en face des balles d’un courage incontestable et même un peu fanfaron, il semble que tout engagement à l’arme blanche soit beaucoup moins de son goût.

Du même élan, nous franchissons la distance qui nous sépare de la ferme, et nous pénétrons dans le corral. Puis, chacun s’occupe d’organiser la défense. L’ennemi était invisible, terrifié de notre impétuosité toute française. Il s’était réfugié de l’autre côté du bâtiment. À défaut de portes depuis longtemps absentes, nous barricadons tant bien que mal les deux entrées avec des madriers, des planches et tout ce qui nous tombe sous la main.

 

 

 

Nous avions songé d’abord à occuper la maison tout entière, mais nous n’en eûmes pas le temps. D’ailleurs, nous n’étions pas assez nombreux. Déjà, l’ennemi était revenu en avant et avait envahi les deux premières chambres du rez-de-chaussée, par où l’on communiquait avec l’étage supérieur. Une seule restait libre, située à l’angle nord-ouest et ouvrant à la fois sur le dehors et sur la cour. Nous nous hâtâmes d’en prendre possession.

Dans l’intérieur du corral et à gauche de la seconde entrée, s’élevaient deux hangars en planches, adossés à la muraille. Le premier était complètement fermé et à peu près intact, et l’autre, celui du coin, tout ouvert, à peine abrité d’un toit branlant et soutenu par deux ou trois bouts de bois portant sur un petit mur de briques crues à hauteur d’appui. En face, à l’angle correspondant, un hangar semblable avait existé autrefois. Mais, la charpente avait disparu, et il ne restait plus que le soutènement de briques, à demi ruiné. Au même endroit, s’ouvrait dans le mur d’enceinte une brèche déjà ancienne, assez large pour laisser passer un homme à cheval. Par les soins du capitaine Danjou, une escouade fut placée à chacune des deux entrées. Deux autres occupèrent la chambre, avec mission de surveiller les ouvertures du bâtiment qui donnaient sur la route. Une autre fut chargée de garder la brèche. Un moment, on voulut créneler le mur qui faisait face aux portes d’entrée. Mais, il était si épais, si bien construit de paille, de sable et de cailloux qu’on n’y put percer que deux trous. À grand peine, personne n’y demeura. Enfin le sergent Morzicki, un Polonais, fut envoyé sur les toits avec quelques hommes pour observer les mouvements de l’ennemi. Le reste de la compagnie prit place en réserve entre les deux portes, ayant l’œil à la fois sur les quatre coins de la cour et prêt à se porter partout où le danger deviendrait trop pressant.

Ces dispositions prises nous attendîmes fièrement l’attaque. Il pouvait être à ce moment-là neuf heures et demie.

 

II

 

Jusque-là, on avait tiraillé de part et d’autre, voir échanger quelques coups de feu, mais sans que l’ennemi en prît l’occasion pour s’engager à fond. Au contraire, il semblait hésiter à commencer l’attaque, et nous n’étions pas loin de croire qu’il se retirerait. Nous fûmes vite détrompés.

Morzicki venait d’être aperçu, tandis qu’il s’avançait sur les toits, au-dessus des chambres occupées par l’ennemi. Un officier mexicain, son mouchoir blanc à la main, s’approcha lui-même jusqu’au pied du mur extérieur et, parlant en bon français, au nom du colonel Milan, nous somma de nous rendre: « Nous étions trop peu nombreux, disait-il : nous allions nous faire inutilement massacrer, mieux valait nous résigner à notre sort et déposer les armes, on nous promettait la vie sauve. »

Ce parlementaire était un tout jeune homme de vingt-deux ou vingt-trois ans. Il était le fils d’un Français, et portait le nom de Laisné. Il était établi depuis 1ongtemps capitaine du port à Veracruz. Il était passé par l’école militaire de Chapultepec, près de Mexico. J’ai eu l’occasion de le connaître plus tard et, comme tous mes camarades, je n’ai eu qu’à me louer de sa bienveillance et de son humanité. Pour le moment, il avait le grade de capitaine, et remplissait les fonctions d’officier d’ordonnance auprès du colonel Milan.

Morzicki était descendu pour nous apporter les propositions de l’ennemi. Le capitaine le chargea de répondre simplement que nous avions des cartouches, que nous ne nous rendrions pas.

Alors, le feu éclata partout à la fois, nous étions à peine un contre dix. Et, si l’attaque avait été dès lors vigoureusement conduite, je ne sais trop comment nous aurions pu y résister.

Heureusement, nous n’avions affaire qu’à des cavaliers, qui étaient forcés de mettre pied à terre, embarrassés par leurs larges pantalons de cheval, peu habitués d’ailleurs à ce genre de combat. Ils venaient, séparément ou par petits groupes, s’exposer à nos balles cylindriques qui ne les épargnaient pas ! Il faut dire que nous savions tirer.

 

 

 

Ils n’étaient pas les seuls à souffrir, car nous étions nous-mêmes fort imparfaitement abrités. Et, déjà plusieurs des nôtres étaient tombés, tués ou blessés. Dans la chambre surtout, la lutte était épouvantable. Les Mexicains essayaient de l’envahir du dehors. En même temps, ceux, qui occupaient les chambres voisines, s’étaient mis à percer des meurtrières dans les murs et les plafonds. Les défenseurs, ainsi pressés, commençaient à faiblir.

Calme, intrépide au milieu du tumulte, le capitaine Danjou semblait se multiplier. Je le reverrai toujours avec sa belle tête intelligente, où l’énergie se tempérait si bien par la douceur. Il allait d‘un poste à l’autre, sans se soucier des balles qui se croisaient dans la cour, encourageant les hommes par son exemple, nous appelant par nos noms, et disant à chacun de ces nobles paroles qui réchauffent le cœur et rendent le sacrifice de la vie moins pénible et même agréable, au moment du danger. Avec de pareils chefs, rien n’est impossible.

 

 

 

Vers onze heures, il venait de visiter le poste de la chambre, et lui-même avait reconnu qu’on n’y pourrait plus tenir longtemps. Quand, regagnant la réserve, il fut atteint d’une balle en pleine poitrine, il tomba en portant la main sur sa blessure. Quelques-uns de nous coururent pour le relever, mais le coup était mortel. Le sang coulait à flots de sa poitrine, et ruisselait sur le sol. Le sous-lieutenant Vilain lui mit une pierre sous la tête. Pendant cinq minutes encore, ses yeux hagards roulèrent dans leur orbite. Il eut deux ou trois soubresauts convulsifs. Puis, son corps se raidit, et il expira sans avoir repris connaissance.

Quelque temps avant de tomber, il nous avait fait promettre que nous nous défendrions tous jusqu’à la dernière extrémité ! Nous l’avions juré.

Sur ces entrefaites, la chambre était évacuée, Les Mexicains, à coups de crosse, étaient parvenus à enfoncer une porte intérieure, qui unissait cette pièce aux autres du rez-de-chaussée et d’où ils fusillaient nos hommes à bout portant. Ceux-ci furent contraints de se retirer. Mais, de quatorze qu’ils étaient au début, il n’en restait plus que cinq, qui allèrent renforcer les divers postes de la cour.

Le sous-lieutenant Vilain prit le commandement,  qui, comme titulaire, lui revenait de droit. Petit, et fluet, les cheveux blonds frisés, presque un enfant, il sortait des sous-officiers, et n’avait que six mois de grade, un homme au grand cœur du reste, et qui ne reculait pas devant le danger.

La défense continua. Les Mexicains étaient maîtres de la maison tout entière. Mais, ils ne jouirent pas longtemps de leur avantage. Embusqués dans la cour, nous dirigions contre toutes les ouvertures un feu si vif et si précis qu’ils durent quitter la place à leur tour, le premier étage d’abord, puis le rez-de-chaussée, Dès lors ils n’y reparurent que par intervalles et en petit nombre. Mais, à peine une tête, un bras, ou un bout d’uniforme apparaissait-il dans l’encadrement d’une porte ou d’une fenêtre, qu’une balle bien dirigée châtiait cette imprudence.

Vers midi, on entendit au loin le son du clairon. Nous n’avions pas encore perdu tout espoir et nous avons pu croire un moment que des Français venaient à notre secours. Déjà même, frémissants de joie, nous nous apprêtions à sortir du corral pour courir au-devant de nos camarades. Soudain, battirent les tambours, ces petits tambours bas des mexicains, au roulement rauque et plat comme celui du tambour de basque, jouant une sorte de marche sautillante, toute différente de nos airs français et à laquelle nous ne pouvions plus nous méprendre.

C’était l’infanterie du colonel Milan, qui s’annonçait, laissée au matin dans le campement de la Joya. Avertie plus tard du combat engagé à Camaron, elle venait ajouter le poids de ses armes dans une lutte déjà trop inégale.

Morzicki nous avait rejoints et combattait avec nous dans la cour. Souple comme un jaguar et s’aidant pour grimper des moindres aspérités de la muraille, il alla reprendre sur les toits son poste périlleux d’observation. Il aperçut, massée en avant de l’hacienda, toute cette infanterie.

On n’y comptait pas moins de trois bataillons forts de 400 hommes en moyenne, et portant chacun le nom du district où ils étaient cantonnés : Veracruz, Cordova, Jalapa.

Comme il arrive toujours dans une armée improvisée, et c’était le cas pour les Mexicains, l’ensemble du costume et de l’équipement laissait beaucoup à désirer. Pourtant, sous ce désordre, on sentait percer une préoccupation méritoire de bonne tenue et de régularité. Les hommes du bataillon de Veracruz avaient tous, ou presque tous, le large pantalon et la veste de toile grise à liséré bleu, pour coiffure le grand chapeau de paille. Le bataillon de Cordova ne différait que par la couleur de la toile qui était bleue. Et, celui de Jalapa, le mieux habillé des trois, avait également le pantalon de toile grise, la veste bleue ouverte par devant, et au lieu du sombrero mexicain le képi, avec l’indispensable couvre-nuque tombant sur les épaules. Le plus grand nombre chaussaient des brodequins en cuir fauve lacés sur le cou-de-pied. Les autres avaient conservé leurs sandales ou guarachas, à semelles de cordes, assez semblables aux espadrilles espagnoles.

Les chefs étaient vêtus à peu près de même façon, sauf la qualité plus fine de l’étoffe. Ils portaient un pantalon à liséré bleu ou rouge, et une tunique de campagne à petites basques, ornée de boutons d’or sur le devant, avec l’attente sur chaque épaule. Tous les officiers supérieurs portaient la botte molle et le révolver à la ceinture.

Quant à la cavalerie, elle se composait surtout d’irréguliers, et de guérilleros. Dans l’appareil le plus ordinaire au cavalier mexicain et que tout le monde connaît, aux jambes, ils avaient des caleçons de peau collants, ouverts de bas en haut, s’évasant sur le pied, et garnis le long de la couture d’une triple rangée de boutons métalliques. Autour des reins, on apercevait la ceinture de laine rouge, le gilet et la veste de cuir agrémentés à profusion de soutaches et de broderies d’argent, et sur la tête le chapeau de feutre gris aux vastes ailes horizontales qu’entoure la toquilla, large galon d’argent ou d’or, puis des éperons démesurés, d’énormes étriers de bois, en forme de sabots carrés recouverts de métal, mais aussi la lourde selle à pommeau. Tout cela faisait un curieux contraste avec la taille de leurs chevaux, peu élevés pour la plupart, mais d’une vigueur remarquable et merveilleusement dressés.

Un escadron seul portait l’uniforme militaire, une tunique de drap bleu à petits pans, pantalon bleu terminé par le bas de cuir, buffleteries blanches, képi et couvre-nuque, c’étaient des dragons. Du reste, toutes ces troupes étaient supérieurement armées, avec des armes perfectionnées de provenance américaine, aux cavaliers le sabre, le revolver et le mousqueton. Bon nombre de guérilleros avaient aussi la lance, et aux fantassins la carabine rayée et le sabre-baïonnette. En vérité, il ne leur manquait plus que des canons !

Nous nous regardâmes sans mot dire. Dès ce moment, nous avions compris que tout était perdu et qu’il ne nous restait plus qu’à bien mourir. Pour comble de malheur, le vent ne portait pas dans la direction de Paso del Macho, d’où le capitaine Saussier et ses grenadiers, entendant la fusillade, n’auraient pas manqué d’accourir à notre aide.

Cependant, Morzicki avait été vu de nouveau, et pour la seconde fois le chef des Mexicains nous fit sommer de nous rendre. Le sergent était encore tout bouillant de la lutte, ivre de poudre et de colère. Il répondit en vrai soldat, par un mot peu parlementaire, mais qui du moins ne laissait plus de doute sur nos intentions. Puis, il se hâta de descendre et traduisit sa réponse au sous-lieutenant Vilain qui dit seulement: « Vous avez bien fait, nous ne nous rendrons pas. »

Au même instant, l’assaut commença. Le premier élan des Mexicains fut terrible. Ils se ruaient de tous côtés pour pénétrer dans la cour, criant, hurlant, vomissant contre nous des imprécations et des injures, avec cette abondance qui leur est propre en pareil cas et que facilite encore l’inépuisable richesse du vocabulaire espagnol : « Dehors les chiens de Français! A bas la canaille ! A bas la France! Mort à Napoléon !» Je ne puis tout répéter.

Pour nous, calmes, silencieux, chacun à notre poste, nous ajustions froidement, ne tirant qu’à coup sûr et quand nous tenions bien notre homme au bout du fusil, les plus avancés tombaient. Le flot des assaillants oscillait d’abord, puis reculait en frémissant, mais pour revenir à la charge aussitôt après. A peine avions-nous le temps de glisser une nouvelle cartouche au canon, ils étaient déjà sur nous. Leurs officiers surtout étaient magnifiques d’audace et de bravoure.

Rentrés en force dans le corps de logis, les uns s’occupaient d’ouvrir avec des pics et des pinces dans le mur du rez-de-chaussée une large brèche sur la cour. En même temps, d’autres s’étaient établis derrière la partie du mur d’enceinte qui faisait face aux grandes portes. De là, ils mettaient à profit les créneaux que nous avions percés nous-mêmes et que nous n’avions pas pu défendre, en perçant de nouveaux. Et, comme le niveau du sol extérieur était plus élevé que celui de la cour, ils dirigeaient sur nous un feu plongeant. De ce côté encore, ils parvinrent, quoique non sans peine, à ouvrir une brèche de près de 3 mètres.

Alors, nous avons changé nos dispositions. Le poste de réserve, dont je faisais partie et qui tenait le milieu entre les deux entrées, se trouvait pris à découvert. Nous rejoignons les défenseurs de la porte de droite qui n’était plus attaquée. Et, tous ensembles, nous fîmes retraite dans l’angle sud-ouest de la cour, sous le hangar ouvert, d’où nous avons continué à tirer.

Vers deux heures et demie, le sous-lieutenant Vilain revenait de visiter le poste de la brèche et traversait la cour en diagonales dans la direction des grandes portes, quand une balle partie du bâtiment l’atteignit en plein front. Il tomba comme foudroyé.

A ce moment-là, il faut bien le dire un sentiment d’horrible tristesse nous pénétra jusqu’au fond de l’âme. La chaleur y était accablante. Le soleil était à son zénith. Il tombait du plomb sur nos têtes. Un soleil dévorant, impitoyable comme on ne le trouve qu’aux tropiques, sous ses rayons qui tombent à pic, les murs de la cour paraissaient tous blancs et la réverbération nous brûlait les yeux. Quand nous ouvrions la bouche pour respirer, il nous semblait avaler du feu. L’air était pesant comme du plomb. Couraient ces tressaillements, et ces ondulations qu’on voit passer sur les plaines désertes dans les après-midi d’été, appelé mirages. La poussière, que soulevaient les balles perdues qui frappaient le sol de la cour, avait de la peine à quitter la terre et lentement montait en lourdes spirales, surchauffée tout à la fois par les rayons du soleil et la rapidité de notre tir. Le canon de nos fusils faisait dans nos mains l’impression du fer rouge. Si intense était l’ardeur de l’atmosphère dans ce réduit transformé en fournaise, que les corps des hommes tués s’y décomposaient à vue d’œil. En moins d’une heure, la chair des plaies se couvrait de teintes livides.

Pêle-mêle avec les morts, car il n’y avait aucun moyen de les secourir, les blessés gisaient à la place même où ils étaient touchés, tandis que l’on entendait au dehors ceux des Mexicains gémir et hurler de douleur, invoquant tour à tour la Vierge ou maudissant Dieu et les Saints. Les nôtres, dans un suprême effort, en dépit de leurs souffrances, restaient silencieux. Ils craignaient les pauvres garçons d’accuser ainsi nos pertes et de donner confiance à l’ennemi.

Nous n’avions rien mangé, ni bu depuis la veille. Les provisions s’en étaient allées avec les mulets. Nos bidons étaient à sec, car en arrivant à Palo-Verde, nous les avions vidés dans les gamelles qu’il avait fallu renverser ensuite. Et, grâce à notre retraite précipitée, nous n’avions pas eu le temps de les remplir de nouveau. Enfin, dans le ravin, nous n’avions pas trouvé de l’eau. Seul, au départ, l’ordonnance du capitaine portait en réserve dans sa musette une bouteille de vin que le Capitaine Danjou, lui-même, au moment d’organiser la résistance, avait distribuée entre les hommes. A peine y en avait-il quelques gouttes pour chacun, qu’il nous versa et que nous bûmes dans le creux de la main.

Aussi, la soif nous étreignait à la gorge et ajoutait encore aux horreurs de notre situation. Une écume blanche nous montait aux coins de la bouche, et s’y coagulait. Nos lèvres étaient sèches comme du cuir. Notre langue tuméfiée avait peine à se mouvoir. Un souffle haletant et continu nous secouait la poitrine. Nos tempes battaient à se rompre, et notre pauvre tête s’égarait. De telles souffrances étaient intolérables. Seuls peuvent me comprendre ceux qui ont vécu sous ce climat malsain, et qui connaissent par expérience le prix d’un verre, ou d’une goutte d’eau.

J’ai vu des blessés se traîner à plat ventre, et, pour apaiser la fièvre qui les dévorait, la tête en avant, lécher les mares de sang déjà caillé qui couvraient le sol. J’en ai vu d’autres, fous de douleur, se pencher sur leurs blessures et aspirer avidement le sang qui sortait à flots de leur corps déchiré. Plus folle que toutes les répugnances, ou que tous les dégoûts, la soif était là qui nous pressait. Et puis, on avait juré de faire notre devoir !

Nous avons-nous-mêmes bu notre urine.

A la vérité, ce n’était guère le temps de nous apitoyer sur nous-mêmes, ou sur les souffrances de nos camarades. Il fallait avoir l’œil tourné vers tous les points à la fois, à droite, à gauche, en avant, vers les fenêtres du bâtiment, vers les brèches de la cour, car partout on voyait briller les canons de fusil et de partout venait la mort. Les balles, plus drues que la grêle, s’abattaient sur le hangar, ricochaient contre les murs, et faisaient voler autour de nous les éclats de pierre et les débris de bois. Parfois, un de nous tombait. Alors, le voisin se baissait pour fouiller ses poches et prendre les cartouches qu’il avait laissées.

De l’espoir, il n’en restait plus. Personne, cependant, ne parlait de se rendre. Le porte-drapeau Maudet, un vaillant lui-aussi, avait remplacé Vilain, un fusil à la main. Il combattait avec nous sous le hangar, car déjà les progrès des ennemis ne permettaient plus de traverser la cour et de communiquer des ordres aux différents postes. Au fait, il n’en était pas besoin. La consigne était bien connue de tous, tenir jusqu’au bout, jusqu’à la mort.

Les Mexicains commençaient à se lasser. Mais alors, pour mieux vaincre notre résistance, ils imaginent de recourir à une manœuvre de guerre pas très forte en honneur. Ils entassent de la paille et du bois à la partie nord-est du bâtiment et y mettent le feu. L’incendie dévora d’abord un hangar extérieur, qui faisait face â Veracruz et qui de là gagna rapidement les toits.

Le vent soufflait du nord au sud, et rabattait sur nous une épaisse fumée noire qui ne tarda pas à envahir la cour. Nous en étions littéralement aveuglés. Et, cette odeur âcre de la paille brûlée, nous prenant à la gorge, rendait plus ardente encore l’horrible soif qui nous tordait les entrailles.

Enfin, au bout d’une heure et demie, l’incendie s’éteignit de lui- même, faute d’a1iments. Pourtant, cet incident nous avait été funeste. À la faveur de la fumée qui nous dérobait leurs mouvements, les Mexicains avaient pu s’avancer davantage et tirer sur nous plus précisément. Les postes de la brèche et de la porte de gauche avaient perdu la plus grande partie de leurs défenseurs.

Vers cinq heures, il y eut un moment de répit. Les assaillants se retiraient les uns après les autres, comme pour obéir à un ordre reçu. Et, nous pûmes reprendre haleine.

Tout bien compté, nous n’étions plus qu’une douzaine.

 

 

 

Au dehors, le colonel Milan avait réuni ses troupes autour de lui et les haranguait. Sa voix sonore arrivait jusqu’à nous, car tout autre bruit avait cessé. Et, à mesure qu’il parlait, sous le hangar, un ancien soldat de la compagnie, Bartholotto, d’origine espagnole, tué raide à côté de moi quelques instants plus tard, nous traduisait mot par mot son discours.

Dans ce langage chaud et coloré, qui fait le fond de l’éloquence espagnole, Milan exhortait ses hommes à en finir avec nous. Il leur disait que nous n’étions plus qu’une poignée, mourant de soif et de fatigue, qu’il fallait nous prendre vivants, et que s’ils nous laissaient échapper la honte serait pour eux ineffaçable. Il les adjurait au nom de la gloire et de l’indépendance du Mexique, et leur promettait bien haut la reconnaissance du gouvernement libéral. Quand il eut fini, une immense clameur s’éleva et nous apprit que l’ennemi était prêt pour un nouvel effort. Toutefois, avant d’attaquer, Milan nous fit adresser une troisième sommation, nous n’y répondîmes même pas.

 

III

 

L’assaut reprit plus terrible que jamais. L’ennemi se précipitait sur toutes les ouvertures à la fois. A la grande porte, le caporal Berg seul restait debout. Il fut entouré, saisi par les bras, par le cou, et enlevé. L’entrée était libre, et les Mexicains s’y jetèrent en foule.

Cependant, de notre coin, en prolongement du mur en longueur, tous ceux qui se montraient dans cette direction, devant nous, faisaient aussitôt demi-tour, en moins de dix minutes. Il y eut là plus de vingt cadavres, un monceau qui obstruaient le passage et arrêtaient l’élan des nouveaux venus.

Par malheur, vers le même temps, l’entrée de l’ancienne brèche était forcée. Quatre hommes s’y défendaient encore, Kuwasseg, Gorski, Pinzinger et Magnin. Mais, tandis qu’ils repoussent les assaillants du dehors, franchissant portes et fenêtres, les Mexicains par derrière envahissent la cour. Nos camarades sont contraints de faire face à cette attaque imprévue, qui les prend à revers. En vain, ils veulent résister à l’arme blanche, mais ils sont à leur tour désarmés et pris.

Sous le hangar, nous tenions toujours, la poitrine haletante, les doigts crispés, sans répit chargeant notre carabine, puis l’armant d’un geste inconscient et fébrile. Nous réservions toute notre attention pour viser. Chacun de nos coups faisait un trou dans leurs rangs. Mais, pour un de tué, dix se présentaient.

La porte naguère défendue par Berg, l’entrée ouverte dans le mur d’enceinte, les fenêtres et la porte de l’hacienda vomissaient à flots les assaillants. Et, se traînant sur les genoux, dissimulés derrière le petit mur du hangar détruit qui à cet endroit avançait dans la cour, d’autres adversaires nous arrivaient continuellement par l’ancienne brèche.

Il faisait grand jour encore. Dans le ciel d’un bleu cru, sans nuages, brillait le soleil aussi ardent, aussi implacable qu’en plein midi, et ses rayons à peine inclinés, comme s’acharnant après nous, fouillaient tous les coins de la cour. Plusieurs des blessés frappés d’insolation et en proie au délire, ne pouvaient plus retenir leurs plaintes et demandaient à boire d’une voix déchirante, les mains contractées, les yeux injectés et saillants. Les malheureux se tordaient dans les angoisses dernières de l’agonie, et de leur tête nue battaient lourdement le sol desséché.

Depuis le matin, je n’avais rien perdu, fût-ce un seul moment, de mon sang-froid, ni de ma présence d’esprit. Tout à coup, je pensais que j’allais mourir.

Souvent, j’avais entendu dire que, dans un péril extrême, l’homme revoit passer en un instant, par les yeux de l’esprit, tous les actes de sa vie entière. Pour ma part, et bien qu’ayant fait la guerre, je me suis trouvé parfois dans des circonstances assez difficiles, jamais je n’avais rien observé de semblable. Cette fois, il devait en être autrement. Ce fut, comme un de ces éclairs rapides, qui, par les chaudes nuits des tropiques, précurseurs de l’orage, déchirent subitement la nuit et, courant d’un pôle à l’autre, illuminent sur une étendue immense les montagnes et les plaines, les forêts, les villes et les hameaux. Pendant la durée de quelques secondes à peine, chaque détail du paysage apparaît distinct en son lieu. Puis, la nuit reprend tout. Ainsi, mon passé m’apparut soudain. Je revis mon beau et vert pays du Périgord, et Mussidan où j’étais né, si gentiment assis entre ses deux rivières tout embaumé de l’odeur des jardins, et les petits camarades avec qui je jouais enfant. Je me revis moi-même jeune soldat, engagé aux zouaves, bientôt partant pour la Crimée, blessé dans les tranchées, et étant un des premiers prenant part à l’assaut du Petit-Redan, et enfin décoré ! Je me revis plus tard en Afrique, entrer aux chasseurs à pied et faisant parler la poudre, avec les Arabes. Puis, en dernier lieu, rendant mes galons de sous-officier pour faire partie de la nouvelle expédition et visiter cette terre du Mexique où j’allais laisser mes os.

En effet, l’issue pour nous n’était plus douteuse, acculés dans notre coin comme des sangliers dans leur bauge, nous étions prêts pour le coup de grâce. De moment en moment, un de nous tombait, Bartholotto d’abord, puis Léonard.

Je me trouvais entre le sergent Morzicki, placé à ma gauche, et le sous-lieutenant Maudet à ma droite. Tout à coup, Morzicki reçut à la tempe une balle partie du coin de la brèche. Son corps s’inclina, et sa tête inerte vint s’appuyer sur mon épaule. Je me retournai et le vis face à face, la bouche et les yeux grands ouverts.

-Morzicki est mort, dis-je au lieutenant.

-Bah! fit celui-ci froidement, un de plus. Ce sera bientôt notre tour, et il continua de tirer.

Je saisis à bras le corps le cadavre de Morzicki. Je l’adossais à la muraille et retournais vivement ses poches pour voir s’il lui restait encore des cartouches. Il en avait deux, que je pris.

Nous n’étions plus que cinq: le sous-lieutenant Maudet, un Prussien nommé Wensel, Cattau, Constantin, tous les trois fusiliers, et moi. Pourtant, nous tenions toujours l’ennemi en respect. Mais, notre résistance tirait à sa fin. Les cartouches allaient en s’épuisant. Quelques coups encore, il ne nous en resta qu’une à chacun. Il était six heures environ, et nous combattions depuis le matin.

- Armez vos fusils, dit le lieutenant, vous ferez feu au commandement, puis nous chargerons à la baïonnette. Vous me suivrez.

Tout se passa comme il l’avait dit.

Les Mexicains avançaient. Ne nous voyant plus tirer, la cour en était pleine. Il y eut alors un grand silence autour de nous. Le moment était solennel, les blessés mêmes s’étaient tus. Dans notre réduit, nous ne bougions plus, nous attendions.

- En joue !

- Feu ! dit le lieutenant. Nous lâchâmes nos cinq coups de fusil, et, lui en tête, nous bondîmes en avant baïonnette au canon.

Une formidable décharge nous accueillit. L’air trembla sous cet ouragan de fer, et je crus que la terre allait s’entrouvrir.

A ce moment, le fusilier Cattau s’était jeté en avant de son officier, et l’avait pris dans ses bras pour lui faire un rempart de son corps. Il tomba frappé de dix-neuf balles.

En dépit de ce dévouement, le lieutenant fut également atteint de deux balles, l’une au flanc droit, l’autre lui fracassa la cuisse droite.

Wensel était tombé, lui-aussi. Le haut de l’épaule traversé, mais sans que l’os eût été touché, il se releva aussitôt.

Nous étions trois encore debout: Wensel, Constantin et moi.

Un moment interdit à la vue du lieutenant renversé, nous nous apprêtions cependant à sauter par-dessus son corps et à charger de nouveau. Mais, déjà, les Mexicains nous entouraient de toutes parts et la pointe de leurs baïonnettes effleurait nos poitrines.

C’en était fait de nous, quand un homme de haute taille aux traits distingués, qui se trouvait au premier rang parmi les assaillants, reconnaissable à son képi et à sa petite tunique galonnée pour un officier supérieur, leur ordonna de s’arrêter et d’un brusque mouvement de son sabre releva les baïonnettes qui nous menaçaient :

-Rendez-vous, nous dit-il.

-Nous nous rendrons, répondis-je, si vous nous laissez nos armes et notre fourniment (ensemble de l’équipement d’un soldat), et si vous vous engagez à faire relever et soigner notre lieutenant que voici là blessé.

L’officier consentit à tout. Puis, comme ces premiers mots, avaient été échangés en espagnol, Parlez-moi en français, me dit-il. Cela vaudra mieux, sans quoi ces hommes vont vous prendre pour un espagnol. Ils voudront vous massacrer, et peut-être ne pourrais-je pas me faire obéir.

On reconnaît bien là cette haine inexpiable que gardent les Mexicains, et avec eux tous les colons de l’Amérique espagnole, contre la mère patrie, juste retour de tant d’injustices et de cruautés commises pendant trois siècles dans ces belles contrées par les successeurs de Pizarro et de Fernand Cortès.

Cependant l’officier parlait à l’un de ses hommes, il se retourna et me dit:

-Venez avec moi

-Là-dessus, il m’offrit le bras, donna l’autre à Wensel blessé, et se dirigea vers la maison. Constantin nous suivait de près.

Je jetai les yeux sur notre officier (Maudet), que nous laissions par derrière.

-Soyez sans inquiétude, me dit-il, j’ai donné des ordres pour qu’on prenne soin de lui. On va venir le chercher sur un brancard. Vous-mêmes, comptez sur moi, il ne vous sera fait aucun mal.

Je luis dis : Pour dire vrai, je m’attendais à être fusillé, mais cela m’était indifférent.

-Non, non, reprit-il vivement, je suis là pour vous défendre.

 Au moment même où, sortant du corps de logis, nous débouchions sur la route, toujours à son bras, un cavalier irrégulier fond sur nous avec de grands cris et lâche des deux mains sur Wensel et sur moi deux coups de lance, sans dire un mot. L’officier, qui nous escortait, prend son revolver dans sa ceinture, ajuste froidement et tire une balle dans la tête du misérable qui du cheval, roule de la selle sur la chaussée. Puis, nous continuons notre route sans nous occuper autrement de lui.

Le colonel Cambas avait été élevé en France et parlait notre langue admirablement. Militaire par occasion, comme beaucoup de ceux qui nous combattaient et que l’amour de la liberté avait armés contre nous, il appartenait, ainsi que Milan, à cette classe des licenciados, qui comprend à elle seule presque tous les hommes les plus instruits et les plus influents du pays. Excellentes gens, l’un et l’autre, et qui eussent fait honneur même à une autre armée, car pour leurs soldats, je ne crois pas les calomnier beaucoup en disant que les trois quarts n’étaient que des bandits.

Nous étions arrivés ainsi dans un petit pli de terrain, à quelque distance de l’hacienda, où se tenaient le colonel Milan et son état-major.

- C’est là tout ce qu’il en reste ? demanda-t-il en nous apercevant.

- On lui répondit que oui. Et, il ne put contenir sa surprise.

- Pero non son hombres, s’écria-t-il, son demonios, (Ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons !) Puis, s’adressant à nous en français :

-Vous avez soif, messieurs, sans doute. J’ai déjà envoyé chercher de l’eau. Du reste, ne craignez rien, nous avons déjà plusieurs de vos camarades que vous allez bientôt revoir. Nous sommes des gens civilisés, quoi qu’on dise, et nous savons les égards qui se doivent à des prisonniers tels que vous.

On nous donna de l’eau et des tortillas, sorte de crêpes de maïs, dont le bas peuple au Mexique se sert comme du pain et sur lesquelles nous nous jetâmes avec avidité.

Au même moment, arrivait le lieutenant Maudet, couché sur un brancard et entouré d’une nombreuse escorte de cavaliers. D’autres blessés arrivaient après lui.

La nuit était tombée tout à coup, sous les tropiques. Le crépuscule n’existe point, non plus que l’aurore, et le jour s’éteint comme il naît, presque sans transition. En compagnie de nos vainqueurs, nous fîmes route vers leur campement de la Joya, où nous arrivâmes assez tard. Il y régnait une grande émotion, et les blessés encombraient tout. Là, malgré la parole du colonel Cambas, nos armes, qu’on nous avait laissées d’abord, nous furent enlevées. Il fallait s’y attendre. On nous réunit alors à nos camarades faits prisonniers avant nous. Épuisés par la fatigue et par la souffrance, noirs de poudre, de poussière et de sueur, les traits défaits, les yeux sanglants, nous n’avions plus figure humaine. Nos vêtements, nos chapeaux étaient criblés, percés à jour. Les miens, pour leur part, avaient reçu plus de quarante balles. Mais, par un bonheur inouï, durant cette longue lutte, je n’avais pas été touché.

Comment en étions-nous sortis sains et saufs ? Nous ne le comprenions pas nous-mêmes, et les Mexicains pas davantage. Seulement, le lendemain, je me tâtais les membres, doutant encore si c’était bien moi et si j’étais réellement en vie.

 

IV

 

Tel est ce glorieux fait d’armes, où 65 hommes de l’armée française, sans eau, sans vivres, sans abri, dans une cour ouverte, sous les ardeurs d’un soleil meurtrier, tinrent en échec pendant plus de dix heures près de 2000 ennemis.

Grâce à leur dévouement, le convoi fut sauvé. Lentement, il remontait dans la direction de Cordova et n’était plus qu’à deux lieues de Camaron, lorsqu’un Indien, qui, de loin, avait assisté aux opérations militaires de la journée, vint leur annoncer qu’un détachement français avait été encerclé dans l’hacienda que les Mexicains étaient en nombre et qu’ils leur barraient la route. Il était alors cinq heures environ et la 3ème compagnie était presque anéantie.

Outre les grosses pièces d’artillerie de siège, les fourgons du trésor, les prolonges et les voitures de l’intendance militaire, chargées de matériel et de munition, le convoi traînait à sa suite une foule de charrettes de commerce et près de 2000 mules portant les provisions des cantiniers civils. Cela faisait un défilé interminable que ralentissait encore le mauvais état de la route. Dans ces conditions, toute surprise devait être fatalement désastreuse. Le capitaine Cabossel, des voltigeurs, chargé de la conduite du convoi, n’avait avec lui que deux compagnies du régiment étranger et point de cavalerie. Il fit faire halte aussitôt et dépêcha un exprès à la Soledad pour réclamer de nouvelles instructions. Il reçut l’ordre de revenir sur ses pas.

À la même heure, le colonel Jeanningros, également prévenu par un Indien, faisait demander des renforts à Cordova. On lui expédia deux bataillons d’infanterie de marine. Il en laisse un au Chiquihuite pour conserver la position. Lui-même avec la légion étrangère et l’autre bataillon se portent en avant au milieu de la nuit et ramassent en passant les grenadiers du capitaine Saussier qui prennent l’avant-garde.

Au point du jour, la colonne était en vue de Camaron. Mais, déjà, l’annonce de son arrivée avait mis en fuite les Mexicains qui s’occupaient d’enterrer les morts. Et, Milan levait en toute hâte son camp de la Joya.

On rencontra, à cent mètres environ du village, évanoui au pied d’un buisson et grièvement blessé, le tambour de la vaillante compagnie. Il fut pris pour mort par les Mexicains, qui, la veille au soir, avaient visité le champ de bataille et l’avaient jeté parmi les cadavres de ses camarades. Le froid de la nuit l’avait réveillé. Il s’était dégagé peu à peu et s’était traîné droit devant lui jusqu’à ce que la douleur et l’épuisement l’obligea à s’arrêter.

Dans la cour de la ferme, le désordre était affreux et n’attestait que trop bien de l’acharnement de la lutte, partout d’énormes plaques de sang desséché, partout le sol piétiné, les murs défoncés ou éraflés par les balles, puis çà et là des fusils brisés, des baïonnettes et des sabres tordus, des sombreros, des képis, des effets d’équipement militaires, déchirés, en lambeaux et sur tout cela, du sang.

Parmi ces débris, on ramassa la main articulée du capitaine.

Cependant, les cadavres avaient été enlevés, on les découvrit plus tard séparés en deux tas distincts, ceux des Mexicains au nord, et de l’autre côté de la route ceux des Français dans un fossé au sud-ouest de l’hacienda. Une cinquantaine de Mexicains étaient déjà enterrés. Mais, il en restait encore plus de deux cents. Les Français avaient perdu vingt-deux hommes, tués dans l’action. Huit autres, il est vrai, moururent presque aussitôt des suites de leurs blessures. Et, parmi eux, le sous-lieutenant Maudet, qui, transporté à Huatesco, succomba le 8 mai. Les Mexicains s’honorèrent eux- mêmes, en rendant à ses dépouilles les honneurs militaires. Il y eut de plus dix-neuf soldats et sous-officiers blessés.

Chez les Mexicains comme chez nous, par une particularité curieuse, le nombre des morts fut plus considérable que celui des blessés. Du reste, on remarqua que, des deux côtés, presque tous les hommes avaient été frappés à la tête ou dans le haut du corps. Quant aux survivants prisonniers, ils suivirent d’abord la colonne mexicaine, parfois traités avec égard, souvent aussi malmenés, et injuriés. Mais, nous n’avons pas à décrire leur odyssée à travers les villages et les forêts vierges des Terres Chaudes, sans cesse forcés de fuir avec leurs gardiens devant l’approche des troupes françaises.

Pourtant, le bruit de leur héroïque défense s’était répandu dans le pays et avait excité chez tous, amis ou ennemis, une admiration unanime. Les autorités françaises s’occupèrent de leur faire rendre la liberté. Mais, dans le désordre incroyable où se débattait alors l’administration libérale, les négociations de cette sorte n’étaient pas aisées à conduire. Après trois longs mois d’attente et de souffrance, un premier convoi de 8 prisonniers, dont faisait partie le caporal Maine, fut échangé contre 200 soldats et un colonel mexicains que nous avions en notre pouvoir. Dans l’intervalle, bon nombre des blessés avaient encore succombé, quelques-uns, qui n’avaient pu quitter l’hôpital de Jalapa, rentrèrent plus tard.

Le retour des prisonniers fut un perpétuel triomphe, dans toutes les villes et les villages où ils passaient. La foule se portait à leur rencontre et les acclamait. Les Indiens surtout, dont l’esprit se frappe plus aisément, restaient saisis à leur vue d’une sorte d’étonnement superstitieux, et s’écriaient en joignant les mains : « Jésus-Maria, les voilà! »

Dès leur arrivée, au corps, le chef de bataillon Regnault, qui commandait alors par intérim le régiment étranger, au lieu et à la place du colonel Jeanningros, appelé à Veracruz, s’empressa de rédiger un rapport circonstancié du combat de Camaron, dont on ignorait encore les détails. Ce rapport, très émouvant et très bien fait, parvint par la voie hiérarchique jusqu’au général en chef Forey. A son tour, celui- ci voulut qu’il en fût donné lecture à toutes les troupes du corps expéditionnaire. Et, dans un ordre du jour daté de son quartier général de Mexico, le 31 août 1863, après avoir glorifié les braves qui avaient soutenu cette lutte de géant, comme il disait, il déclara qu’une si belle conduite avait mérité des récompenses extraordinaires. En vertu donc des pouvoirs qui lui sont conférés, Maine, sergent depuis son retour et déjà décoré, était promu au grade de sous-lieutenant à la première vacance dans le corps. Schaffner, Wensel, Fritz, Pinzinger, Brunswick recevaient la croix de la Légion d’honneur, et quatre autres la médaille militaire. Peu de temps après, le régiment étranger était rappelé en Europe. Les nominations, confirmées par décret impérial, parurent au Moniteur universel, le 9 août 1864.

Aujourd’hui, le chemin de fer de Veracruz à Mexico traverse Camaron et passe sur les fondations des deux anciennes maisons, en face de l’hacienda en partie détruite pour l’agrandissement du village. Non loin de là, à la place où dorment les héros, s’élève une stèle (de nos jours un monument), surmontée d’une colonne brisée qu’entoure en serpentant une guirlande de lauriers. Il s’agit d’un point d’inscription, où leur gloire y supplée. C’est le gouvernement mexicain qui fait les frais de l’entretien. Mais, depuis le jour mémorable, pendant toute la durée de l’occupation, chaque fois qu’un détachement français passait devant Camaron, les tambours battaient aux champs. Les soldats présentaient les armes et les officiers pieusement saluaient de l’épée.

Signé : L. Louis -LANDE.

 

Qui était Louis Philippe Maine

 

 

 

 

Louis Philippe Maine est un militaire français, né le 4 septembre 1830 à Mussidan (Dordogne), et mort en 1893 à Douzillac (Dordogne). C’est le fils de Joseph Ména, dit Maine d’origine andalouse, exerçant le métier de bottier, et de Thérèse Félix, d’origine française (son père est un ancien capitaine de l’Armée napoléonienne), mais née en Espagne, exerçant la profession d’hôtelière.

Sa biographie :

Le 21 décembre 1850, il s’engage pour deux ans au 1er régiment de zouaves à Alger. Déçu, il quitte le service pour se faire bottier, le métier que lui a appris son père. Très vite, il décide que, seul, le métier des armes peut lui donner l’aventure. Le 25 avril 1854, il se réengage au titre du 4e bataillon de chasseurs à pied, qui part à la guerre de Crimée. Blessé à la joue, il est fait chevalier de la Légion d’honneur, à l’issue de la prise de la tour Malakoff. En Italie, il est adjudant et décoré, après Magenta, de la médaille de la Valeur militaire italienne. Servant ensuite dans les rangs du 4e régiment de chasseurs à pied en Algérie, il rend ses galons et s’engage en 1863 comme simple soldat à la Légion étrangère. Son unité est désignée pour participer à la campagne du Mexique. Rescapé du combat de Camerone, il est nommé sous-officier, puis officier. Il participe ensuite à la campagne de 1870 comme capitaine des troupes coloniales au 3ème régiment d’infanterie de marine, lors de la bataille dite de la « Maison de la dernière cartouche » à Bazeilles. Prisonnier à Sedan le 2 septembre, il s’évade le 18, gagne Bruxelles et rejoint la France. À Rochefort, il intègre les Francs-tireurs, et organise une phalange de volontaires qu’il conduit au feu et gagne ainsi ses galons de lieutenant-colonel du 8ème régiment de garde mobile de Charente inférieure.

À la révision des grades, il ne conserve que ses galons de capitaine. Il est muté dans un bataillon de tirailleurs sénégalais jusqu’en mars 1873, puis revient au 3ème RIMA, avant d’être mis en non-activité pour infirmités temporaires le 30 novembre 1878.

Il fut héros de Sébastopol, de la Bataille de Camerone, et de la Bataille de Bazeilles.

Après avoir participé aux faits d’armes de la Légion étrangère et des troupes coloniales, il meurt dans son lit à Douzillac (Dordogne) le 27 juin 1893. Il existe, dans la mairie de ce petit village, une vitrine, où sont conservées quelques reliques à la gloire du capitaine.

 

Pierre Joseph Jeanningros

Pierre Joseph Jeanningros (Saint-Ferjeux, 1816-Paris, 1902) est un militaire français, qui est devenu général.

Sa biographie :

Le 20 novembre 1834, il devient soldat comme enfant de troupe, au 66e Régiment d’Infanterie de Ligne, l’unité de son père.

Le 6 juillet 1835, il est nommé caporal.

Le 14 décembre 1836, il devient fourrier.

Et, le 21 avril 1836, il est promu fourrier de grenadier.

Le 1er décembre 1836, il est muté comme sergent au régiment de zouaves.

Il est désigné :

Le 16 août 1837, sergent-major.

Le 21 juin 1840, sous-lieutenant.

Le 8 septembre 1841, il est affecté comme sous-lieutenant au 2e Régiment de Zouaves.

Il est promu :

Le 2 janvier 1842, lieutenant.

Le 10 juillet 1847, capitaine.

Le 14 mars 1852, il revient comme capitaine au 1er Régiment de Zouaves, et est nommé capitaine-adjudant major le 3 mai 1852.

Le 7 février 1854, il est chef de bataillon au 43e Régiment d’Infanterie de Ligne, et se trouve muté le 4 juillet 1855 au 1er Régiment de Voltigeurs de la Garde.

Le 2 octobre 1855, il est promu lieutenant-colonel au 82e Régiment d’Infanterie de Ligne, et passe colonel le 12 juillet 1859 au 43e Régiment d’Infanterie de Ligne.

Sur décision ministérielle, il est affecté comme colonel au Régiment étranger au Mexique, et devient commandant supérieur de la Veracruz et des Terres Chaudes du 14 juin 1863 au 26 février 1864. À partir du 20 juin 1865, il est investi au commandement de la subdivision de Monterrey, comprenant les États de Cacahuiel et de Léon.

Le 1er août 1865, il est nommé général de brigade, commandant de la 2e brigade de la 2e division et des mêmes États. Il conserve en outre le commandement du Régiment étranger, jusqu’au 31 mai 1866. Il est alors nommé commandant-supérieur des États de Querétaro et de la Sierra.

Il rentre en France avec l’armée d’occupation, et débarque à Saint-Nazaire le 28 mars 1867. Il est nommé par décision impériale du 30 mars 1867 au commandement de la 1re brigade de la 2e Division d’Infanterie de la Garde impériale, comprenant :

Les zouaves,

Le 1er Régiment de Grenadiers,

Et le régiment de gendarmerie.

Le 23 octobre 1870, il est fait prisonnier de guerre par suite de la capitulation de l’Armée de Metz, et est interné en Allemagne à Aix-la-Chapelle. Il rentre en France le 12 mars 1871, et il est en disponibilité.

Le 11 juin 1871, il est nommé au commandement de la subdivision d’Indre-et-Loire, à Tours.

Le 17 août 1871, il est nommé au commandement de la 2e brigade de la 1re division du 4e Corps de l’armée de Versailles, par décision ministérielle.

Par décret du 22 mai 1873, il est promu général de division, et placé dans la position de disponibilité à compter du 1er juin. Le 18 octobre 1873, il est nommé au commandement de la 13e Division d’Infanterie, faisant partie du 1er Corps d’Armée, commandé par le général duc d’Aumale.

Le 16 juin 1874, il devient inspecteur général du 13e arrondissement d’Infanterie, et ajoutera, progressivement à son commandement actif, celui des subdivisions des régions de Bourg, Belley, et Langres. Du 30 juin 1876 au 2 juillet 1877, il est inspecteur général du 13e arrondissement d’Infanterie.

Le 22 janvier 1878, il est nommé commandant de la 8e Division d’Infanterie, au 4e Corps d’Armée. Du 27 mai 1878 au 12 mai 1881, il est inspecteur général du 8e arrondissement d’infanterie. En octobre 1881, il réunira au commandement de sa division celui des subdivisions de Mayenne, de Laval, du Mans, d’Alençon et d’Argentan.

À compter du 21 novembre 1881, il est admis par décision présidentielle dans la section de réserve. Le 23 novembre, sur sa demande, il est admis à faire valoir ses droits à la pension de retraite. Il est officiellement retraité par décret du 17 janvier 1882 après 48 ans de service.

En 1883, il est nommé inspecteur général des bataillons scolaires. Ce mouvement patriotique regroupe des instituteurs et des anciens militaires, désireux d’inculquer des rudiments de culture physique et de discipline aux jeunes Français.

En 1889, il se retire à Servon (Seine-et-Marne).

Il cumule décorations, titres, et honneurs.

Six fois blessé au feu, il est titulaire de quatre citations.

En 1843, chevalier de la Légion d’honneur.

En 1856, officier de la Légion d’honneur.

En 1856, décoration de 4e classe de l’Ordre Ottoman de Medjidié.

En 1863, médaille de sa Majesté le Roi de Sardaigne (campagne de Crimée).

En 1863, commandeur de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur.

En 1864, commandeur de l’Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.

En 1866, grand officier de l’Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.

Et, en 1877, grand officier de la Légion d’honneur.

Il était aussi titulaire des décorations suivantes :

La médaille de Crimée.

La médaille commémorative d’Italie.

La médaille commémorative du Mexique.

Et, la médaille de la valeur de Sardaigne.

Il est alors Commandeur de l’Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.

Il obtient la médaille du Roi de Sardaigne.

Il acquière la décoration de 4e classe de l’Ordre Ottoman de Medjidié.

En outre, depuis 1986, une rue de Servon (Seine-et-Marne) porte son nom.

  

 

 

Préambule de la bataille de la crevette

 

La série de circonstances, qui enchaînée, ont mené à bien les grands faits immortels de la bataille de la crevette.

Les légionnaires, avec cet esprit d’aventure et le désir d’être au premier rang dans les grands moments, ont permis d’écrire les plus belles pages de l’histoire militaire.

A Chiquihuite, le silence qui régnait était « mortel », ainsi que la sérénité de la vie du terrain où l’on pouvait entendre les chants d’oiseaux, mais harcelée par les piqûres des moustiques.

Le Colonel Jeanningros, commandant du régiment étranger au Mexique, faisait la sieste, quand il a été interrompu par un soldat accompagnant une femme mexicaine qui avait demandée à parler au chef.

Interrogée par le Colonel, celui-ci apprit par la fille, qu’elle faisait pacager les bêtes avec son père, (sergent dans la garde de Milan), lorsqu’un guérillero s’est entretenu avec le Colonel Milan, affirmant qu’un convoi transportait des munitions de la poudre et de l’argent.

Pendant le dîner, ce soir-là, Milan avec ses hommes parlent entre eux et décident d’attaquer le convoi à Palo-Verde, de détruire tout, et de ne laisser aucuns témoins.

Jeanningros demanda aux officiers de se réunir aussitôt sous la tente. Sachant qu’il y avait des espions, il était naturel que le Colonel Milan fût au courant de ce convoi, et du magot de 14 millions de pesos en argent et or.

Un messager fût envoyé à Soledad, pour les prévenir de ne sortir que si l’escorte est suffisante.

Le capitaine Danjou, assistant personnel du colonel, se dit préoccupé de la possibilité que cette fille tombe aux mains de l’ennemie, et propose qu’une compagnie de légionnaires la raccompagne pour la couvrir.

Cette compagnie, après avoir laissé la fille chez elle, poursuivrait la route en éclaireur, et ouvrirait le passage jusqu’au convoi.

Le capitaine Cazes, commandant la 3ème compagnie, est déjà en mission.

Le lieutenant Gans est quant à lui malade, incapable de commander la compagnie. Danjou demanda au colonel de lui confier cette mission. Jeanningros, embarrassé de se priver de son bras droit, accepta l’offre, en lui donnant le commandement.

 Le capitaine Danjou donna l’ordre suivant le 29 avril 1863: la prise d’un café à 23 heures.

Réunion à minuit

Départ à 1 heure

  

 

( 31 octobre, 2011 )

Monuments non classés

A Saint Pierre

LES VITRAUX : 

Leur emplacement et leur position dans 1′édifice se trouvent au chevet et sur les côtés de l’église. 

L’état de conservation est bon. 

Leur description : 

L’église est ajourée par six fenêtres à deux vitraux et une fenêtre à trois vitraux, situées au chevet. 

Ces vitraux sont accolés et surmontés d’un quadrilobe. 

Chaque vitrail comprend trois parties. 

La 1ère partie centrale s’érige avec le personnage debout. 

La 2èmepartie supérieure est avec un décor architectural gothique. 

La 3ème  partie est une  scène. 

De gauche à droite de la nef : 

En premier, au central, apparaissent Saint-Joseph et la Sainte-Vierge. En dessous, nous voyons une scène de la Sainte-Famille, et une autre de la Crèche.

 


monunonclass1.jpg 

En deuxième, au centre, ceux sont Saint-Etienne et Saint-Jean-Baptiste. En dessous, il y a les scènes, le martyr de Saint-Etienne, et celle du Baptême du Christ. 

En troisième, toujours au central, il s’agit de Saint-Antoine et Sainte-Thérèse. Les scènes de dessous montrent l’apparition du Christ à Sainte-Thérèse, et la deuxième Saint-Antoine devant le Pape. Le vitrail est offert par les De Mauléon. 

 

 

 

monunoclass2.jpg 

 

En quatrième, debout, au centre, règne le Sacré-Cœur. 

À la droite, se trouve Saint-Paul. 

À la gauche, se situe Saint-Pierre. 

Les scènes de dessous décrivent Jésus sur le lac de Tibériade, une autre sur la Pentecôte, et l’autre Saint-Paul terrassé sur le chemin. 

En cinquième, en central, on remarque Saint-Etienne et Saint-Sébastien. Les scènes du dessous les représentent en Martyr, celui de Saint-Etienne, et celui de Saint-Sébastien. 

En sixième, c’est Sainte-Catherine et Sainte-Victoire, au central. Les scènes sont dédiées aux martyrs. Le vitrail est signé : Megnen, Clamens et Bordereau, Angers 1890. 

En septième et dernier, au centre, on y distingue Saint-Jean et Saint-Thomas. Dessous, les scènes sont en rapport avec Saint-Jean, pour l’une et l’autre, Saint-Thomas mettant le doigt dans les plaies du Christ. 

 

 

 

Les Statues Saint-Sulpice : 

 

Dans le chœur, derrière le maître-autel, il y a : 

-la Vierge à l’Enfant, 

-Saint-Joseph, 

-Sainte-Anne, 

-Sainte-Germaine, 

-Sainte-Thérèse, 

-Saint-Antoine de Padoue, 

-Saint-Christophe, 

-Sainte-Marie Jaboué. 

Dans la chapelle du Sacré-Coeur : 

            -le Sacré-Cœur. 

 

Le Bénitier : 

 

Son emplacement et sa position sont dans l’édifice, au fond de l’église à l’entrée. 

Sans protection, mais juridiquement, il est la propriété de la commune. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est en marbre rouge, veiné de blanc de Caunes Minervois. 

Sa description montre une cuve ronde en marbre encastrée dans le mur, et ornée d’un godron serré et épais sur la panse terminée par un cul de lampe. 

Ses dimensions sont :             Pour le diamètre : 0, 30, 

Pour l’épaisseur: 0, 07, 

Et pour la profondeur: 0, 14. 

 

 

monunonclass3.jpg 

 

Le Bénitier : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont à côté de la porte d’entrée. 

Sans protection, mais, lui-aussi, il est la propriété de la commune. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est en marbre gris et rose. 

Sa description montre :          Une cuve circulaire sur pied carré en marbre gris et rose. 

Une cuve en bec de corbin orné de godrons sur la panse. 

Un pied à balustre. 

Ses dimensions sont :             Pour la hauteur totale, 1, 16 mètre, 

Pour le diamètre de la cuve,  0, 81 mètre, 

Pour la profondeur de la cuve, 0, 30 mètre, 

Pour l’épaisseur du rebord,  0, 10 mètre, 

Et pour le pied, 0, 56 x 0, 56 mètre. 

 

 

La Statue Vierge à l’enfant : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont sur le mur du fond de la nef. 

Sans protection, elle est la propriété de la commune. 

L’état de conservation est bon. 

Les matériaux sont en bois polychrome. 

Sa description indique que :   La Vierge est debout, portant une couronne. Elle tient l’enfant Jésus sur le côté gauche et le tient à pleine main gauche. 

                                   L’enfant Jésus porte un globe sur le genou Gauche et le tient de sa main gauche. 

                                               La Vierge est vêtue d’une tunique et d’un manteau retenu sous le menton qui lui sert de voile. 

Elle est d’une hauteur de 1m80. 

 

 

monunonclass4.jpg 

 

 

 

Le Tableau : Adoration des Bergers : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, se trouvent dans le fond de la nef, sous l’orgue, côté épître. 

Sans protection, il est la propriété de la commune. 

Il demeure en mauvais état de conservation. 

Les matériaux sont la peinture à l’huile sur toile, et le cadre est en bois. 

Sa description révèle : Au centre, la Vierge, à genoux. Elle découvre l’Enfant Jésus de ses langes. 

A droite et derrière, c’est Saint Joseph. 

A gauche, trois bergers sont agenouillés. 

L’arrière-plan est orné d’une étable. 

En haut du tableau, un ange tient un phylactère, portant l’inscription: Gloria in excelsis déo. 

Ses dimensions mettent en évidence une hauteur de  3mètres, et une largeur de 2,75mètres. 

 

 

Le Tableau : Adoration des Mages : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont au fond de la nef, sous l’orgue, côté évangile. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Son état de conservation est bon. 

Les matériaux se caractérisent par de la peinture à l’huile sur toile, et le cadre en bois. 

Sa description présente :        La Vierge assise sur le côté gauche du tableau. Elle tient l’enfant Jésus sur le genou gauche. 

                                               Derrière la Vierge, se tient Saint Joseph. 

                                               A droite, les rois mages sont agenouillés, portant un manteau d’hermine. 

                                               Deux personnages sont debout à l’arrière. 

                                               L’arrière-plan est orné d’un décor architectural et d’un paysage. 

Les dimensions sont pour la hauteur 3 mètres, et la largeur 2,75 mètres. 

 

 

Le Tableau  » LAVEMENT DES PIEDS «  : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont sur le mur du fond de la nef, sous l’orgue, et à côté de la porte d’entrée. 

Il est la propriété de la commune et sans protection. 

L’état de conservation est assez bon. 

Les matériaux montrent de la  peinture à l’huile sur toile, et un cadre en bois. 

Sa description affiche :          Le Christ accroupi lave Les pieds d’un pèlerin. 

                                               Un personnage est debout à l’arrière. 

                                               L’arrière-plan du tableau représente une façade à fenêtres, de renaissance italienne. 

Ses dimensions arborent une hauteur de 1,33 mètre, et une largeur de 0,65 mètre. 

N’apparaissent pas de signature, ni de date, ni d’inscription. 

 

 

Le Tableau’  » BAPTEME DU CHRIST «  : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle des fonts baptismaux. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Il est dans un bon état de conservation. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur toile. 

Sa description découvre :      Au centre le Christ est debout. Ses pieds sont dans l’eau. 

                                               À sa gauche, Saint-Jean-Baptiste, tenant une coquille à la main (vue de ¾), lui verse l’eau sur la tête. 

Ses dimensions se caractérisent pour une hauteur de 2,80 mètre, et une largeur de 1,90 mètre. 

 

 

Le Tableau  » Saint-Jean-Baptiste «  : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle des fonts baptismaux. 

Il est la propriété de la commune, et est non protégé. 

Il se trouve en bon état de conservation. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur toile. 

Sa description dévoile le Tableau représentant Saint-Jean-Baptiste avec l’Agneau. 

 

 

Le Tableau : 

 

Son emplacement et sa position, dans 1′édifice, sont dans la chapelle du purgatoire. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Il est mauvais état de conservation. 

Les matériaux sont de la peinture à l’huile sur toile dans un cadre en bois doré. 

Sa description représente :    Deux femmes à genoux, l’une ayant à ses pieds un vase de parfum. 

                                               Au centre, une clarté avec le monogramme (IHS). 

                                               Au-dessus, un angelot sur des nuages. 

Ses dimensions sont de 1, 36mètre x 1, 80. 

 

 

Le Tableau Saint-Marc : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle du Purgatoire. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Il dévoile son mauvais état de conservation. 

Ses matériaux se composent de la peinture à l’huile sur toile, et du cadre en bois doré. 

Sa description décèle ce tableau représentant Saint-Marc assis, et entouré du pape et d’évêques. 

Ses dimensions sont 2m54 x 1m80. 

 

 

La Sculpture La Piéta : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle dite de Sainte-Lucie. 

Elle est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Elle est en bon état de conservation. 

Le matériau est du bois stuqué polychrome. 

Sa description indique que La Vierge revêtue d’un manteau bleu porte le corps du Christ sur ses genoux. Elle lève les bras vers le ciel en signe d’imploration. 

 

monunonclass5.jpg 

 

 

La Croix et Les Six Chandeliers : 

 

Leurs emplacements et leurs positions, dans l’édifice, sont dans la chapelle dite de Sainte Lucie. 

Ils sont la propriété de la commune, et sont sans protection. 

La Croix est en cuivre. 

Sa description montre le Christ en croix, avec trois clous, et le pagne à droite. 

Sa Dimension est une hauteur de 0m50, et une largeur de 0m20. 

Les pieds sont triangulaires. 

Les Chandeliers sont en cuivre. 

Leur description démasque des pieds triangulaires. 

Leur Dimensions est pour la  hauteur 0m55, et pour les pieds: 0,20 x 0,20. 

 

Le Tableau Saint-Marc : 

 

Son emplacement et sa position, dans 1′édifice, sont dans la chapelle de la Vierge À l’Enfant, présumée ancienne chapelle des Mauléon. 

Il est la propriété de la commune, et sans protection. 

Il est en bon état de conservation. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur toile, dans un cadre en bois doré. 

Sa description décrit que Saint-Marc, revêtu d’un manteau rouge, est debout devant un bateau en compagnie de trois personnages. 

Ses dimensions sont pour la hauteur 2m26, et la largeur 2m58. 

 

 

monunonclass6.jpg 

 

 

L’Autel : 

 

Il demeure dans la chapelle de 1a Vierge À l’Enfant. 

Il s’avère être la propriété de la commune. 

Il est en bon état de conservation, et est non protégé. 

Il se compose de marbre blanc. 

Sa signature est de J. Guiraud Marbrerie -15 rue Saint Etienne -- Toulouse

 

 

monunonclass7.jpg 

 

 

Le Retable : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle Saint Joseph. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

Son état de conservation est bon. 

Il est en bois sculpté et peint. 

Sa Description décrit :           Un retable, composé de colonnes et d’une niche. 

                                               Au-dessus, un deuxième petit retable, avec au centre le Père Éternel. 

                                               Dans le grand retable, est placée la statue de Saint-Joseph portant l’Enfant Jésus. 

Le tabernacle est en bois doré, surmonté d’un fronton triangulaire et de deux gradins. 

Les personnages, qui entouraient ce tabernacle, ont été volés, ainsi qu’une scène. 

 

La Fresque Martyr de Saint-Etienne : 

 

Elle est située dans la chapelle dédiée à st Etienne. 

Elle est la propriété de la commune et sans protection. 

Elle est bon état de conservation. 

Le matériau est la peinture à l’huile sur plâtre. 

Sa description découvre :      Une grande fresque, cintrée en haut, représente le martyre de Saint-Étienne. Ce tableau occupe tout le mur de la chapelle, faisant face à l’autel. 

                                               Saint-Étienne est à genoux, mains jointes, et regarde un ange qui lui tend une couronne de fleurs, et un autre qui lui tend la palme du martyre. 

                                               À droite et à gauche des personnages, lui lance des pierres. 

                                               Dans le ciel, le Père Éternel lui tend les bras, à côté de son fils tenant la Croix. 

Cette fresque est signée  » Ourtal, 1894 « . 

 

 

 

 

monunonclass8.jpg 

 

 

La Croix et Les Six Chandeliers : 

 

Leurs emplacements et leurs positions, dans l’édifice, sont dans la chapelle du Sacré-Cœur. 

Ils sont la propriété de la commune, et sont sans protection. 

Ils sont en bon état de conservation. 

Le matériau est en cuivre. 

Sa description montre des pieds triangulaires, et des extrémités trilobées. 

Ses dimensions sont pour la  hauteur 0m45, et pour la largeur 0m20. 

Pour l’inscription sur le pied, est gravé: Pour le Purgatoire. 

                        Don de Lorens Nadal et Pierre Sauzine. 

Sur d’autres pieds, l’inscription est abrégée: L.N. et P.S. 

Ses dimensions sont d’une hauteur de 0m56, et pour les pieds 0m17 x 0m17. 

 

 

Le Retable Chapelle du Sacré-Cœur : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle du Sacré-Cœur. 

Il est la propriété de la commune, et est sans Protection. 

Il est bon état de conservation. 

Il est en bois stuqué et peint. 

Sa description découvre un retable encadrant la statue du Sacré-Cœur, avec des colonnes torsadées et ornées de pampres. Au-dessus de chaque colonne, deux angelots et une guirlande couronnent le tout. 

 

 

Le Tableau Sainte-Philomène : 

 

Son emplacement et sa position, dans 1′édifice, sont dans la chapelle de la Vierge. 

Il est la propriété de la commune et sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur toile, dans un cadre en bois doré. 

Sa description profile que : dans un sarcophage transparent, Sainte-Philomène tient une flèche et une fleur de lys. A ses pieds, on remarque deux angelots, dont l’un tient une ancre. 

Ses dimensions sont 0,94 x 0,70

 

 

monunonclass9.jpg 

 

Le Tableau Vierge À l’Enfant : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle de la Vierge. 

Il est la propriété de la commune, et sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur toile. 

Sa description représente : Dans la partie supérieure, la Vierge avec l’enfant Jésus, entourés d’angelots. 

                                            Dans la partie inférieure, un personnage tient un vase d’huile. 

                                           Deux personnages tiennent des livres, et Saint-Pierre est agenouillé. 

 

Les Panneaux Décoratifs : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la chapelle de la Vierge. 

Ils sont la propriété de la commune et sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est de la peinture à l’huile sur bois. 

Sa description met en évidence des panneaux décoratifs, comprenant des tableaux en faux marbre et quatre scènes. 

                        Le 1er panneau représente Saint-Antoine en habit de moine. Il est agenouillé devant un crucifix, et tient un crâne en arrière-plan d’église et de château. 

                        Le 2ème panneau dévoile la Vierge à l’Assomption, sur une demi-lune, écrasant le Serpent. 

                        Le 3ème panneau caractérise l’ensemble d’une femme assise devant une Croix de bois et un dragon enchaîné. 

Le 4ème panneau est celui de Sainte-Philomène. 

 

L’Ostensoir : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Il est la propriété de la commune, et est sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est du métal doré. 

Sa description décrit des gerbes de blé, supportant le soleil. On voit des angelots autour de la lunette. Le nœud est orné de blé au centre, et d’angelots sur les bords. Sur le pied rectangulaire, se détache l’agneau aux Sept Sceaux et la Cène. 

Le poinçon, sur le pied, est un   » A  » point en haut, point en bas dans un losange. On distingue un personnage barbu, avec un chiffre. 

Ses dimensions sont pour la hauteur totale 0, 85. Le soleil a une largeur de 0, 38, et le pied de 0, 24 x 0, I8. 

 

La Croix d’Autel : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Elle est la propriété de la commune, et sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est du métal argenté. 

Sa description montre une Croix avec le Christ portant une couronne d’épines, fixé par trois clous, et le pagne noué à droite. Le soleil doré est à la croisée des bras, et on aperçoit l’extrémité des bras dorés, et le pied ovale doré. 

Ses dimensions sont pour la hauteur 0, 33, et pour la largeur 0, 16. 

Le diamètre du pied est de 0, 13 x 0, 06. 

 

 

La Croix d’Autel : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la sacristie. 

Elle est la propriété de la commune. 

L’état de conservation est bon. 

Le matériau est du cuivre doré. 

Sa description annonce une  Croix avec le Christ portant une couronne d’épines, les pieds superposés. Celui-ci est fixé par trois clous, et le pagne est noué à droite. 

                        Les extrémités des bras sont ornées d’angelots. 

Le pied ovale est orné d’angelots, et entouré d’un feuillage découpé. 

Sa dimension est d’une hauteur de 0,38, et d’une largeur de 0,20. 

Le pied a un diamètre de 0,15 x 0,10. 

Il n’y a pas de poinçons. 

 

 

La Croix de Procession : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Elle est la propriété de la commune, et sans protection. 

Elle est en bon état de conservation. 

Le matériau est en métal argenté. 

Sa description souligne une Croix très lourde. L’extrémité des bras est arborée de fleurs de lys. Le Christ est sans couronne, fixé par quatre clous. La tête est penchée à droite. Le page est noué à gauche, et le bas de la hampe est arrangé. 

Ses dimensions sont pour la hauteur de 0, 65, et pour la largeur de 0, 36. 

 

 

Le Calice et La Patène : 

 

Leurs emplacements et leurs positions, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Ils sont la propriété de la commune, et sans protection. 

Ils se trouvent en bon état de conservation. 

Le Calice est en métal argenté et doré. 

Pour la description, on remarque que la Coupe est en forme de tulipe. C’est une fausse coupe, qui est ajourée avec un décor de blé et de pampres. On note aussi un médaillon représentant la Sainte-Famille. 

                        Le nœud est accompagné d’un balustre avec du blé, de la vigne et des massettes. 

                        Sur le pied, l’agneau est couché sur la Croix, un cœur avec couronne d’épines et le pélican. 

Ses dimensions sont pour la hauteur 0,30, et le diamètre de la  coupe 0, 08. 

Le diamètre du pied est de 0,15. 

Les poinçons sont :     Un losange avec un S surmonté d’un soleil. 

                                   Une tête d’Hercule à droite avec 2 chiffres. 

                                   Une tête de vieille femme. 

Pour l’inscription, sur le pied, c’est : A la chapelle du calvaire. 

La patène est en métal argenté doré. 

Apparaît l’inscription : IHS, entourée d’une couronne d’épine et d’un coeur à trois clous. 

La dimension est un diamètre de 0, 14. 

 

 

Le Tableau : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Il est la propriété de la commune, et sans protection. 

Il est en bon état de conservation. 

C’est une peinture à l’huile sur toile dans un cadre en bois doré. 

Quant à sa description, cette toile représente une Sainte couronnée, tenant dans la main gauche une flèche et dans la main droite un livre et la palme du martyre. 

Ses dimensions sont 1,90 x 1,34. 

 

 

La Bannière de Procession : 

 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans la Sacristie. 

Elle est la propriété de la commune. 

Son état de conservation est assez bon. 

C’est une toile de satin à passements dorés. 

Pour sa description, on y voit au centre de la bannière, Saint-Pierre, auréolé, est représenté tenant les clefs dans la main droite. Il a à ses pieds le coq. 

 

 

La Statue Vierge de l’Assomption : 

 

Son emplacement et sa position, dans 1′édifice, sont dans la Sacristie. 

Elle est la propriété de la commune, et sans protection. 

L’état de conservation est bon. 

Cette statue est en bois stuqué et doré. 

Pour sa description, on distingue la Vierge de l’Assomption reposant sur une demi-sphère et écrasant la tête du serpent. Elle est drapée dans un vaste manteau. Elle écarte les bras en signe d’accueil, et baisse légèrement la tête. 

Elle a une hauteur de 0,70 mètres. 

 

La Chapelle de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques : 

 

Elle renferme une cloche en bronze. 

Le diamètre de la base est 33,5 cm, et sa hauteur totale est de 36 cm. 

La décoration, sur la robe ou la panse, représente des fleurs de lys et des croix. 

Elle est datée de 1785, en chiffres arabes. 

Son  poids est de 21 kilogrammes. 

La note est le si. 

 

 

Le Parchemin de Donation : 

 

Il s’agit d’un parchemin authentique de la donation. 

Le papier est écrit à l’encre protégé, dans un cadre bois et verre. 

 

 

 

 monunonclass10.jpg

 

  

Le Monument aux morts de la guerre de 1914-1918 : 

 

Il se situe dans la catégorie sculpture. 

Son édifice de conservation est le square (non inventorié). 

Son adresse est cimetière (chemin du). 

Il se dessine en pierre taillée, en marbre taillé, et en fer forgé. Sa  structure est en  revers sculpté. 

Sa description montre le socle mouluré à emmarchement de plan rectangulaire, supportant une statue en marbre. Les plaques d’inscription en marbre sont fixées sur le socle. La grille d’entourage est en fer forgé. 

Ses dimensions sont pour une hauteur 4,20, pour une largeur 3,30, et pour la profondeur 2,80. 

L’iconographie est une figure (femme, en pied, allégorie). 

Une précision sur la  représentation, il est question concernant le sujet d’une femme drapée, représentant la France, déposant de la main droite une couronne de laurier sur une stèle, et tenant sur sa gauche un faisceau de licteur dont la hache est ornée d’une tête de bélier. 

Un détail sur son état, il manque un parterre de fleurs entre l’emmarchement et la grille d’entourage, recouvert dans l’état actuel de dalles cimentées. 

Il y a une inscription (gravée), et une signature (gravée). 

Une concision sur son inscription, il est question d’une dédicace gravée sur la plaque de marbre à la face principale du socle, où l’on peut lire la transcription suivante : Chalabre à ses enfants victimes de la guerre 1914 1918. 

Se distinguent les noms des morts gravés sur les plaques de marbre, sur les faces latérales du socle. 

La signature est gravée sur la base de la statue en face principale, et est : Magrou Jean Marie Joseph (sculpteur). 

Il date du 1er quart du 20ème  siècle. 

Il s’agit d’une œuvre non protégée par les monuments historiques. 

Son statut juridique en fait la propriété publique

 

 

 monunonclass11.jpg

 

 

 

 

 

 

 

( 30 septembre, 2011 )

Monuments historiques suite

L’hôtel de ville : 

 

L’escalier de pierre est classé. 

Il daterait de l’An 1725. 

De la rampe d’appui, dans ce même escalier, on peut y voir les clefs de Saint Pierre, armoirie de la ville prise à cette période. 

Elle daterait de l’An 1732, date de l’inauguration de l’hôtel de ville, comme le confirme la plaque commémorative sur la gauche. 

Les deux furent classés monument historique le 24 avril 1948. 

 

 

monumenthisto1.jpg 

 

L’Église du Cazal Sainte Marie 

 

Il y a une toile sur support, représentant le Christ en croix entre Saint-Sébastien et Saint-Blaise. 

Cette peinture, faite à l’huile, est d’une hauteur de 292 cm et d’une largeur de 220 cm. 

Elle daterait du 17ème siècle. 

Elle fut classée le 10 octobre 1974. Elle est la propriété de la commune. 

 

L’église Saint Pierre :

 

  

monumenthisto2.jpg

Elle est la propriété de la commune, et est située sur la traverse du calvaire. 

Sa destination, depuis toujours, est pour le culte. 

Elle est cadastrée section AB, parcelle 556. 

 

Sa description : 

 

Sa Situation : elle est isolée, à côté du Cimetière. 

L’orientation d’ensemble montre un plan allongé. Le clocher est à l’ouest. Le porche d’entrée est situé au sud. 

Les matériaux et la mise en œuvre viennent de pierres du pays, taillées à Roquefère. 

Ceux sont des tuiles canal, pour la toiture. 

La structure de la nef est à quatre travées, où s’ouvrent de chaque côté des chapelles latérales. 

Le choeur polygonal est à cinq pans. Les sacristies au sud sont la continuation des chapelles. 

L’élévation à deux niveaux découvre une grande arcade ogivale des chapelles et des fenêtres hautes. L’éclairage du chœur provient par des fenêtres hautes formées d’un meneau central pour le chœur, par des fenêtres hautes ogivales, et par des fenêtres dans les chapelles sud pour la nef. 

Les chapelles faisant contrefort sont surmontées d’un mur boutant, avec deux contreforts au chevet. 

La couverture ou la toiture est constituée de deux pentes pour la nef, et de plusieurs pentes pour le chœur avant. Le toit est en bois, supporté par des modillons. 

L’élément protégé par les monuments historiques (MH) est le donjon du clocher, par arrêté du 13 juillet 1907. 

Sa construction date de la 2ème moitié du 16ème siècle (1530). 

En principe, le pré-inventaire ne prend pas en compte la partie du patrimoine privé, comprise à l’intérieur d’une habitation. Dans ce cas, seules les rubriques, concernant la situation, la composition, les matériaux, les élévations donnant sur le domaine public, et les couvertures sont demandées. 

 

monumenthisto3.jpg 

 

L’historique : 

 

Les circonstances de la construction sont aux XVI, XVIII, et X1Xèmes siècles, des datations approximatives. 

1530 est l’inscription gravée sur la cartouche du clocher. 

Le XVIème siècle est celle du porche. 

1785 P C se trouve sur la clef de voûte de la porte du Clocher. 

1890 se situe sur la clef de voûte de l’arc triomphal. 

L’année est en majorité la source de la datation, d’après des travaux historiques, éventuellement des documents d’archives, ou des documents figurent l’inscription. 

La documentation est sommaire, et vient d’une part de l’ouvrage « Le pays de Kercorb, Chalabre, dans le bulletin de la société d’étude scientifique de l’Aude, tome XVI, I905, p57, du docteur Courrent », du bureau de recensement des monuments anciens, au casier archéologique de l’Aude, de l’abbé Sylvestre, ou d’autre part du sermon pour la consécration de l’église Saint-Pierre, à Carcassonne, par Gabelle, en 1891. 

 

Les Cloches 

 

Sur les 4 cloches, 2 sont classées. 

Au statut juridique, elles sont classées au titre objet. 

L’emplacement et la position dans 1′édifice se situe dans le clocher. 

Elles sont la propriété de la commune 

Par protection, elles furent classées (MH) le 30 Septembre 1911, dans la catégorie fonderie de cloches. Elles sont en bronze. 

Les inscriptions en latin, sont : 

Sur la 1ère cloche : XPS rex venit In pace Deus homo factus est (en lettres gothiques), du 16ème siècle. 

Sur la 2ème cloche le gros bourdon 

+-I.H.S. Maria 

Joseph-in-omnem 

Terram-exivit-sonus 

Eorum-piorum 

Sumptibus-me 

Refecit-p-et-c 

Chalot 

1664

 

monumenthisto4.jpg

 

 

Le Tableau : la Remise Des Clefs à Saint-Pierre 

 

Son emplacement et sa position dans l’édifice se situe dans la nef, sous l’orgue. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

La protection est son classement en date du 3 Février 1975. 

Le matériau est une toile sur support. La peinture est à l’huile. 

Les dimensions sont pour la hauteur 2,40 m, et la largeur 2,50 m. 

Il date du 17ème siècle. 

 

 

monumenthisto5.jpg

 

La Statue Saint-Éloi : 

 

Elle se range dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice est dans la chapelle des Fonts baptismaux. 

Son statut juridique est qu’elle est la propriété de la commune. 

Elle est classée le 27 décembre 1947, au titre d’objet. 

Elle date du 14ème siècle. 

Le matériau montre du bois polychrome. 

Sa description : L’évêque tenait de la main gauche une crosse disparue. 

Sa dimension est une hauteur de 0,97 mètre. 

 

 

La Statue Saint-Franciscain : 

 

Son emplacement et sa position dans l’édifice se situe dans la première chapelle Nord. 

Sa catégorie est une sculpture. 

Le matériau est en bois peint. 

Sa dimension est une hauteur de 1,80 mètre. 

Elle date du 17ème siècle. 

Historique, cette statue, qui représente peut-être Saint-François d’Assise, pourrait provenir du couvent des capucins, qui existait encore à Chalabre en 1795. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 février 1975. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

 

 

La Statue Sainte-Franciscaine : 

 

Elle se place dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice se trouve dans la première chapelle nord. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février l975. 

Le matériau est en bois peint. 

Sa description : cette statue pourrait représenter Sainte-Claire d’Assise. 

Sa dimension est d’une hauteur de 1,80 mètre. 

Elle date du 17ème siècle. 

 

 

Les Six Bustes Reliquaires : 

 

Ils s’appliquent dans la catégorie sculpture. 

Leurs emplacements et leurs positions dans l’édifice se trouvent dans la nef. 

Leurs statuts juridiques sont la propriété de la commune. 

Ils sont classés au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois peint, et doré. 

Sa description : ces bustes reliquaires représentent un évêque, Saint-Pierre (?), un martyr, deux saintes-femmes et un enfant. 

Sa dimension est pour la hauteur de 1mètre. 

Ils datent du 18ème  siècle

 

Le Tableau La Sainte-Famille : 

 

Il se trouve être dans la catégorie peinture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice sont dans la première chapelle Sud. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Il est classé au titre d’objet le 7août 1964. 

Le matériau est une toile pour le support, et la peinture à l’huile. 

Sa dimension est d’une hauteur de 3,60 mètres, et d’une largeur de 2,23 mètres. 

Cette œuvre est anciennement datée de la fin du 16ème siècle. 

 

Le Retable et le décor du Chœur : 

 

Le Maître d’Autel, le tabernacle, le retable, les 13 statues dont des angelots et des anges musiciens, les 2 bustes reliquaires, et les 2 culs de lampe se placent dans la catégorie sculpture, marbrerie, et menuiserie. 

Pour l’emplacement et la position dans 1′édifice, ils se situent dans le cœur de l’église. 

Ils sont classés au titre d’objet le 3 février 1975, et la propriété de la commune. 

Le matériau est en bois, taillé et doré. 

La description montre un ensemble, qui constitue le décor du cœur. Celui-ci est composé du maître d’autel en marbre divers, d’un tabernacle, d’un retable à baldaquin, de trois statues, de deux bustes reliquaires, de deux culs de lampe, de huit angelots et de deux anges musiciens. Le tout est en bois, sculpté et doré. 

Sur l’autel dressé sur six degrés, le tabernacle est encastré dans un petit retable. 

De part et d’autre, se trouvent les deux bustes reliquaires, dont l’un représente Sainte-Illuminée. 

Le grand retable est composé de quatre colonnes torses, terminées par des chapiteaux corinthiens qui soutiennent la corniche. 

A droite et à gauche entre les colonnes, deux statues de Saints, dont les attributs ont disparu, sont posées sur des socles garnis de culs de lampe servant de consoles. 

Sur la corniche sont posés quatre angelots, qui ont les bras ouverts, ainsi que la statue de Saint-Pierre avec un coq à sa droite. 

Une plateforme est surmontée d’une croix entre deux angelots. 

A droite et à gauche, le décor est complété par huit statues, qui ont dû être déposées. 

Ce décor serait du 18ème siècle. Mais, il a été remanié lors de l’agrandissement de l’église en 1891. 

 

 

La Statue SAINT-PAUL 

 

Elle se situe dans la catégorie sculpture. 

L’emplacement et la position dans l’édifice sont dans le chœur. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 février l975. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa dimension est une hauteur de 1,55 mètre. 

Elle date du 18ème siècle

 

 

La Statue de Sainte-Marie-Madeleine 

 

Elle se place dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice sont dans le chœur. 

Elle est la propriété de la commune, et est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Elle date du 18ème siècle. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa dimension est une hauteur de 1,55 mètre

 

 

La Statue Saint-Augustin 

 

Elle se range dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position, dans l’édifice, sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois peint et doré. 

Pour sa description, la main droite du Saint semble avoir tenu une crosse. 

Sa dimension est une hauteur de 1,60 mètre. 

Elle date du 18ème  siècle. 

 

 

La Statue Saint-Philippe 

 

Elle se situe dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa  position, dans l’édifice, sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois peint et doré. 

Sa description montre que le personnage devait tenir une croix de la main droite et l’indiquer de la main gauche, ce qui laisse penser qu’il s’agit de l’apôtre Saint-Philippe. 

Sa dimension est d’une hauteur de 1,50 mètre. 

Elle date du 18ème  siècle. 

 

 

La Statue Saint-Jérôme 

 

Elle se loge dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans 1′édifice sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa description dévoile que le Saint est représenté en Cardinal. 

Sa dimension est d’une hauteur de 1,55 mètre. 

Elle date du 18ème  siècle. 

 

 

La Statue Saint-Grégoire 

 

Elle réside dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans 1′édifice sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa description révèle que le Saint est représenté en pape. 

Sa dimension présente une hauteur de 1,60 mètre. 

Elle date du 18ème  siècle. 

 

 

La Statue Saint-Ambroise 

 

Elle siège dans la catégorie sculpture 

Son emplacement et sa position dans l’édifice sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

 

Sa dimension est d’une hauteur de 1,60 mètre. 

Elle date du 18ème siècle. 

 

 

La Statue Saint-Simon 

 

Elle se place dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice sont dans le chœur. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa description dévoile que le Saint tenait dans ses mains une scie. 

Sa dimension est d’une hauteur de 1,55 mètre. 

Elle date du 18ème siècle. 

 

 

Deux bras de lumière 

 

Ils se rangent dans la catégorie sculpture. 

Leur emplacement et leur position dans l’édifice sont de chaque coté sur l’arc triomphal. 

Leur statut juridique est la propriété de la commune. 

Ils sont classés au titre d’objet le 3 février 1975. 

Le matériau est en bois taillé, peint et doré. 

Leur dimension est d’une longueur 43,5 cm. 

Ils datent du 17ème siècle. 

 

 

monumenthisto6.jpg 

 

 

La Statue Vierge à l’Enfant 

 

Elle siège dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans 1′édifice est dans la chapelle de la Vierge. 

Son statut juridique en fait la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 27 Décembre 1947. 

Le matériau est en bois, peint et doré. 

Sa description indique que la Vierge est assise sur un siège surmonté d’un baldaquin à décor flamboyant, elle tient l’Enfant sur les genoux. 

Sa dimension est d’une hauteur 1,28 mètre

 

 

monumenthisto7.jpg 

 

 

Le Ciboire 

 

Il se loge dans la catégorie orfèvrerie. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice le décèle dans la sacristie. 

Il est classé au titre d’objet le 06 décembre 1984. 

Il est la propriété de la commune. 

Le matériau est du métal, argent et doré. 

Sur l’inscription, sont gravés la date, le poinçon de maître (initiale), le poinçon de titre de l’argent, et le poinçon de garantie. 

Sa description révèle que le pied est rond. Le fût est à balustre, au dessus d’un nœud. La coupe est unie. Le couvercle en dôme est fixé à la coupe par deux clefs, coulissant sur un filet de la coupe. Une croix latine surmonte le tout. Apparaît un  nœud piriforme, décoré de feuilles de vigne dans des cadres longitudinaux. Sur le pied, on remarque un décor de feuilles de vigne. 

Sa dimension est  d’une hauteur 0m28, le diamètre de la coupe 0mI0, et le diamètre du pied 0mI2. 

Pour les poinçons : 

Il y a la lettre  » A « avec un point en haut et un point en bas dans un losange. 

Une précision sur les inscriptions gravées arbore Saint Pierre Chalabre sur la bordure du pied, et une date : 1831 sur la bordure du pied. 

Il y a donc le poinçon de maître (l’initiale) : lettre A. 

Dans un losange, le poinçon est de titre en l’argent, une vieille à gauche et le chiffre 1er titre département. 

Il y a le poinçon de garantie: un Hercule à gauche et le chiffre 10 (la grosse garantie au département de l’Aude). 

L’auteur est Aribaud Jean-Pierre II, orfèvre de Carcassonne. 

Il est du 2ème quart du 19ème siècle. Une date est gravée, 1831. 

 

 

La Statue Vierge à l’enfant 

 

Elle s’érige dans la catégorie sculpture. 

Son emplacement et sa position dans l’édifice  la trouve dans la sacristie. 

Son statut juridique est la propriété de la commune. 

Elle est classée au titre d’objet le 03 février 1975. 

Elle se trouve toujours en bon état de conservation. 

Le matériau est en bois, stuqué et doré. 

Sa description présente la Vierge qui est debout et tient l’Enfant à demi-couché dans ses bras. Mais aussi, de sa main droite, elle tient un pied de l’enfant. 

Sa dimension est d’une hauteur  72 centimètres. 

Elle date du 18ème siècle. 

 

 

La Croix et Les Six Chandeliers Garniture d’Autel 

 

Ils s’installent dans la catégorie dinanderie. 

Leur emplacement et leur position dans l’édifice signalent qu’on les retrouve dans le chœur et dans la sacristie. 

Leur statut juridique en fait la propriété de la commune. 

Ils sont classés au titre d’objet le 3 Février 1975. 

Le matériau est en cuivre. 

Leur description démontre que cette garniture du maître autel est en tôle de cuivre. 

Leur dimension est d’une hauteur 1,10 mètre. 

Ils datent du 19ème siècle. 

( 31 août, 2011 )

la piscine tombe à l’eau

L’année 1963 commence à Chalabre par une décision du conseil, prise le 9 février. Les nouveau-nés recevront un livret de caisse d’épargne de 5 NF. Le sous préfet Jean Gallon donna son aval. Ainsi, le bébé devra attendre 21 ans pour toucher ses 5 sous, à moins que les 10 francs du certificat d’étude viennent grandir le pécule. Avec une telle somme, il pourra acheter un paquet de cigarette des P4. C’est aussi mon premier emploi, du 21 février au 31 octobre 1963, chez Deville à Charleville. 

Un jour, alors que je me rendais au travail en bicyclette, dans l’avenue d’Arche, les flics me demandent de me ranger. Un second sort du véhicule, et commence à me démonter le guidon. Je m’insurge : -- comment vais-je faire ? 

Comme vous avez fait en arrivant, me répond le représentant de l’ordre ! Vous viendrez le chercher au commissariat. Je roulais avec les mains dans les poches de mon caban. Voila pourquoi le gardien de la paix m’avait arrêté ! Sur le moment, dans un élan de colère je leur aurai rentré dans le chou. Un demi-siècle plus tard, je me dis que c’était une bonne leçon. 

Le préfet de l’Aude, Jacques Daniel Paul Pellisier, par un courrier du 22 février, demanda au maire de procéder à une distribution de lait sucré dans les écoles, reprenant la loi de Mendès-France votée en 1954, qui de ce fait avait dégouté du lait la majorité des enfants. Le 14 mars fut le projet de création des classes de 4ème et de 3ème. Le préfet en profite pour relancer la distribution de lait. Le maire Augustin Maugard lui répond que, à Chalabre, toutes les familles peuvent et trouvent du lait et qu’il n’y a pas lieu de donner suite. 

Chalabre rentre, le 6 mars 1963, dans l’association des maires de France. Le dimanche 31 mars 1963, en lieu et à la place de la messe, le conseil réuni décide la remise en état de la salle du conseil au 1er étage. Pendant la discussion de la couleur de la tapisserie, un violent orage éclate. La foudre tombe et sinistre le clocher de Saint Pierre. 

En septembre 1963, Chalabre est inondé. Par une circulaire du préfet qui demande une amélioration des casernes des postes d’incendie et de secours, le conseil se réunit ce mercredi 9 octobre, avec comme ordre du jour la caserne des pompiers. Les locaux actuels convenaient parfaitement. Pourtant, il y avait un mais. En cas de vente de monsieur Taillefer, la municipalité serait perdante. Elle décide donc dans ce cas de se porter acquéreuse. 

Dans la même réunion, le maire lit une demande des anciens combattants de 14-18, qui souhaitent qu’une rue porte le nom de Verdun. L’avenue de Lavelanet sur la nationale 620 portera désormais ce nom. Ce n’est que le 22 octobre 1963 que le syndicat d’initiative émit le projet de faire le camping, à coté du stade de Mauléon. 

Le 6 février 1964, les anciens combattants de 39-45 obtiennent que la route nationale 620 de Limoux prenne le nom d’avenue Rhin et Danube, depuis le rond point incontournable (ce qui ne veut pas dire que les cons le contournent) jusqu’à la piche.  Le seul martyr du Languedoc, Auguste Cathala, est passé lui aussi à la postérité. 

A la même séance, on vota pour l’expropriation du terrain de Georges de Mauléon pour y faire le camping. 1 voie pour. 

9 voies contre. La procédure fut ajournée. Normalement, c’était un projet à la vue du vote qui aurait dû être abandonné. Nous verrons que non. 

Le vendredi Saint du 27 mars 1964, c’est le projet du tout-à-l’égout. C’est aussi le projet d’un lotissement de la coopérative Canat-Hutchinson situé aux genets. 


chalabre142.jpg 

Le gymnase, qui avait déjà fait l’objet d’une discussion, n’a jamais vu le jour. Il était prévu de le construire entre l’école des garçons et celle des filles. Les cours de récréations auraient été amputées d’un morceau, et une partie des classes auraient été assombries. Il était incompatible. 

La réunion du conseil municipal du 21 janvier 1965 avait pour objet la décision de la nouvelle implantation du futur gymnase. Le dessous du plateau d’éducation physique paraissait le plus adapté (lieu actuel). Ce gymnase avait fait l’objet de polémiques et divers bruits de toute sorte. Mais, le courant était que l’argent avait disparu dans certaines poches. Entre les deux écoles, il y a actuellement le centre multimédia. 

On votait le 21 mars 1965. Furent élus : Maugard Augustin maire, Boyer René adjoint, Huillet René, Courdil Fernand, Huillet François, Rolland François, Raynaud Maria, Bigou Paul, Laffont Roger, Mamet Joseph, Roncalli Robert, Barthoulot Hubert, Bastard Marcel, Gaillardo Gabriel, Abat Alfred, Roudière Aristide, Sans François. Le projet du gymnase étant lancé, le conseil décide, le 17 mai 1965, de confier l’exécution à Enderlin, architecte. 

Dans la même période, Clément Salinas réalise un lotissement au lieu-dit « montplaisir ». La cité des genets sort de terre. 

Les préfets se suivent et se ressemblent ! Le 8 juin 1965, Maurice Léon Lambert nous refait le coup de lait et de la distribution dans les écoles. Le maire, comme il l’avait écrit à son prédécesseur, lui fait la même réponse. Le premier transport scolaire entrer Limoux et Chalabre voit le jour le 8 octobre 1965. 

Le projet d’assainissement pour la mise du tout-à-l’égout a été approuvé par le conseil, pour une somme de 850.000francs. L’appel d’offre est lancé. Le devis du gymnase, dont le projet s’élève à 289.700 francs, est approuvé lui aussi dans la réunion du conseil du 8 décembre 1965. Le feu vert est donné à l’architecte. 

A la demande de l’ORTF pour l’installation d’un récepteur et réémetteur de télévision au calvaire, le conseil fut d’accord de signer, le 7 janvier 1966, la convention relative à la pose du relais. Tous les maires ont oublié un détail, qui aurait dû avoir son importance ! Ils ne sont pas propriétaires. Nous apprenons, à la réunion du 21 janvier 1966, que l’abattoir de Quillan est en construction et que son périmètre arrive à Chalabre. Cela permettrait de fermer le notre. 

Le 14 juin 1966, le conseil est d’accord de vendre la mule à la boucherie chevaline Aubry de Carcassonne, dès que le camion sera livré. Il est acheté la 403 à monsieur Rives plombier, pour en faire un corbillard. La pauvre mule finit dans l’assiette ou en boudin, elle qui était tous les jours dans les rues à précéder le père Sancho. Une période où la ville était propre avec le ramassage journalier des ordures, dans une ville qui avait plus du double d’habitants. 

La saison sportive reprend du service le 27 septembre 1966. Il est décidé de mettre l’éclairage et les douches dans les vestiaires du stade de Mauléon. Un an plus tard, le 1er septembre 1967, Roger Laffont devient employé municipal. Le 21 novembre, le préfet Marcel Dufay demanda à Roger de choisir : soit conseiller, soit employé de mairie. Il deviendra employé. 

Le lundi 11 décembre 1967, l’abattoir ferme définitivement ses portes. L’année 68 fut pauvre en activité municipale. Les habitants avaient d’autres préoccupations. 

La majorité des conseillers furent d’accord le 4 février 1969 pour l’expropriation du terrain de sport. A la même séance, il fut décidé de l’achat d’un podium pour les orchestres. Le 19 juin 1969, les cohéritiers de Mauléon Narbonne de Nébias acceptèrent les 40.000 francs pour l’expropriation du terrain. Cela est devenu une vente normale. 

Le 13 mars 1970, Condomine Moïse prend sa retraite. Ce garde n’était pas facile, fier de sa personne, sévère. Il faut dire que, étant jeunes, on ne lui facilitait pas la tâche. 1970 est l’année où le cinéma de Chalabre fut fermé. 

Aux élections du 21 mars 1971, furent élus : Boyer René maire, Jammet Joseph adjoint, Albérino Sauveur, Bigou Paul, Calvet Louis, Carcy Hubert, Courdil Fernand, Escande Victor, Garcia Edouard, Garros Guy, Gimenez Louis, Huillet René, Leroy Maryse, Naudy André, Navarro Joseph, Taillefer Louis, Triat Jean. Le 21 avril 1971, la nouvelle municipalité signa un contrat avec Ferrier Emilien, de Sonnac pour entreposer les ordures ménagères. 

Hubert Carcy proposa de créer le poste d’animateur permanent. Le 19 juillet 1971, la place de l’abattoir, qui avait fermé ses portes, devint la place Charles Amouroux, le grand révolutionnaire de la commune, alors qu’il était bagnard, prit les armes contre les révoltés Kanaks. 

A la même séance, se discutent la 1ère tranche d’assainissement par l’égout  et celle de la station d’épuration. C’est le 1er mars 1972 qu’est mise en place une distribution de sacs plastiques pour les ordures ménagères. 38 ans plus tard, ils seront supprimés, alors que nous avons de plus en plus d’ordures. De même, on compte  1 jour par semaine de ramassage en moins. Les containers sont éloignés. Et, la taxe qui augmente ! Comprenne qui pourra ! 

A la même séance, il fut décidé d’un emprunt de 124.000 francs pour l’aménagement du camping. Le coût total des travaux est de 146250 francs. La commune achète le 30 mai 1972, pour 1 franc symbolique, le chemin privé de l’Anglade. 

En août 1972, c’est la 2ème tranche pour l’assainissement. Le mardi 10 octobre 1972, le conseil se prononça à l’unanimité contre la fusion de Montjardin à Chalabre, proposition faite par le préfet René Marie Georges Heckenroth. Il avait voulu marquer de son empreinte. La ville a dit non le jour de son départ. Le nouveau fut nommé le 14 octobre. 

Le vendredi 24 novembre 1972, s’effectue la création du Sivom. Le lundi 14 mai 1973, un service d’aide ménagère est mis en place, géré par le Sivom. 

L’ORTF place la 2ème chaîne. Le conseil décide l’électrification des cloches. (C’était jusque-là une personne qui tirait les ficelles, en harmonie). 

Le vendredi 26 octobre 1973, la commune décide d’installer des projecteurs au stade pour l’entraînement. Ce fut à cette séance que la mairie se dota d’une commission pour étudier le projet d’implantation d’une piscine. Toujours à la même séance, Albérino et Navarro demandèrent qu’une rue porta le nom d’Allende. Le communal céda son nom pour devenir la « place Salvador Allende ». 

Salvador Allende Gossens 

(26 juin 1908 -- 11 septembre 1973), médecin et homme politique socialiste chilien, a été président du Chili du 3 novembre 1970 au 11 septembre 1973Le 4 septembre 1970, Salvador Allende arrive en tête des suffrages pour les présidentielles au Chili, avec une campagne autour du thème des nationalisations et de l’indépendance du pays vis-à-vis du capital étranger. 

Le coup d’État du 11 septembre 1973, mené par Augusto Pinochet, met fin à son mandat par la force, en renversant son gouvernement pour instaurer une dictature militaire. Dans le palais de la Moneda, sous les bombes putschistes, Allende trouve la mort. La cause de sa mort a été une question controversée ! Le rapport d’autopsie conclut au suicide, ce que confirme son médecin personnel et ce que sa famille accepte, mais ce que ses partisans refusent parfois. (Wikipédia) Le samedi 16 mars 1974, se produit un bel incendie dans l’ancienne école des garçons. Il fut vite maîtrisé, mais il occasionna quelques dégâts. 

Le jeudi 9 mai 1974, la mairie décida pour 45.000 francs l’acquisition d’un terrain, afin de construire la nouvelle gendarmerie. Le mardi 29 octobre 1974, le conseil au complet est réuni pour décider de l’attribution du fermage de la station d’épuration et du tout-à-l’égout. 

Le maire rappela que l’on votait le choix de l’entreprise, puisque l’idée du fermage était acquit. Avaient été contre Garros, Triat, Albérino, Calvet, Navarro. Le choix se porta sur la Sade. 

A la même séance, Victor Escande proposa 3.000 m2 de terrain en contrepartie d’un pont sur le Chalabreil. Le conseil donna son approbation pour le pont, qui ne vit jamais le jour. Hubert Carcy, rapporteur de la commission de la piscine, fit une synthèse qui concluait qu’elle ne serait jamais rentable. 

Calvet, qui venait d’être nommé adjoint à la place de Jammet décédé, fut chargé de faire l’étude d’un plan d’eau au lieu-dit la « piche ». René Huillet avait lui-aussi quitté ce monde. 

Le dimanche 17 novembre 1974, à la réunion du conseil, il fut décidé l’achat du terrain Rauzy au Cazal Sainte Marie, pour 41.840 francs. Un emprunt de 20.000 francs fut voté pour l’installation du chauffage au gymnase, qui sera mis en place 25 ans plus tard. Il fut décidé de l’achat d’un groupe électrogène. Rien ne va plus chez Canat-Hutchinson 

Le vendredi 19 décembre 1975, le maire de Chalabre René Boyer, le conseiller général Jean Tysseire, le président du conseil général et député de la 3ème circonscription de l’Aude Robert Capdeville, et Charles Jean Albert Gosselin préfet de l’Aude furent ce jour-là à Paris, pour être reçu à 18 heures au ministère de l’industrie et de la recherche par Michel d’Ornano, qui donna bon espoir de résoudre le problème. 

Michel  d’Ornano :  Descendant de Marie Walewska et du maréchal d’Ornano, fils du comte Guillaume d’Ornano (1894-1985) cofondateur des parfums Lancôme, Michel d’Ornano commence, après le lycée Carnot et des études de droit, une carrière d’industriel du parfum, avec son père et son frère, Hubert, en créant la société Jean d’Albret-Orlane. Il s’engage en politique en 1962 en accédant à la mairie de Deauville, lieu de villégiature de ses parents. Il devient ensuite député (1967) puis membre (1976) et président (1979) du conseil général du Calvados, et enfin président du conseil régional de Basse-Normandie (1983) dont il a été éphémèrement le premier en 1974, avant d’être nommé ministre. La région lui doit alors la desserte Paris-Caen-Cherbourg par turbotrain, l’implantation de l’accélérateur de particules Ganil à Caen et la construction de l’autoroute de Normandie, ainsi que le Festival du cinéma américain de Deauville.

Surnommé le « Duc de Normandie », il crée autour de lui un clan qui fait de lui l’homme fort de la Basse-Normandie pendant 30 ans. Il installe sa femme, Anne d’Ornano, à la mairie de Deauville en 1977, et, frappé par le cumul de mandat, propose en 1986 la présidence de région à René Garrec. À sa mort en 1991, renversé par une camionnette de livraison en traversant la chaussée à Garches (Hauts-de-Seine), sa suppléante Nicole Ameline devient députée, tandis que sa femme reprend la présidence du conseil général du CalvadosSur le plan national, il est un ami fidèle de Valéry Giscard d’Estaing. Il fonde avec ce dernier les Républicains indépendants (RI), puis adhère à l’UDF. Cela lui vaudra d’être ministre durant toute la présidence de celui-ci, aux portefeuilles successivement de l’Industrie et de la recherche, des Affaires Culturelles, et de l’Environnement et du cadre de vie. (Wikipédia) 

Le retour dans le Kercorb s’effectua avec scepticisme. Les mois suivants leurs donnèrent malheureusement raison. Hutchinson reprit ses deniers et repartit à Châtellerault, avec dans ses bagages des ouvriers, des brevets et un savoir-faire dont il profite encore. 

Plus de 600 ouvriers à la rue. Plus de 100 personnes quittent Chalabre et suivent Hutchinson. 

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la S.N.C.F supprima la ligne pour non-rentabilité. La voie sera vendue à la ferraille, démontée rapidement. Pensez de nos jours à l’impact touristique une voie encore en service avec un train à vapeur ! 

Les manifestations vont bon « train ». Il  y eut beaucoup de soutiens aux ouvriers, des meeting et concert en faveur du personnel de chez Canat. L’usine reprit une activité, avec un capital de 250 ouvriers, et firent des chaussures de sécurité. 

Une industrie complémentaire s’installe dans une partie des locaux de l’usine. Elle a pour nom T2L, et employa environ 50 personnes. 1977, aux élections municipales, c’est la première fois depuis 1905 que des « culs blancs » reviennent au pouvoir, au nombre de 4 sur 15 : Messieurs Chasaing, Lasserre, mme Morat, 

Les rouges Mme Navarro, messieurs Calvet, Pratx, les roses, Boyer maire, Carcy, Garcia, Leroy, Escande, Bigou, Naudy. En début des années 80, en 81 plus exactement, Canat reçu une belle prime pour l’innovation ou l’investissement et cessa son activité 4 ans plus tard. 

1981, hormis le coup du père François le10 mai, l’équipe de foot accéda pour la première fois à la division honneur régionale. Les dirigeants oublient régulièrement. J’ose croire involontairement qu’il faut féliciter et honorer les joueurs qui justement ont permis cette montée. Parlons d’un match dans la saison, en mars 13 volontaires sont allés défier un ennemi sur son terrain. Pendant 15 ans, l’équipe fanion allait prendre des coups à Axat. En 81, il fallait donc impérativement y monter. Pas question d’un forfait, sinon adieu la DHR ! Le président demanda à la réunion s’il y avait des volontaires. 13 levèrent la main. Moi en premier, je fus donc nommé capitaine. Nous y firent match nul, 1 a 1. Mais, nous avons conquis le public d’Axat, qui était venu nous voir prendre des « bouffes », alors que c’est nous qui les avons distribuées en première mi temps. Après les citrons, ils se chamaillaient entre eux. Les joueurs du XIII local et ceux de Montréal, qui avaient fait un match en ouverture, restèrent pour nous soutenir. 

Le président Roger Dumay, fier de notre prestation, qui enleva toute rivalité et mauvais gestes dans le futur, écrivit cela dans l’indépendant, cher a Aimé Catrié, correspondant local, dans la chronique la ronde du Kercorb : « Cap difficile négocié depuis de longues années régulièrement nous revenions de notre déplacement à Axat avec une défaite. Cette année aussi nous avons mieux fait puisque nous obtenions le partage des points (match nul, score 1a1). 

Quand on sait la difficulté de surmonter le signe indien et les résultats plutôt médiocres enregistrés ces temps derniers, nous classerons cette rencontre sous le signe de la résurrection. D’abord un coup de chapeau doit être rendu aux 13 garçons qui jouèrent en équipe avec un esprit de corps et une volonté à toute épreuve. Qu’ils en soient remerciés ! Du gardien Crovetti, absolument impeccable en passant par un Morales fringant, retrouvant la joie de jouer, un Oble piaffant de s’exprimer, un Perallon impérial comme à l’accoutumé, un Discala virevoltant, un Roger Silva puissant et intransigeant en défense, un Roger Laffont omniprésent qui fit un match du tonnerre, un Gérard Crovetti clairvoyant qui distilla de bonnes balles, un Julien André, tête d’or, auteur d’un but magnifique, un Philipe Gérard défenseur vif et ardent qui décidément se bonifie, sans oublier notre capitaine du jour Fournié qui sut conserver la tête froide et guider ses troupes, et nos 2 remplaçants Carteaux et Pierre Llopis. 

Relevons le bon arbitrage de monsieur Mossoni et la bonne tenue des deus équipes. Décidément, oui, si le soleil était de la fête en ce beau dimanche de mars, il l’était aussi à la fin de la rencontre dans le cœur de nos quelques supporters qui au retour de ce déplacement avaient accompagné notre équipe ». L’équipe du Football club chalabrois monta en DHR. Malgré le renfort de joueurs, le club est redescendu en division honneur, (de district), en fin de saison. Les déplacements étaient trop éloignés, dans un budget trop étriqué. 

Le conseil municipal de 1983 à 1989   

chalabre141.jpg 

Assis de gauche à droite : René Horte, Jacques Montagné, Marie Louise Saddier, René Boyer (maire) Bernadette Boulbes, Danielle Bonnery, José Trujillo, Firmin Morales. Debout de gauche à droite : Serge Escande, Raymond Rosich, Edmond Razeyre, Paul Bigou, Michel Déramond, Francis Amouroux, Firmin Saurel. 

En février 1986, Chalabre est recouvert de 1 mètre de neige. Le plan ORSEC est enclenché. Il n’y a plus d’électricité. Les routes sont impraticables. Dans l’après midi, un pompier est venu frapper à ma porte, pour me dire de me présenter à la caserne en vue d’une réquisition. 

Le capitaine Destainville, effectivement, m’annonça oralement l’ordre de réquisition. J’ai sur le champ bricolé l’installation électrique, afin de la brancher sur un groupe électrogène. Dans la lancée, je suis monté avec un camion citerne dans la maison de repos au Falgas pour porter du ravitaillement et mettre en service un groupe. En descendant, nous avons vidé la citerne dans la ferme, afin de donner à boire aux bêtes de monsieur Morat. Nous sommes revenus à la caserne avec la nuit. Les pompiers étaient partis manger, comme ils le feront tous les soirs à Sainte Colombe. Pendant que Vincent Messado restait à la radio, Gérard Roncalli et moi allions dans la jeep, attelée avec le groupe acheté en 1974 faire les niveaux des puits du Ménéchal et du Bourga. Grâce à qui, l’eau n’a jamais manqué pendant cette période !8888 Le lendemain, vendredi, la mairie était fermée. Et, pendant que des employés faisaient de la luge avec des gamins, j’ai isolé l’installation électrique dans les hangars de monsieur Bigou au Cazal, et de monsieur Couteau à Saint Martin (voir plus bas le paragraphe Gérard Roncalli), au cas où l’électricité reviendrait. Le soir, ce fut re mission des puits pour l’eau. 

Samedi, toujours avec le groupe, j’ai chauffé le théâtre dans la perspective de l’arrivée des chasseurs alpins, puis alimenté tour à tour les deux boucheries et leurs chambres froides. J’en ai profité pour dépanner monsieur Espirat, qui était en panne de batterie avec son mini bulldozer. Le soir, il s’agissait de la mission de l’eau, toujours avec Gérard. A noter que ce samedi-là, comme il y avait de l’électricité à Sainte-Colombe, des Chalabrois ont été voir le match du tournoi des 5 nations, malgré l’état de la route. Dimanche, à l’heure de la messe, je suis parti à Puivert avec un pompier, qui conduisait la jeep tractant le groupe. L’homme du feu est allé au café, et moi en-dessous branché chez le boulanger, afin qu’il puisse faire son pain. Le groupe fonctionnant après une 1 heure de travail, j’ai décroché le véhicule. Un appel du PC me demanda d’aller voir à la ferme de Cengia, pour vérifier le groupe fixé au tracteur. C’était plus pour donner des conseils sur l’installation. Gilbert en profita pour me charger du transport de lait en briquette pour le livrer à l’épicerie Baby. Je suis reparti avec un ordre d’aller voir dans une famille, qui avait un enfant handicapé. Tout allait bien. La prochaine mission, c’était aux Arnoulats. À peine arrivé, un homme me montre deux ballots de paille. Et, de l’index me désigne la colline où l’on pouvait distinguer deux taches brunes, c’était ses chevaux. Il me commanda de leur porter le fourrage. 

J’ai refusé. Comme il commençait à me prendre a partie, je lui ai dit que je n’étais pas pompier, mais entièrement bénévole et non indemnisé comme il le laissait entendre. 

« Vous êtes payé pour cela », me dit-il ! « Vous aurez de mes nouvelles », dit-il en haussant le ton. 

La tentative d’intimidation n’ayant pas fonctionné, il m’a demandé de parler au capitaine. Je lui ai passé la radio, et les deux hommes se sont engueulés. Des noms d’oiseaux volaient de tous côtés. 

Il commençait à me prendre à partie. Je lui ai dit que je n’étais pas pompier mais entièrement bénévole, et non indemnisé comme il le laissait entendre : Eh bien oui, cher monsieur ! J’ai travaillé même pas pour la gloire. Et, je lui ai préconisé qu’il avait largement le temps de porter ballot par ballot. Par contre, si ses chevaux mouraient j’aimais la viande de cheval. Je partis donc, sans toucher à son fourrage. 

Il faisait nuit. Je suis revenu à la boulangerie. Il avait presque fini la préparation pour le lendemain. Osmin Bor, le maire, qui passait, nous a dit que l’électricité allait être rétablie. 

18 Heures 30, la lumière jaillit. Qu’il est beau de croire en la lumière ! Avec l’attelage, je suis repassé prendre le pompier de service au café, et nous sommes rentrés à la caserne. Le capitaine ne m’a pas soufflé un mot de l’altercation. 

Le soir, à la lueur d’une torche, avec Gérard, nous faisions le plein d’eau. Lundi, c’est la visite chez des particuliers à Chalabre, pour vérification ou isolement de l’installation électrique dans des parties vétustes ou éboulées. Suite à un appel, je suis revenu à la caserne pour arranger le casque du commandant Cassar, qui ne fonctionnait plus avec la radio de l’hélicoptère. Le soir, retour dans les puits d’eau avec le garde champêtre Gérard. 

Mardi nous étions un peu « emmerdés ». La station d’épuration débordait. Avec le groupe, j’ai fait une mise en service, et tout est rentré dans l’ordre. C’était de notre faute ! Il suffisait de ne pas fournir de l’eau. Les habitants n’auraient pas pu « tiré la chasse ». Avec le retour de la fée électricité, mon concours fut moindre. Libéré le jeudi sans le moindre merci, alors la reconnaissance ? 

C’était pour le service, pas pour la gloire. Les avatars de Gérard Roncalli sont le vendredi, quand je suis allé à Saint Martin. Je suivais l’équipement, qui, avec un tractopelle, dégageait un semblant de route, laissant 20 cm au sol et rabattant le tout sur les cotés, soit environ 1,50 mètre. Mais, en passant, ils ont soulevé une plaque en fonte. L’adjoint José demanda à Gérard de la remettre en place. Le pauvre garçon, qui n’avait rien d’un Rambo, n’a pas pu la soulevée. Il nous demanda de lui donner un coup de main. 4 personnes en renfort essayèrent de déplacer cette foutue plaque. Mais, elle était bien coincée. Nous prirent la décision d’attendre la fonte, non sans l’avoir au préalable balisée. 

Avec le retour des beaux jours, l’adjoint fit convoquer Gérard dans le bureau du maire. Et, ils lui mirent un blâme et 3 jours de mise à pied, avec comme motif qu’il n’avait pas obéi aux ordres. J’ai été dire ma pensée à l’adjoint et au maire, qui avaient brillé par leur absence. Pour moi, le blâme leur revenait de droit. En effet, la mairie étant fermée, il n’était pas possible d’avoir un contact pour divers renseignements. De même, que si Chalabre avait eu de l’eau, c’était grâce à Gérard. Rien n’y fit ! 

Le conseiller général Jacques Montagné était présent tous les jours, se rendant sur les lieux, pour rendre compte des dégâts. Le 26 avril 1986, nous l’avons échappé belle ! Les douaniers français ont arraisonné le nuage de Tchernobyl, aussi fort que les autorités municipales de 1821 qui voulaient enrayer une épidémie en neutralisant les microbes avec le fusil. 

L’été 86, pendant la préparation du son et lumière de Puivert, qui restera comme étant le meilleur, avec une grande fréquentation, 4 hommes ont désiré visiter le château. Alors que je mettait les artifices, en s’excusant messieurs Bertrand Tavernier, Pierre Saint Blanca directeur de production, Guy Claude François chef décorateur et le directeur de la photo Bruno De Keiser font le tour du castel, afin de vérifier l’environnement, et voir s’il n’y a pas de pylônes, ni de fils en vue. Ils constatent que la forteresse possède l’électricité. En décembre, le directeur de production est au sivom pour une réunion à laquelle je suis conviée. 

Saint Blanca me proposa de me prendre à leur service, en qualité d’électricien. Pour la cantine, nous lui parlons de Richard à Puivert, qui nous faisait les repas du son et lumière. Voilà comment le puivertin mis le pied dans l’étrier, pour devenir ciné resto, la mieux coté dans le milieu cinématographique. En janvier, c’est l’arrivée de l’équipe de la décoration et de la régie, avec à sa tête Yvon un homme très compétent. 

Commencent les gros travaux au château, et à Quillan dans ce qui était devenu les studios. En mars, c’est le début du tournage. Le 1er jour, à Comus, il neigeait. 20 centimètres recouvraient le sol. Il a fallu sortir des fossés les parisiens en voitures et camions. 

La rencontre fut des plus fructueuses avec cette équipe. Le tournage prit fin mi-mai. Superstitieux s’abstenir, le vendredi 13 novembre 1987, sur le coup de midi, en rentrant à la maison, il me semblait voir comme de la fumée qui venait de l’usine. Pendant le déjeuner, comme des bombes et par la fenêtre, je vis des flammes qui montaient à plus de 20 mètres au dessus du toit de l’usine. C’était T2L qui flambait. Un vrai champignon de fumée montait très haut dans le ciel, un autre Tchernobyl. 

1989 ont été élus aux élections : Montagné Jacques maire, Carcy Hubert adjoint, Rosich Roger adjoint, Trujillo José adjoint, Saddier Marie Louise adjointe non indemnisée, les dames, Arnou, Bazzo (Sicre), Farré, les hommes Edmond Arnou, Edmond Razeyre, Serge Escande, Francis Villa, Paul Bigou, Christian Guilhamat, Serge Fournié.  L’équipe a démarrée le mandat fortement, en plein bicentenaire de la révolution. La 5ème chaîne fut piratée. L’hôtel de ville fut restauré. Des rampes sont installées au pont rouge. Un escalier est monté à la place Charles Amouroux. Le centre ville est aménagé, et le stade municipal est entièrement refait. Une nouvelle implantation de l’éclairage de fin d’année voit le jour. Et, existe la 1ère crèche vivante. Les élections de 1995 ont donné comme résultat : Montagné maire, les adjoints sont presque identiques, Carcy, Rosich, Razeyre, Saddier, les dames Sicre (Bazzo) Escande, Farré, Chopineau, Danjou, et les hommes : Francis Canal, Robert Roncalli, Edmond Arnou, Daniel Berthaut, et Paul Coeffard. Ce dernier prit la fonction d’employé municipal. En qualité de responsable, il dut, comme la loi l’exige, démissionner du conseil. Il y restera pendant tout le mandat. Puis, avec la nouvelle municipalité, il rendit sont tablier, et partit vers une autre vie. 

( 31 juillet, 2011 )

Les objets classés N°1

Le calvaire

monument1.jpg 

La cloche est en bronze avec une inscription et une date. Sur l’inscription, est écrit : 

I.H.S.- M.A. Messire Jhean Antoine de 

Bruyères Saigneur et baron de 

Chalabre Fondateur du M.A.Faivent des 

Capucins dudit Chalabre. C.T.FAIR 

1630. Il s’agit du 2ème quart du 17ème siècle. 

La date est : 1630  Cette fonderie fut classée le 30 septembre 1911, et est la propriété de la commune. 

monument2.jpg 

Piéta est un  groupe sculpté, une pierre polychrome, du 16ème siècle (dans un édicule devant le portail). 

Fut classé par arrêt préfectoral N°96-0589 le 12 janvier 1996. 

monument3.jpg 

La Visitation : est une sculpture, de pierre peint polychrome. Les visages sont sans doute des portraits. La hauteur est de 108 et cette sculpture date du 16ème siècle. 

Classée le 23 mars 1971, elle est la propriété de la commune 

monument4.jpg 

Le décor du sanctuaire comprend le maître-autel avec son tabernacle, trois tableaux, un lustre en bois doré (~ 0,95) à six bras de lumière, deux autels latéraux avec retable à tableaux, et leurs cadres. Cela vient du 17 et 18ème  siècle. 

Sont classés par arrêt préfectoral N° 95-2445 le 26 janvier 1995, propriété de la commune. 

Notre Dame :

monument5.jpg 

La Cloche en bronze à un diamètre de 70. L’inscription est la date : anno domini 1330. 

Il s’agit du 2ème quart du 14ème siècle. Elle dépend de la protection du 14/04/1908, et est la propriété de la commune 

La Cloche en bronze d’une hauteur de 49 cm dont la date est 1664. 

On aperçoit une inscription sur une bande de la panse : IHS MALAVS DO HO RETG et une autre inscription sur l’écusson de la panse : PRIMLAR DEAC DMELES RTTSA CIII Elle bénéficie de la protection du 14/04/1908, et est la propriété de la commune. 

Les 4 Lustres en bois taillé et doré sont de hauteur 90 et du 18ème siècle Ils sont classés le 30/09/1911, et sont la propriété de la commune 

La Statue Vierge à l’Enfant se trouve à gauche du cœur. 

Elle est d’une hauteur 96, en bois doré. Du 14ème siècle. 

Elle est classée le 16/01/1947, et est la propriété de la commune. 

monument6.jpg 

La Statue Vierge de Pitié se situe à droite du cœur, d’une hauteur 81, en bois doré. 

Du 16ème siècle. Elle est classée le 16/01/1947, et est la propriété de la commune. 

Cette statue a, paraît-il, brûlé dans un début d’incendie, dû à un court circuit électrique. Il se trouve être un câble qui alimentait un haut parleur, où ne passe pas de courant. 

monument7.jpg 

La Statue Saint Sébastien réside dans la chapelle. Elle est en bois doré et du 17ème siècle. 

Elle est classée le 15/02/1960, et est la propriété de la commune. 

La Statue Christ en Croix siège dans la sacristie. Elle est d’une hauteur 290, et d’une largeur 169, en bois doré. 

Elle dépend du 17ème siècle. Elle est classée le 15/02/1960, et est la propriété de la commune. 

L’Autel, le Retable, et les 13 Statues 

L’ensemble constitue la décoration du chœur, composé : Du maître-autel, 

Du retable, Et des 13 personnages assis sur la corniche et les frontons. 

Ils datent du 17ème siècle. Ils sont classés le 15/02/1960, et sont la propriété de la commune. 

La Chapelle Sud comprend

Un retable de la chapelle, Une statue, en bois peint doré de Saint Roch, 

Un tableau en toile de Saint SébastienElle est du 17ème siècle. 

Tous ces éléments sont classés le 15/02/1960, et est la propriété de la commune   

La Chapelle Nord contient 2 tableaux. 

Ils sont en bois peint doré, et le support est en toile. 1 à Saint Jean Baptiste. 

1 au Calvaire de Chalabre. Elle est aussi du 17ème siècle. 

Ils sont classés le15/02/1960, et est la propriété de la commune. 

La Chaire à Prêcher : Est en bois taillé, peinte en doré, et en faux marbre. 

L’abat voix est surmonté d’un baldaquin, supportant une croix. L’escalier est établi dans le mur, qui aboutit à la cuve de la chaire par une porte cintrée. 

La cuve est galbée à 5 pans. Les panneaux sont en faux marbre de diverses couleurs. 

La chaire se finit par un cul de lampe, fait de palmes imbriquées et terminé par une boule. Elle est du 17ème siècle. 

Elle est classée le 31/12/1971, et est la propriété de la commune. 

6 Chandeliers d’Autel Sont en métal argenté, style Louis XVI. 

Ils sont d’une hauteur de 67 cm. Ils sont du 18ème siècle. 

Ils sont classés le 23/07/1975, et sont la propriété de la commune. 

La Croix en 6 Chandeliers Se trouve dans la chapelle Saint Sébastien. 

Elle est en métal argenté, style Louis XV. Elle est d’une hauteur de 62 cm. 

Elle se compose d’un fût étroit, avec 2 nœuds bombés. Le pied est triangulaire. L’inscription est de LANCIN, et son lieu d’exécution est à Lyon. 

Elle est du 17ème siècle. Elle est classée le 31/12/1971, et est la propriété de la commune. 

La Croix d’Offrande 

Se situe dans la sacristie. Elle est en argent, et une partie est en doré. Le pied est ovale. 

Elle est d’une hauteur de 26 cm et d’une largeur de 11 cm. Le poinçon du maître : dans un losange avec une couronne et une hermine, il contient les initiales du fabriquant CMG. 

monument8.jpg 

Poinçon de titre tête de Cérès

monument9.jpg 

Poinçon de garantie tête de Michel Ange La date de fabrication est de 1819-1838. 

Elle est classée le 06/12/1984, et est la propriété de la commune. 

La Croix Chapelle Saint Sébastien Est en argent, et creuse de section rectangulaire. 

La douve renflée devait présenter une décoration en émail. Elle est d’une hauteur de 27 cm, et d’une largeur de 16 cm. 

Les poinçons :

monument10.jpg

2 Titre de province

monument11.jpg

2 Garantie province La croix, exécutée entre 1819 et 1838, était posée sur le sommet d’une lampe. 

Elle est classée le 06/12/1984, et est la propriété de la commune. 

La Chape, la Chasuble, 2 Dalmatiques dont une Tunique Se trouvent dans la sacristie. 

Elles sont en soie, brochées en drap d’or, avec du fil métal doré. L’ensemble est constitué de vêtements sacerdotaux, avec leurs accessoires en soie rouge brodée de galons de fils d’or. La chasuble présente une large croix de drap d’or. Ses motifs rappellent le style Empire. Ils ont été placés sur une étoffe plus ancienne, dans l’esprit du règne de Louis XV. 

Cet ensemble était destiné à la fête de la Saint Pierre. Ces 2 dalmatiques datent du 18ème siècle. 

Ils sont classés le 31/12/1971, et est la propriété de la commune. 

Le Ciboire (Pyxide) Est disposé dans la sacristie. 

Il est en argent. Le pied est rond, bombé. La coupe est semi-sphérique. Elle ferme par un couvercle, bombé et surmonté d’une croix, maintenu par 2 clefs pénétrant dans une encoche sur un filet de la partie fixe. 

Il est d’une hauteur de 6,5 cm, et d’un  diamètre de 5,2 cm. 

Poinçons :       1er titre de province coq Garantie de province guerrière 

Cette œuvre fut exécutée entre 1819 et 1838. Il est classé le 06/12/1984, et est la propriété de la commune. 

Le Plateau d’Arquir 

Est disposé dans la sacristie. Il est en argent, de forme ovale. 

Il est d’une longueur de 21,5 cm, et d’une largeur de 15 cm. Les poinçons : 

La croix de Malte, Les initiales BAR (pour Barcelone), 

Le poinçon P, Et le poinçon SOI. 

Il date du 18ème siècle. Il est classé le 21/03/1967, et est la propriété de la commune. 

Le Calice et la Patène 

Sont placés dans la sacristie. Ils sont conçus en argent, et doré. 

Le calice présente une fausse coupe. Le pied est rond. Le nœud est à balustre entre 2 corniches. Ils sont d’une hauteur de 26,4 cm, et d’un diamètre de 15,2 cm. 

La Date est : 1695. Les poinçons : 

M entre 2 fleurs de lys, surmontant une fleur de lys et placé sous une couronne ouverte, lettres TOL sous une fleur de lys, avec en dessous la lettre Z, la lettre S et IERRE sur le calice. Le poinçon : 

Pierre sur la patène. Cette œuvre est exécutée par Etienne Saint Pierre, orfèvre à Toulouse. 

Elle est du 17ème siècle. Ils sont classés le 21/03/1967, et est la propriété de la commune. 

Le Calice 

Qui se trouve dans la sacristie, est en argent, et doré. Le calice est créé en vermeil, et présente une fausse coupe. 

Le pied est rond. Le noeud est à balustre, entre plusieurs corniches. Sa hauteur est de 29 cm, et son diamètre de 15 cm. 

Il est de fin du 17ème siècle. Il est classé le 31/03/1967, et est la propriété de la commune. 

Le Calice Qui se situe dans la sacristie, est en argent. 

Il a un pied rond, et un nœud de forme balustre. Sa Hauteur est de 27 cm, et son diamètre de 15 cm. 

La garantie départementale (sous le pied) : 1er titre départemental sous le pied. 

Le poinçon de maître Raffin : La lettre R dans un carré. 

Il est fabriqué entre 1798 et 1809. Cette œuvre est exécutée par François Raffin, orfèvre né en 1746 à Lunel, où il a exercé sa profession jusqu’en 1782. Il s’installe ensuite à Carcassonne. 

Le Calice est fait pour l’église Saint Pierre. Il est classé le 31/12/1971, et est la propriété de la commune. 

Le Calice 

Est en argent. Ce calice représente une fausse coupe, et le pied est rond. 

Il a une hauteur de 28,5 cm, et un diamètre de 15,2 cm. Les poinçons : 

Le poinçon du maître (initiale S) dans un losange, Le poinçon 1er titre du département vieille à gauche et chiffre 1, 

Et le poinçon grosse garantie du département, Hercule à droite et chiffre 29 (Haute-Garonne). Cette œuvre est exécutée entre 1819 et 1822 par Louis III Samson, orfèvre à Toulouse (1753-1822). 

Il est classé le 06/12/1984, et la propriété de la commune. 

Le Calice Est en argent. 

Le pied est rond. Le fût est à balustre ovoïde. La coupe est unie droite. Il est d’une hauteur de 26 cm, et d’un diamètre de 15 cm. 

Apparaissent : Le poinçon du maître (initiale S) dans un losange, 

Le poinçon 1er titre du département vieille à gauche et chiffre 1, Et le poinçon grosse garantie du département, Hercule à droite et chiffre 29 (Haute-Garonne). 

Cette œuvre est exécutée entre 1819 et 1822, par Louis III Samson, orfèvre à Toulouse (1753-1822). Il est classé le 06/12/1984, et est la propriété de la commune. 

( 30 juin, 2011 )

Le declin

L’année 59 commençait par le remplacement en avril des acacias squelettiques de l’avenue Auguste Cathala, devant la poste. La municipalité de l’après-guerre avait voulu rendre cette route agréable, afin d’aller vaquer au boulot avec une protection solaire. Ces acacias végèteront longtemps. Ainsi, cette nouvelle municipalité décida d’en replanter, oubliant que dessous ce n’est que de la caillasse, pas favorable pour la culture. Le 24 avril 1959, le conseil décide d’allouer 2.000 francs aux sinistrés de Madagascar. 

Le dimanche 26 avril 1959, les retraités de la légion étrangère de Toulouse organisent, avec le consentement de la mairie, la 1ercommémoration pour le 96ème anniversaire de la bataille de Camerone. Elle perdurera le dimanche de la fête de l’ascension jusque l’année 2008, où la municipalité n’organisera plus ce genre de manifestation. C’est le jeudi 14 mai 1959 que le maire désigna comme nouvel appariteur Gérard Roncalli, en remplacement de Jean Cabanié qui fit valoir ses droits à la retraite. Gérard restera comme étant une personne faisant très bien son travail, conciliant comme garde, et le seul à avoir su parler avec intonation dans le micro. 

Les grandes vacances sont là. Le samedi 4 juillet, monsieur Labadie, secrétaire  de mairie, est autorisé à participer aux débats du conseil municipal. Jusque-là, un secrétaire de séance était désigné. Le mercredi 26 août 1959, on installe une sirène pour les pompiers, au-dessus de la caserne chez Castres Saint Martin, qui loue le local à la commune pour 18.000 francs par an. 

La rentrée scolaire de la mi-septembre fut normale, mais avec un bémol. Il manquait 20 élèves dans les effectifs. Sont-ils aux vendanges, pas encore terminées. Que nenni, ils étaient dans l’ancienne école des filles pour le 1er G.O.D, (groupe d’observation dispersé) sous la responsabilité de Melle Escande, une toute jeune remplaçante. Une classe de 5ème seulement fut ouverte. Le futur collège était né. Cette réalisation est due à Jean Tisseyre, le conseiller général qui avait travaillé en amont avec madame Pons, le nouveau maire Augustin Maugard, et surtout le directeur de l’école des garçons, monsieur Hygounet, et également la directrice de l’école des filles Melle Gabarre. Le 2 décembre 1959, à 21 heures 13 minutes, le barrage de Malpasset rompt. Il s’agit de trombes d’eau. Une vague de 16 mètres de haut se rue dans la vallée, emportant tout sur son passage. Une partie de la ville de Fréjus fut noyée, et inondée. Le sinistre fit 423 victimes seulement, pourrait-on dire, à la vue des dégâts. 

Le jeudi 10 décembre 1959, le conseil se réunit quant à la discussion de la taxe sur les chiens, mise en place en 1920 justement pour financer la remise en été de la place publique, et la halle. Il fut décidé ce jour-là de supprimer ces revenus municipaux, existant depuis 39 ans. A la même séance, le conseil attribua aux sinistrés de Fréjus la somme de 50.000 francs. 

Le 1er janvier 1960, la ligne de Bergada-Fougax-Toulouse est arrêtée. Le conseil demandera sa remise en service, mais en vain.  Une petite histoire au sujet de cette ligne ! Pendant l’occupation en 1943, le bus fut arrêté par Pierrot Fournié à la Picharote. Il monta dans l’autocar et se dirigea vers René Salinas, et lui demanda de descendre, car, au café de la paix, sur la terrasse, devant un verre, l’attendaient 2 miliciens (nos chers Hervé et Aimé), afin de l’appréhender et le conduire au S.T.O. dont il s’était soustrait. Le bus arriva devant le café de la paix. Nos 2 collaborateurs laissèrent descendre les clients, dont notre Pierrot, et montèrent dans le véhicule pour attraper le réfractaire. Cependant, Pierrot partit sur la droite avec une valise, celle de René, qu’il déposa chez le propriétaire. René avait longé la voie, et par la rue du pont de l’Hers retrouva sa famille qui habitait au « château des Allemands ». Les miliciens, pas très fut fut, auraient dû voir que Pierrot ne partait pas dans la bonne direction. Mais, fallait-il avoir un cerveau. 

Été 1959

chalabre131.jpg

 Au1er rang, accroupis de gauche à droite : Claude Alabert, Pédro Garcia, Michel Alègre. 

Au 2ème rang, debout de gauche à droite : Pierre Fournié, Serge Fournié, Fredy Marty, Joseph Garcia, Gérard Jean, Issert, Yves Cazas. Nous avons terminés la saison dans de bonnes places. Comment cette aventure a commencé ? Quelques années avant, venait d’arriver à Chalabre Yves Cazas, dit «  le père ». Son fils aîné Henry avait pris pour épouse une fille du village. Sûrement en retraite ou sans emploi, la famille avait changé de contrée et aménagé dans le Kercorb. Nous jouions à la glissade avec des cartons dans le champ, à côté du cimetière. Mes parents nous surveillaient du coin de l’œil, lorsqu’un autre couple, madame et monsieur Casas, passèrent. Et, l’homme fit une réflexion du style, quel dommage pour ses enfants, alors que si une personne me donnait un coup de main, nous pourrions les prendre en charge. Mon père se retourna et accepta le défit. C’est comme cela que des jeunes purent faire et préparer le concours du jeune footballeur. 

L’été fut pour moi une excitation. Je savais que mes parents avaient envisagé de quitter la commune pour aller trouver du travail dans les Ardennes. Ma sœur et moi étions les déclencheurs. Pour les études et l’emploi à Chalabre, mise à part l’usine, il n’y avait pas d’autres issues. Je voulais devenir électricien et devait partir interne à Castelnaudary. De plus, monsieur Hygounet, pour des raisons politiques, ne voulait pas à la rentrée me présenter au certificat d’étude. Cela avait été déjà dur de faire admettre ma sœur pour la fin d’étude. Mais, en revanche, comme moi, elle a obtenue le diplôme. 

En septembre 1960, nous partons dans les Ardennes et plus exactement à Nouzonville. Mon père va travailler dans une forge, et moi en classe avec un instit sévère, mais juste, et qui avait de surcroît de jolies filles. A Chalabre, le G.O.D. à la rentrée s’agrandit d’une classe de 6ème

Courant octobre 1960, Chalabre est sous les eaux inondé. Le conseil autorisa, le 9 novembre 1960, l’installation d’un réémetteur privé de télévision, au Calvaire. Il pouvait se le permettre ! Le bâtiment et la terre ne lui appartiennent pas. Il y avait juste un tube avec une antenne râteau, qui y était encore jusqu’au milieu des années 80. 

Tescou proposa le 5 avril 1961 le premier panneau stop à Chalabre, à la hauteur du pont du Blau, rue du pont de l’Hers, souvent caché par le volet, et surveillé par la gendarmerie qui a permis de gonfler le quota de procès. Par contre, la rue du pont de l’Hers est, de nos jours, fréquentée par les camions, voir les semis remorques. Début avril à 23 heures, une semi espagnole a manœuvré pendant 3 heures. Le conducteur, qui commençait à « péter les plombs », se demandait s’il allait en sortir. Il faudrait l’interdire au plus de 10 mètres. Le 9 juin 1961, j’ai passé avec succès mon certificat d’étude primaire à Nouzonville (08). 

Le jeudi 6 juillet 1961, le conseil décida de remplacer la mule, qui tirait le tombereau à ordure ou le corbillard, et avait droit à la retraite. L’option véhicule mobile fut adoptée. La brave bête avait la coutume de faire des arrêts devant les cafés, ou chez les personnes bienveillantes qui offraient une rasade au palefrenier. Afin de permettre d’établir son programme quinquennal d’équipement sportif, le directeur départemental de la jeunesse et sport approuva, le lundi 17 juillet 1961, le choix du stade et de son équipement. Il demanda à la commune de l’acheter ou d’exproprier De Mauléon. 

Le Jeudi 12 octobre 1961, les ouvriers des établissements Canat-Hutchinson sont en grève. Le conflit durera plus de trois semaines. Le secrétaire du comité d’entreprise du syndicat Force Ouvrière fut menacé de licenciement. Il s’était disputé, chamaillé avec un collègue. Ils en étaient venus aux mains. Voilà un fait récurrent ! En effet, cela s’était déjà produit en 1955, alors que cela n’était encore que Canat, au moment de la création du syndicat CGT. Il y eut le 16 août 1955 à 21 heures une réunion à la salle de la mairie. Elle avait pour but de préparer la réunion du 23 août.   Pierre Nuévo, qui avait des responsabilités dans l’usine, s’engagea avec sa femme Josette dans le syndicalisme. Tous les deux venaient de prendre cause pour une camarade de travail, malmenée par la direction. 

Le syndicat progressait sensiblement et avait 40 adhérents. Les responsables délégués furent désignés en la personne de Jean Calvet et Pierre Nuévo. 

L’hiver allait être chaud !  Ce nouveau syndicat ne plaisait pas à la direction, pas plus qu’à l’autre syndicat majoritaire FO qui n’admettait pas la concurrence, d’autant plus que nos cégétistes furent élus comme délégués à la sécurité sociale. La CGT affichait des revendications. La principale était la fin des cadences infernales et demandait aussi une augmentation. 

Le 30 novembre 1955, le délégué monsieur Nuévo demanda à maintes reprises une entrevue à la direction pour lui transmettre, comme la loi le prévoit, le cahier des revendications. Monsieur Canat fait savoir à notre syndicaliste que monsieur Tudo lui donnera un rendez-vous pour le lendemain. Il alla, de ce pas, afficher sur le tableau prévu à cet effet les revendications et retourna au travail.

  

chalabre132.jpg 

À 18 heures 30, à la sortie de travail, l’affiche n’y était plus. Elle avait été déchirée. 

Le jeudi 1er décembre 1955, à 7 heures du matin, avant de prendre son travail, monsieur Nuévo recolle l’affiche. À 11 heures 30, monsieur Nuévo fut convoqué au bureau par monsieur Canat, qui lui signifia que, compte tenu qu’il avait recollé l’affiche, il était licencié sur le champ pour faute grave. 

La sirène de midi a sonné. C’est l’heure du déjeuner. À 13 heures 30, tout le monde reprit le travail, monsieur Nuévo aussi. Son chef de service parlait avec lui quand messieurs Canat et Tudo arrivèrent. 

Monsieur Tudo demanda les raisons de sa présence. La réponse de monsieur Nuévo fut simple : « lorsqu’on licencie un salarié, il y a certaines obligations à remplir dans le cadre de la législation sociale. En attendant que cela soit fait, j’ai repris mon travail ». Monsieur Canat déclara à monsieur Nuévo que : «  s’il ne voulait pas partir, il allait le sortir ». 

Monsieur Nuévo lui dit être à sa disposition. Monsieur Canat bondit sur monsieur Nuévo et le frappa violemment avec l’aide de monsieur Tudo qui le ceintura par derrière. Les ouvriers, témoins de la scène, réussirent à les séparer. Et, certains proposèrent à monsieur Nuévo de le conduire à l’infirmerie. Il refusa et alla voir le médecin en ville, afin de se rendre à la gendarmerie pour y déposer une plainte. 

Plainte qui ne donnera rien, les témoins, ayants subis des pressions patronales, se dégonflèrent pour conserver l’emploi. Cependant, les gendarmes, accompagnés comme au bon temps de la collaboration par le délégué FO monsieur Berrail, expulsèrent par la force Jean Calvet, lui aussi licencié. 

Le lendemain, vendredi 2 décembre, les membres de syndicat FO sabrent le champagne. Devant l’usine, un tract était distribué, qui dit ceci : 

Camarades, La direction de l’usine Canat vient de se livrer à une véritable provocation. 

Elle vient de licencier deux responsables syndicaux, nos camarades Calvet et Nuévo, sous le seul prétexte d’avoir déposé les revendications du personnel. Pour ce faire, elle a eu recours à la force. Nuévo a été frappé et Calvet a été expulsé par les gendarmes. 

C’est une atteinte intolérable aux droits syndicaux. C’est un gros coup porté à l’ensemble du personnel. 

C’est le signal de la répression la plus féroce contre des ouvriers et ouvrières, qui refuseraient de se plier à la volonté inflexible du patronat de droit divin. Cela ne peut plus durer ! Laisser faire sans réagir serait se condamner à subir les conditions de travail les plus inhumaines, l’exploitation la plus forcenée. 

Ce serait la menace pour chacun d’entre nous de subir le même sort. 

Camarades Nous n’acceptons pas de marcher à la trique. 

Nous ne courberons pas l’échine. Nous exigeons la réintégration immédiate de Nuévo et Calvet. 

Nous exigeons des conditions de travail décentes, et la fin des cadences infernales des salaires permettant de vivreLe samedi 3 décembre 1955, à la sortie des ouvriers de l’usine à midi, un meeting fut organisé devant l’établissement. À la demande du patron, les gendarmes furent mobilisés pour interdire la réunion, qui se déroula normalement. 

400 personnes étaient présentes pour entendre, sur la tribune occasionnelle, depuis la plate-forme du camion de l’entreprise Volte. Les orateurs Louis Saurel secrétaire général de l’union départementale, et surtout Félix Roquefort qui haranguait la foule demandent à la classe ouvrière de s’unir. La déléguée Irénée Lasserre de « chez Roudières » était présente et porte le soutien des ariégeois. 

Monsieur Berrail, au nom du syndicat F.O., justifia et donna raison au patron dans un tract. Il en profita pour allumer deux commerçants Navarro et Joulia, qui lui répondront grassement par voie de presse, sauf par l’indépendant dont monsieur Berrail était le correspondant. Alors que pour le Midi Libre, c’était Pierre Fournié qui, comme la Dépêche, ne se privaient pas de faire passer les articles, y allant de leurs plus belles plumes. Félix Roquefort, maire de Conques (1945-1982), conseiller général, et député, viendra à plusieurs reprises dans des réunions publiques sous la halle. 

Les fêtes de fin d’années se passèrent dans un climat lourd. Mon cousin André fut privé par ses parents du goûter et du jouet, distribués par le comité d’entreprise, dans une cérémonie au « grenier », salle du café de la paix (propriété Canat). Le lendemain du jour de l’an, le lundi 2 janvier 1956, malgré le froid, sous la halle, il y eut plus de 250 personnes pour venir écouter le secrétaire fédéral de l’Aude Lubin Ressier, qui avait été invité par les organisateurs, messieurs Jammet et Navarro. Calvet et Nuévo prirent en premier la parole. Puis, monsieur Ressier leva le ton et dit : 

«  Ce n’est pas avec de telles méthodes, comme nous avons vus chez Canat, en faisant intervenir les gendarmes et en jouant des poings que l’on intimidera la classe ouvrière. Monsieur Canat, vous avez voulu frapper deux honnêtes travailleurs en leur enlevant le pain, mais à votre tour vous aussi, vous ne tarderez pas à sentir les méfaits de votre mauvaise action. 

En premier chef, l’usine appartient à présent à Hutchinson et d’un : d’autres part en ce qui concerne vos plats valets, ceux qui ont apporté leur soutien à une mauvaise cause, leur tour viendra ou ils seront également jetés à la rue ». Les chalabrois apprirent ce soir-là que Canat n’était plus majoritaire. Certains des valets, comme il avait été dit, furent licenciés. 

Cependant, Canat licencia 47 personnes le vendredi 20 janvier. Quelques unes étaient âgées et firent valoir leurs droits à la retraite, comme Adrien et Bernardine Fournié, les beaux parents de Nuévo. Le beau frère Pierrot partit travailler chez Myrys. Le 24 janvier, à 17 heures 30, il y eut une réunion publique à la mairie. 

La crainte d’un licenciement, il y eut moins de fréquentation. Les réunions furent boudées. Jean Calvet partit toujours comme coupeur à Quillan. Puis, il rentrera comme employé de cette mairie. Il sera titularisé longtemps plus tard par un maire de droite, monsieur Mulot. 

Pierre Nuévo, surnommé petit Pierre par sa famille, fera le représentant en machine à tricoter. Puis, il partira avec sa famille dans la banlieue parisienne. Il finira directeur dans les machines agricoles. Hormis le traumatisme du devenir, leur licenciement a été pour eux un bienfait, car ils n’ont pas végétés dans une usine dont l’avenir était déjà incertain. 

Petit Pierre : 

Le père Pedro, de la famille Nuévo, était d’origine espagnole, de Navalmoral de la Mata, à environ 170 kilomètres à l’ouest de Madrid, qu’il avait quitté après la 1ère guerre mondiale pour s’installer en France. C’était une ville de 17 000 habitants dans La province de Caceres. Il épousera une parisienne, Andrée Blanche Hamon, qui tombera sous le charme du bel hidalgo. La famille s’installe à Aubervilliers, où ils y eurent 5 enfants : 2 garçons et 3 filles. L’aîné, c’est Pierre, appelé par ses proches « petit Pierre », un surnom qu’il conserve même après sa disparition. Il était né le 10 avril 1923, au 9 de la rue du pont blanc à Aubervilliers. 

Le père, ajusteur de profession, inculque à ses enfants la dure loi du travail. Petit Pierre deviendra mouleur dans une fonderie d’Aubervilliers, alors qu’il n’a pas encore 15 ans. Le boulot pénible endurcit notre adolescent. L’épouse de Pedro, Andrée Blanche, est devenue, par la loi de l’époque, espagnole. 2 ans plus tard, elle retrouvera la nationalité française. 

Pedro laissera la famille, pour s’enrôler dans les brigades internationales. Il fuira l’Espagne, et se retrouvera interné dans le camp d’Argelès. Sa femme viendra le voir dans le camp, d’où il s’échappera quelques jours plus tard. Revenu dans la capitale, il ne veut pas rester inactif. Ainsi, il fréquente Alfonso et le groupe Manouchian, rendu célèbre pour l’affiche rouge. La femme, qui avait été seule avec les enfants, le persuada de ne pas s’impliquer, le sauvant d’une mort certaine. A l’invasion de Paris, en 1940, notre jeune homme, bien remonté par son père qui voulait aller mettre une pâtée a Franco, réfléchit comment s’insurger, tout en distribuant des tracts. Avec la rafle de 42, il est persuadé qu’il faut s’engager dans la clandestinité, pour se soustraire au STO. Il part dans le sud de la France, à la frontière avec l’Espagne qu’il ne connaît pas, mais dont il parle sa langue. 

Un guérillero de Paris

  

chalabre133.jpg Pierre Nuévo le 1er à droite. 

Voila notre FFI de la 5ème région militaire (Orléans) engagé dans le combat contre l’occupant ! Il sera démobilisé le 19 septembre 44. Il resta dans le sud du pays, avec les autres combattants. Il se retrouve à Chalabre à la ferme Saint Antoine pour attendre et décider de donner une suite au conflit : faut-il aller renverser le Caudillo, ce dictateur sanguinaire d’Espagne. 

Plus de la moitié des hommes n’y sont pas favorables. Cependant, Nuévo déambule dans les rues de Chalabre, cherchant travail et nourriture. Il rencontrera la fille du « carbounier », qui vient de rentrer de sa planque du Gers où elle avait été amenée avant l’affaire Cathala et Fournié. 

C’est le coup de foudre ! Comment ne pas tomber d’amour face à ce bel parisien ! En mars 1945, il est obligé de « remonter » à Paris, où il sera définitivement démobilisé. 

De retour à Chalabre en 1946, il épousera Josette en 1947. 

chalabre134.jpg 

Le couple va à Paris pour le travail. Mais, sans emploi au bout de 6 mois, Bernardine les somme de descendre. Ce qu’ils firent ! Il y avait plus de travail à Chalabre qu’à Paris. De cette union, est né un garçon André, en mémoire à sa grand-mère paternelle

Le couple vivra dans la maison des Fournié. Tout le monde travaillera à l’usine, puisque les parents attendent les dommages de guerre pour la destruction de l’épicerie le 23 mai 1944, somme qu’ils ne percevront jamais. Le jeune couple se mettra seul dans la rue du pont de l’Hers, dans les anciennes usines Canat, avec qui ils auront maille à parti, le pot de terre contre le pot de fer. 

Bataille idéologique inégale, en 1956, des suites du licenciement de Pierrot, puis de Josette, ils remontent dans la région de Paris, dans la ville Le Raincy plus exactement. Pierrot, avec son père, un oncle et son frère René, firent les tacherons dans la coulage de chape pour la pose de carrelages. Après divers travaux de galériens, il est embauché, dans une succursale d’exportation de machine agricole, comme homme à tout faire. Mais, en désaccord avec le chef d’atelier, il démissionne. Après 15 jours de chômage, son ex patronne le convoque, et lui offre la place du chef d’atelier. Ce monsieur avait la main crochue et détournait du matériel, d’où les désaccords avec Pierre Nuévo. Elle avait fait une enquête interne, pour arriver à cette conclusion. Il finira directeur, belle revanche de ce travailleur honnête. Josette travaillera comme piqueuse, jusqu’à la retraite dans une fabrique de sacs à main. La famille Nuévo restera soudée et solidaire. 

Pierre restera à mes yeux un homme toujours sympa et doux. Je suis sûr qu’il n’a jamais mis une gifle à son fils André, même s’il la méritait. Il décéda en 1995, la pile ne fonctionnant plus. 

Son frère René épousa la belle Jeannette. Le résultat nous engendra Daniel. Une sœur Jeannette, après avoir épousé un ingénieur de la régie Renault, décéda jeune (31). 

Andrée, une autre fille, restera célibataire. Elle a un caractère bien trempé. Josiane la plus jeune est décédée depuis peu dans la région de Bordeaux. 

Voila un aperçu de cette famille. 

chalabre135.jpg 

1er rang de gauche à droite la mère Andrée Blanche, Josiane, le père Pédro 

Debout de gauche à droite, Andrée, René, Jeannette, et Pierre dit « Petit Pierre  

Revenons au 12 octobre 1961, toujours chez Canat, le directeur Général demande par voie de presse une réunion extraordinaire du comité d’entreprise pour le mardi 17 octobre à 16 h 30. Ordre du jour : demande de licenciement de monsieur Ginez Jésus, membre du comité d’entreprise et délégué syndical. 

Motif : a enfreint l’article 20 du règlement intérieur de l’entreprise en se livrant à des actes de nature à troubler la bonne harmonie du personnel. À savoir : 

Le 6 octobre 1961 :     a refusé d’exécuter un ordre d’un supérieur monsieur La Capprucia, à propos d’un mélange collé. A proférer des paroles injurieuses à 14 heures à l’encontre de monsieur La Capprucia, à la suite d’une décision prise par ce dernier, concernant le contrôle technique de ce même mélange. 

A proféré des injures et s’est livré à des voies de fait et à des actes de violence, ce même jour, à 15 heures environ, sur la personne d’un employé de l’établissement, aux lieu et temps de travail. Avait déjà fait l’objet d’avertissement écrits et motivés concernant ses négligences et ses erreurs dans les travaux qui lui étaient confiés : 

Avertissement écrit du 16 avril 1958 Avertissement écrit du 25 mars 1960 

D’un blâme adressé par son chef de service à la date du 21 septembre 1961, lequel était motivé également pour négligence dans son travail. 

À Chalabre le 12 octobre 1961 Le directeur Général. 

Le même soir, un tract circule, qui dit ceci : 

Une fois encore la législation sociale est violée par la direction des établissements Canat. À la suite de la publication parue dans la presse, à la demande de la direction des établissements Canat, concernant l’ordre du jour de la réunion extraordinaire du comité d’entreprise en date du mardi 17 octobre, les membres du comité portent à la connaissance de tous les travailleurs que cet ordre du jour émane exclusivement de la direction. 

Il est pourtant précisé dans l’article 16 de l’ordonnance du 22 février 1945 instituant des comités d’entreprises, modifié par les lois des 16 mai 1946, 7 juillet 1947, 12 août 1950 et 9 janvier 1954 que : « L’ordre du jour est arrêté par le chef d’entreprise et le secrétaire ». 

De ce fait, les accusations portées contre la personne du secrétaire syndical (membre du comité d’entreprise) monsieur Ginez Jésus sont à sens unique et imposées par la direction, le secrétaire ayant été mis devant un fait accompli. L’ensemble des membres du comité d’entreprise s’indignent devant de telles manœuvres, créées dans le seul but de diviser l’opinion ouvrière. 

Nous attirons donc l’attention de tous les travailleurs et nous leurs demandons d’être solidaires dans l’action ouverte. Les membres du comité. 

La grève est enclenchée. Elle durera plus de 3 semaines. 

Il demande la réintégration de Jésus Ginez, secrétaire et délégué syndical, une augmentation de salaires et la fin des cadences infernales. Un air de déjà vu, mise à part que les protagonistes étaient différents. Le dimanche 15 octobre 1961, la Croix Rouge prépare des colis pour les soldats en Afrique du nord, que cette association avait reçue du monde gréviste, prêt à aider son prochain à la salle de la mairie. C’est les derniers envois pour les enfants du pays, éloignés de chez eux pour défendre une terre. 

Les responsables FO, du département demandèrent à Pierre Nuévo, une lettre de soutien, qu’il fit sans rancune.      Le mardi 17 octobre, dans une usine désertée, la réunion eut lieu pour confirmer le licenciement de Ginez Jésus. Le vendredi 20 octobre 1961, le conseil municipal décida de venir en aide aux ouvriers de chez Canat, qui sont en grève depuis 8 jours, avec un fond de 500.NF qui leur sera versé. 

Mine de rien cela représentait 2 mois de salaire.

  

chalabre136.jpgAugustin Maugard 

Le samedi 21 octobre, le Sous-préfet Jean Gallon s’opposa à ce versement.  Une petite réflexion, avec du recul, il y avait une taupe au conseil, puisque le rapport du conseil n’était pas encore tapé que le Sous-préfet était déjà au courant. L’année 61 se termina sous un climat des plus désagréables. En début de janvier 1962, Mamet Joseph de l’Anglade acheta le vieux tombereau à ordures, celui qui était tiré par la mule, pour la somme de 100 NF. 

A la réunion du 2 mars, il fut décidé de faire un emprunt de 50.000 NF pour construire l’hôtel des postes. Entre nous, cela fut une grosse bêtise, car cela va détruire cette belle allée.

  

chalabre137.jpg 

Dans cette même séance municipale de 2 mars, Clément Salinas demanda, pour son lotissement, l’agrandissement du chemin de la cigalière. La réponse lui arrive des ponts et chaussées, le 6 août de la même année, qui lui refuse la modification du chemin, et précisent de faire la sortie comme prévue dans le lot N°5 où elle est actuellement. 

Le 19 mars, c’est le cessez-le-feu en Algérie.  Le samedi 5 mai 1962, le maire présente le projet de lotissement « Chalabre plaisance » par monsieur Serrat. Radio Télévision Française expose le vendredi 12 octobre 1962 son projet d’implantation d’un réémetteur en haut de Roquefère. Le chemin et l’alimentation électrique seraient à la charge de la commune. Roger Raynaud, conseiller municipal qui habitait à la citée Canat et possédait le petit écran grâce à l’antenne au calvaire, proposa de faire une étude pour chiffrer le coût du transfert. La municipalité s’opposera à ce projet, prétextant l’aspect financier. Mais, au calvaire, il a fallu tout de même emmener l’électricité et faire un chemin. 

( 31 mai, 2011 )

Les rivières

L’Hers ou Hers vif 

L’Hers est le nom de deux rivières du Sud-Ouest de la France, l’Hers vif et l’Hers mortL’Hers vif (ou Grand Hers ou Hers) est celui qui nous intéresse. En effet, il est l’affluent le plus important de l’Ariège, qui se jette en rive droite à Cintegabelle (en Haute-Garonne). Après avoir traversé l’Ariège, l’Aude, et la Haute-Garonne, il est encore d’une longueur de 130 km et d’une superficie de 1 350 kilomètres carrés. 

La source de l’Hers vif se trouve près du col du Chioula en Ariège, dans les Pyrénées, à une altitude d’environ 1500 mètres, et se nomme « Font de l’Hers » ou encore « Font du Drazet ». Descendant dans la hêtraie, puis dans les prés de fauche vers 1200 mètres d’altitude, les premiers villages que rencontre l’Hers sont Prades et Comus. À la sortie de Comus, le torrent s’encaisse et se perd dans les profondes et étroites gorges de La Frau, avant de renaître en partie à la sortie de ces gorges sous formes de plusieurs résurgences, parmi lesquelles  l’exutoire saisonnier de la fontaine de l’Esqueille longeant le chemin des Bonhommes. Ayant reçu le renfort de quelques ruisseaux, notamment le ruisseau de Malard au niveau du moulin de l’Espine, l’Hers arrive à Fougax-et-Barrineuf 5 kilomètres plus loin. Là, il reçoit en rive gauche son premier affluent notable : le Lasset, torrent descendu du cirque lové entre les pics du Soularac (2368 m) et du Saint Barthélémy (2348 m). Cette origine élevée confère au Lasset un débit presque double de celui de l’Hers à leur confluent. De ruisseau, l’Hers devient alors une véritable petite rivière. 

Celle-ci continue alors vers le Nord-Est, et reçoit en rive droite les apports abondants de la fontaine intermittente de Fontestorbes. Cette énorme résurgence, l’une des plus importantes de France, restitue à l’Hers les eaux perdues dans la traversée des gorges de La Frau et y rajoute celles des précipitations tombées sur le plateau de Sault. Transformée et d’une ampleur encore augmentée par cet apport d’eau important, la rivière passe à Bélesta, puis traverse le Plantaurel par deux cluses et un tracé en baïonnette : est-ouest de Bélesta à l’Aiguillon, sud-nord dans la traversée du Plantaurel. À l’issue de la deuxième cluse du Plantaurel, au niveau du village du Peyrat, l’Hers-Vif quitte définitivement les PyrénéesDans toute cette partie pyrénéenne de son cours, l’Hers se présente comme une rivière torrentielle aux eaux claires et rapides bondissant dans un lit caillouteux. En 35 kilomètres, soit 1/4 de son parcours total, le cours d’eau aura dévalé de 1500 à 410 mètres d’altitude, soit les 5/6 de son dénivelé total. Le confluent avec l’Ariège se trouvant à 200 mètres d’altitude, l’Hers ne descend que de 210 mètres dans les 100 derniers kilomètres de son parcours. La pente est donc beaucoup plus faible à l’aval du Peyrat. Mais, la décroissance est progressive, comme le passage du torrent pyrénéen à la rivière de plaine aux eaux plus lentes. 

La suite du parcours de l’Hers peut donc être divisée en 2 : la traversée du Piémont Pyrénéen (ou Hers Moyen) et la basse vallée. 

La traversée du piémont pyrénéen 

Après Le Peyrat, l’Hers-Vif passe ensuite Sainte-Colombe-sur-l’Hers, reçoit le Riveillou en rive droite au Moulin de l’Evêque, et arrive à Chalabre, capitale du Kercorb, où il reçoit successivement le Blau, puis le Chalabreil en rive droite. Dans un paysage assez charmant de collines rurales, mêlant cultures, prés et bois au milieu desquels serpente le ruban de la rivière, s’égrainent ensuite les villages de Sonnac sur l’Hers, Camon, Lagarde où l’Hers reçoit à gauche les eaux du Touyre, et enfin Roumengoux et Moulin-Neuf où arrive à droite l’Ambronne, nom donné de nos jours à cette rivière que l’on appellait avant la révolution « l’Ambrolle ». À ce niveau, le tracé sinueux, mais jusqu’ici globalement dirigé Nord -- Nord-Est, marque un coude vers l’ouest, alors que la vallée restée assez étroite (moins d’un km de large) s’élargit considérablement à l’approche de Mirepoix. Lorsqu’il parvient au pont de pierre de cette ville, peut-être bientôt classé monument historique, l’Hers, qui s’est progressivement assagi, a alors acquis sa physionomie définitive, qu’il conservera désormais jusqu’au confluent avec l’Ariège. 

La basse vallée 

La cité médiévale de Mirepoix marque ainsi l’entrée dans la basse vallée, qui constitue un prolongement de la plaine de la basse Ariège. Jusqu’à son confluent, l’Hers longe les collines de la Piège, puis du Terrefort, situées sur sa rive droite et qui constituent les rebords Sud Ouest du Lauragais. La rive droite est ainsi assez abrupte, car le cours d’eau est collé au coteau. La plupart des villages se trouvent d’ailleurs de ce côté de la rivière, afin d’éviter les inondations. Au contraire, la rive gauche est plus plane, en partie inondable, et supporte les cultures de maïs et de tournesol irriguées à partir des eaux de la rivière dont le débit estival est renforcé depuis fin 1984 par le barrage de Montbel. Les champs laissent néanmoins la place à une végétation rivulaire, fournie aux abords relativement préservés de la rivière. (le cours aval de l’Hers est d’ailleurs inclus dans la liste des sites Natura 2000). C’est dans ce décor que l’Hers recueille les eaux du Douctouyre en rive gauche, juste avant de voir son tracé s’incurver de nouveau vers le Nord-Ouest, parallèlement à celui de l’Ariège, mais à une dizaine de kilomètres à l’Est. L’Hers reçoit alors la Vixiège en rive droite, traverse Mazères et Calmont, et se jette dans l’Ariège en rive droite à quelques kilomètres en amont de Cintegabelle

Principaux affluents 

Les principaux affluents de l’Hers-Vif peuvent être classés en 3 catégories suivant leur origine : 

Les affluents pyrénéens sont représentés par : le Lasset, la fontaine intermittente de Fontestorbes et le Touyre Les affluents du piémont pyrénéen se caractérisent par : le Blau, le Chalabreil et le DouctouyreLes affluents des coteaux du Lauragais et du Razès sont donc : l’Ambronne et la Vixiège

Les aménagements : Le barrage de Montbel 

Le débit naturel de l’Hers en période estivale est souvent faible. Or, la rivière traverse, de Mirepoix à Cintegabelle, une plaine agricole largement tributaire de l’irrigation, via les eaux de la rivière. Pour remédier à l’inconvénient que constitue pour l’agriculture cette faiblesse des étiages, le barrage réservoir de Montbel, situé en Ariège en grande partie et l’Aude (60 millions de m³), a été mis en service entre 1984 et 1985. Il apporte un soutien d’étiage, et garantit un débit suffisant dans l’Hers à Camon et la confluence de l’Ariège du 1er juillet au 31 octobre. Ce barrage alimente en outre l’adducteur Hers-Lauragais, qui permet l’irrigation du Lauragais audois en période de sécheresse sévère et au soutien d’étiage de l’Hers-mort via des transferts d’eau vers le réservoir de
la Ganguise. Les 60 millions de m³, nécessaires à l’accomplissement de ces diverses missions, proviennent des hautes eaux hivernales et printanières de l’Hers vif collectées par un aqueduc souterrain, situé après le Peyrat et juste avant Sainte-Colombe-sur-l’Hers. La partie de la réserve, destinée au soutien d’étiage de l’Hers, est restituée à la rivière avant le village de Camon, un peu en amont du confluent du Touyre. Si cet aménagement a un rôle largement bénéfique, notamment pour l’agriculture et pour le milieu aquatique remarquable de la basse vallée, en évitant une baisse trop prononcée du débit en période estivale, il présente l’inconvénient d’assécher un tronçon d’environ 20  kilomètres de rivière entre Sainte Colombe et Camon pendant la période de l’année où la rivière devrait au contraire connaître ses plus hautes eaux. Le débit réservé, laissé à l’Hers à l’aval de la prise d’eau (qui peut dériver jusqu’à 10 m³/s), est en effet de 1.2 m³/s, ce qui correspond environ au débit moyen d’étiage du mois d’août, valeur à comparer avec les 5 à 7 m³/s, qui constituent les apports mensuels moyens de la période hivernale et printanière. Le tronçon entre la prise d’eau et la restitution du lac est ainsi privé de près de la moitié de ses écoulements naturels, et est donc plus sensible à la pollution des eaux, heureusement assez faible dans cette partie du bassin. En outre, les prélèvements agricoles et les transferts d’eau à l’extérieur du bassin versant privent l’Hers d’une partie de son écoulement (environ 10% d’après le calcul mené plus loin). Les étiages étant plus soutenus grâce aux lâchers effectués, ce déficit apparaît surtout entre novembre et mai, et se traduit, comme on pourra le constater, par une baisse assez marquée de l’abondance en période de hautes eaux, du fait du détournement du débit au niveau du Peyrat pour remplir la retenue et transférer de l’eau hors du bassin vers le réservoir de la Ganguise.


1.jpg 

Hydrologie 

L’Hers supérieur 

Comme ses affluents le Touyre et le Lasset, tous deux issus du massif de Tabe (2368 m), et comme la fontaine de Fontestorbes qui collecte les eaux de ce même massif et du plateau karstique du pays de Sault, l’Hers supérieur est alimenté par les Pyrénées et voit son régime influencé à la fois par les pluies abondantes qui tombent sur les montagnes (de 1000 mm/an au pied des reliefs jusqu’à 2000 mm ou plus sur les sommets les plus élevés) et par la fonte des neiges. La station du Peyrat, localité du département de l’Ariège, se situe sur l’Hers à son débouché de la montagne dans le piémont pyrénéen, et donne un aperçu très représentatif de l’hydrologie de la partie pyrénéenne du bassin. 

Le débit de l’Hers y est observé depuis 1962. La surface ainsi étudiée est de 190 km², c’est-à-dire environ 14% de la totalité du bassin versant de la rivière. Le débit moyen interannuel ou module de la rivière au Peyrat est de 4.09 m³ par seconde. 

La rivière présente des fluctuations saisonnières de débit typique d’un régime nivo-pluvial. En moyenne (moyenne effectuée sur la période 1962-2008), les hautes eaux se déroulent en hiver et surtout au printemps, et poussent le débit mensuel moyen à des niveaux situés entre 4.68 et 7.38 m³ par seconde de décembre à mai inclus (maximum en avril-mai). Ces hautes eaux sont liées aux pluies d’hiver et de printemps, auxquelles se rajoute la fonte des neiges entre mars et mai. C’est d’ailleurs la fonte des neiges qui détermine la position du maximum en avril et mai. Dès le mois de juin, par suite de l’épuisement du stock neigeux et de la hausse de la température, donc de l’évaporation, le débit diminue rapidement (4.29 m³ par seconde en juin) pour aboutir à la période des basses eaux. Celles-ci ont lieu en été et en automne, de début juillet à fin octobre, avec une baisse du débit moyen mensuel allant jusqu’à 1.53 m³ au mois d’août, ce qui représente encore 37% du module et reste donc très consistant.

Le VCN3 quinquennal, une fois tous les 5 ans, est de 0.650 m³/s, ce qui est encore très satisfaisant et très loin d’être sévère. Cette abondance est liée aux importants apports de la fontaine de Fontestorbes, soutenues par les réserves accumulées dans le karst du plateau de Sault. Malgré les intermittences spectaculaires auxquelles elle doit sa célébrité, cette résurgence ne voit que très rarement son débit moyen journalier descendre en dessous de 0.600 m³/s. Elle fournit ainsi environ 90% du débit de l’Hers lors des étiages les plus sévères, l’Hers en amont du confluent étant quasiment réduit à un mince filet d’eau. En raison d’une alimentation abondante par les pluies et la fonte des neiges, la lame d’eau écoulée dans le bassin de l’Hers au Peyrat est de 681 millimètres annuellement, ce qui est élevé, largement supérieur à la moyenne d’ensemble de la France (320 millimètres), et supérieur aussi à l’ensemble du bassin du versant de la Garonne (384 millimètres au Mas d’Agenais). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint dès lors le chiffre élevé de 21.5 litres par seconde et par kilomètres carrés de bassin pour l’Hers à sa sortie des Pyrénées. Cette valeur de débit spécifique est partagée à peu de chose près par Fontestorbes et par le Touyre, dont le confluent se situe en aval du Peyrat. Ces 2 affluents bénéficient eux-aussi de l’abondance en eau du massif pyrénéen, véritable « château d’eau » du bassin de l’Hers. 

L’Hers à Mazères-Calmont (près de la confluence avec l’Ariège) 

Vers l’aval et par suite des apports des affluents venant des collines du Lauragais et du piémont pyrénéen (Blau, Douctouyre, Ambronne et Vixiège), le régime se modifie et l’alimentation s’appauvrit, surtout en période estivale. 

Les stations HYDRO de Mazères (1966-2000) et de Calmont (depuis 1996), situées à peu de distance l’une de l’autre et qui contrôlent sensiblement la même surface (1330 et 1350 km² respectivement soit la quasi-totalité du bassin) devraient permettre d’avoir une idée des débits de l’Hers vif à sa confluence de l’Ariège sur une période de 42 ans. Malheureusement, depuis 1985 et la mise en service du barrage de Montbel, ces débits sont fortement influencés et ne permettent pas d’avoir une idée réelle du débit naturel sur l’ensemble de la période. On peut néanmoins tenter une reconstitution sur la période de 30 ans de 1978 à 2007, période la plus longue où toutes les données mensuelles des stations des affluents sont disponibles dans la Banque Hydro en ligne (www.hydro.eaufrance.fr

Cette reconstitution, dont le graphe des débits moyens mensuels est présenté ci-dessous, fait la somme des débits des affluents dans les stations suivantes: Hers au Peyrat, 

Touyre à Léran, Blau à Chalabre, 

Ambronne à Caudeval, Douctouyre à Vira, 

Et Vixiège à Belpech. L’ensemble de ces stations représente une surface totale de 741 km² sur les 1330 km² que l’on cherche à reconstituer. Comme on peut le vérifier sur la courte période commune à toutes les stations, 1978-1985 où l’Hers à Mazères avait encore un débit naturel, les apports non jaugés (589 km²) ont un débit spécifique qui suit, à très peu de choses près, les variations de la somme (Blau + Ambronne + Douctouyre + Vixiège), et qui elle représente les écoulements d’une surface de 460 km². 

En faisant donc finalement pour chaque mois l’opération: Hers au Peyrat 589 + Touyre à Léran 460 + Blau à Chalabre + Ambronne à Caudeval + Douctouyre à Vira + Vixiège à Belpech, on obtient une reconstitution crédible des débits naturels moyens de l’Hers à Mazères-Calmont sur la période 1978-2007. 

Le débit moyen naturel ainsi calculé vaut 15.2 m³/s pour 1330 km² dans le bassin à Mazères, près de la confluence avec l’Ariège. L’Hers fournit ainsi environ un quart (23%) du débit total versé par l’Ariège à la Garonne (65 m³/s). La lame d’eau écoulée annuelle correspondante vaut 361 mm, valeur un peu supérieure à la moyenne d’ensemble de la France (320 millimètres), mais légèrement inférieure à l’ensemble du bassin du versant de la Garonne (384 millimètres au Mas d’Agenais). En tous les cas, on constate donc une diminution de près de la moitié de l’alimentation par rapport à la station du Peyrat, au pied des Pyrénées. Côté régime hydrologique, sous l’influence conjointe des Pyrénées de l’Hers supérieur et du Touyre et des affluents venus du Lauragais et du piémont pyrénéen, Douctouyre, Blau, Ambronne et Vixiège, la rivière présente des fluctuations saisonnières de débit typique d’un régime pluvial complexe à influence nivale. Ainsi, les hautes eaux se déroulent en hiver et surtout au printemps, et poussent le débit mensuel moyen à des niveaux situés entre 18.52 et 27.59 m³/s de décembre à mai inclus. On peut distinguer 2 maxima équilibrés. Le premier (27.39 m³/s en février), qui n’apparaissait pas à l’amont, est lié à l’influence des pluies d’hiver sur les collines du Lauragais et du piémont pyrénéen, et des apports du Blau, du Douctouyre, de l’Ambronne et de la Vixiège notamment. Le second maximum (27.59 m³/s en avril) est lié à la conjonction d’écoulements en baisse, mais encore importants, sur les affluents du Lauragais et du piémont pyrénéen et de la fonte des neiges pyrénéennes qui gonfle, comme on l’a vu, le Touyre et l’Hers supérieur. Dès le mois de juin, la sécheresse s’installe sur les parties basses du bassin et la fonte des neiges touche à sa fin sur les Pyrénées. Il en résulte une baisse très rapide du débit (11.68 m³/s en juin alors qu’on avait encore 23.12 m³/s en mai) pour aboutir à la période des basses eaux. Celles-ci ont lieu en été et en automne, de mi-juin à mi-novembre, avec une baisse du débit moyen mensuel allant jusqu’à 3.10 m³ au mois d’août, ce qui, sans être trop sévère, est significativement moins abondant qu’à l’amont, sur l’Hers au Peyrat et sur le Touyre à Léran. D’ailleurs, ces 2 branches pyrénéennes fournissent à elles seules les 2/3 du débit en août et septembre, alors même qu’elles ne drainent que 20% de la surface totale du bassin. Cette baisse importante du débit en été est la raison principale qui a motivé la construction du barrage de Montbel. 

Les effets de cet aménagement sont clairement visibles, si on compare la reconstitution précédente aux observations réelles sur la même période 1978-2007 où le débit est influencé par le barrage, sauf sur la période entre 1978 et 1985 précédant la mise en service. Si le régime, dans ses grandes lignes, semble peu modifié, on note néanmoins plusieurs changements. Tout d’abord, de novembre à juin inclus, le détournement par la prise d’eau du Peyrat des hautes eaux de l’Hers amont pour remplir la retenue de Montbel se traduit par une baisse des écoulements moyens d’environ 1 à 4 m³/s. Le rythme des prélèvements suit le même rythme que les variations du débit de l’Hers au Peyrat, et est donc maximal à la fonte des neiges (mars, avril et mai.) Il en résulte l’effacement partiel du 2ème maximum d’avril face à celui de février qui prend un avantage de 1.6 m³/s, alors que les 2 maxima étaient équivalents dans les écoulements naturels. En captant la fonte des neiges des Pyrénées, le barrage de Montbel atténue l’influence nivale dans le régime de l’Hers. En revanche, de juillet à octobre inclus, le débit mesuré est supérieur au débit naturel, par suite du soutien d’étiage apporté par le barrage. La différence est faible en juillet et octobre grâce à des apports naturels encore suffisants en année moyenne pour ne pas nécessiter trop de soutien. On note en revanche une augmentation de près de 2 m³/s (+60% environ) par rapport à la situation naturelle pour août et septembre. Au total, le minimum reste quand même en août avec 4.87 m³/s. Cependant, à l’échelle journalière, pendant la campagne de soutien d’étiage qui dure du 1er juillet au 31 octobre, le débit ne descend effectivement quasiment plus, sous le débit d’alerte de 3.2 m³/s fixé par le plan de gestion des étiages du bassin de
la Garonne, afin de maintenir des conditions favorables à l’écosystème aquatique et à la pratique de l’irrigation. Cette dernière activité, très développée dans la basse vallée, s’allie à l’évaporation sur les 550 ha du plan d’eau de Montbel et aux transferts d’eau hors du bassin vers le Lauragais et notamment le réservoir de la Ganguise, pour diminuer le module qui n’atteint plus que 14 m³/s contre environ 15.2 m³/s dans l’état naturel. 

Étant donné les effets de soutien du barrage de Montbel depuis 1985, nous avons utilisé la procédure VCN-QCN de la banque hydro pour scinder les données de la station de Mazères sur la période de 1966-2000 en 2 parties 1966-1984 (débit naturel) et 1985-2000 (débit influencé). Le VCN3 augmente, passant respectivement de 1.80 à 2.20 m³/s et de 1.46 m³/s à 1.56 m³/s pour les périodes de retour de 2 ans et de 5 ans. Il reste par contre identique, voire en légère baisse pour la période de retour de 10 ans, passant de 1.30 m³/s à 1.29 m³/s. Cette augmentation des étiages fréquents est logique et en parfait accord avec l’influence du barrage. Étant donné l’objectif de débit affiché (4 m³/s), on s’attendrait néanmoins à ce que l’augmentation soit plus franche. En fait, un nombre non négligeable d’étiages, souvent même parmi les plus profonds de la chronique, a lieu en octobre et novembre, lorsque la sécheresse de l’été se prolonge en automne. Comme Montbel n’assure règlementairement le soutien d’étiage que jusqu’au 31 octobre, il n’apporte aucun soutien. Ceci permet d’expliquer la faiblesse de l’augmentation du VCN3 par rapport à la situation naturelle, et même la quasi absence d’influence de Montbel sur les étiages les plus profonds à partir de la période de retour de 10 ans. En tout état de cause, même si on n’atteint pas un degré de sévérité comme on en trouve dans la zone méditerranéenne, un VCN3 quinquennal de 1.50 m³/s environ est une valeur plutôt basse pour un cours d’eau de la taille de l’Hers, qui draine un bassin de 1350 km². Si on compare cette valeur avec ce qu’on trouvait au Peyrat (0.650 m³/s pour 190 km²), on s’aperçoit du contraste: ici un débit spécifique de 3.4 l/s/km², là plus que 1.1 l/s/km². On prend également conscience de l’apport précieux venant des Pyrénées dans de telles situations. Sans ses attaches pyrénéennes, l’Hers pourrait en effet parfois être réduit à un mince filet d’eau, ou même tomber à sec à Mazères-Calmont! 

2.jpg 

Les crues 

Comme on l’a vu, les étiages de l’Hers-Vif sont un peu moins accusés, et son régime sensiblement modifié à l’aval du Peyrat depuis la mise en service de Montbel en 1985. En revanche, la surface du bassin intercepté par le barrage de Montbel (bassin de
la Trière) ne représente que 10 à 15 km² (1% du bassin total), et la prise d’eau du Peyrat sur l’Hers ne peut dériver que 10 m³/s au maximum vers la retenue. L’influence de l’aménagement sur les crues est négligeable et l’Hers a gardé son régime de crue naturel et fantasque. 

En effet, il ne faut pas se fier à son aspect. La plupart du temps, ce cours d’eau est bien calme et gentillet. Mais, l’Hers Vif est une rivière redoutable et redoutée par ses riverains. Ses inondations sont extrêmement puissantes et colossales. Pour preuve, celle, survenue le 16 juin 1279 et renforcée par la vidange brutale d’un lac naturel situé sur le cours de son affluent le Blau dans la cuvette de Puivert (Aude), a entièrement détruit la ville de Mirepoix, mais aussi Somnagum (Sonnac) et Camon. Ces crues surviennent généralement en hiver et au printemps. Elles sont généralement provoquées par des perturbations océaniques dans un flux d’Ouest ou Nord-Ouest, qui, venant se bloquer sur les Pyrénées, donnent lieu à des pluies importantes et prolongées sur tout le bassin (des crues océaniques pyrénéennes suivant la classification des crues de Maurice Pardé pour le bassin de la Garonne). La montée des eaux, souvent concomitantes avec celle des autres affluents de la Garonne en amont de Toulouse, peut être très notablement amplifiée, lorsque la pluie accompagnée d’un redoux provoque ou accélère la fonte des neiges sur les Pyrénées. Quelques épisodes, généralement intenses peuvent également survenir en automne ou en hiver à l’occasion d’averses méditerranéennes extensives par flux d’Est (la Méditerranée n’est qu’à 100 km du bassin), souvent en même temps que l’Aude, la Têt et le Tech, comme en septembre 1963, janvier 1981 ou décembre 1996. Dans ce cas, alors que l’Hers est en crue, il arrive assez fréquemment que l’Ariège, le Salat et la Garonne pyrénéenne restent stables ou ne montent qu’à peine. Dernière cause de crue, enfin, ceux sont les orages estivaux parfois intenses. Cependant, les montées qu’ils génèrent, si elles peuvent être graves sur certains affluents et sur l’amont du bassin, ne sont généralement pas très intenses sur l’Hers moyen et aval, car le phénomène est presque toujours localisé et non généralisé (exemples en juillet 2002, août 1999 et juin 2008 cités plus bas). 

Côté statistiques, nous allons examiner les crues de période de retour de 2, 5 et 10 ans au Peyrat et à Mazères-Calmont et nous les comparerons aux valeurs calculées pour l’Ariège à Foix, qui présente une surface de bassin comparable (voir tableau ci-après). Bien que les débits de période de retour plus importante soient effectivement calculés par la Banque Hydro, la longueur assez faible des chroniques de débit, eu égard à la rareté des phénomènes en question et l’existence fréquente en hydrologie d’une cassure dans la distribution des crues aux alentours de la période de retour de 10 ans, rendent les valeurs calculées par la procédure automatique entachées d’une grande marge d’erreur et souvent éloignées de la réalité. On peut s’apercevoir qu’effectivement, les crues de l’Hers sont puissantes, comme d’ailleurs celles des cours d’eau issus des Pyrénées et des collines du Sud-Ouest. Néanmoins, à l’amont, les crues sont en proportion à peine plus fortes que celles de l’Ariège à Foix. En effet, en hydrologie, on considère généralement que les crues de même période de retour de 2 bassins de tailles différentes sont d’une ampleur comparable, si leur ratio est voisin du rapport des surfaces à la puissance 0.8. Or, entre Le Peyrat et Foix, ce rapport vaut 4.8, alors que le rapport des QIX vaut environ 3.8. 

Par contre, à l’aval et pour des tailles de bassin identiques à moins de 2% près, les crues de l’Hers à Mazères valent environ 1.6 fois celles de l’Ariège à Foix. L’Hers mérite donc bien sa réputation de rivière aux fortes crues, et peut ainsi présenter très souvent un débit équivalent ou même supérieur à celui de l’Ariège au niveau de leur confluent, même si le bassin de cette dernière s’accroît encore de 600 à 700 km² pour atteindre environ 2 000 km² juste avant la jonction avec l’Hers. 

Quelques crues remarquables 

Pour illustrer les propos précédents, nous présentons ici quelques crues anciennes ou récentes qui ont pu marquer la mémoire collective ou présenter des caractéristiques particulières. Le 16 juin 1279 : vraisemblablement, une crue classique de printemps qui aurait sans doute dû passer inaperçue, si elle n’avait pas provoqué la rupture du barrage naturel qui retenait un lac dans la cuvette de Puivert (Aude) sur le cours du Blau. Cette rupture, sans  aucun doute favorisée par quelque action humaine visant à abaisser le niveau du lac pour gagner des terres cultivables, a provoqué une vague destructrice vers l’aval, qui a rejoint le cours de l’Hers au niveau de Chalabre (Aude), et qui a entièrement détruit la cité de Sonnac, et Mirepoix qui était érigée en position basse sur la rive droite de l’Hers à l’époque romaine. Suite à cette catastrophe, la ville a été rebâtie sur une terrasse insubmersible en face, sur la rive gauche de la rivière, par Guy de Lévis, suivant son plan et sa physionomie actuels. Elle conserve d’ailleurs une très belle place à couverts datant de cette époque. 

Le 16 juin 1802 : « l’aygat de la sanct jan 1802 ». La crue, provoquée par un orage d’une extrême violence sur le massif de Tabe, le plateau de Sault et la haute vallée de l’Hers jusqu’à Bélesta, dévaste le village de Bélesta (de l’eau jusqu’au premier étage des maisons du centre du village les plus proches de la rivière !). L’Hers en furie charrie alors des arbres entiers avec leurs racines, et l’eau est tellement haute que ces derniers franchissent le parapet du pont de pierre sans y toucher. Le parapet en question finit néanmoins par céder sous la pression de l’eau. Mais, le pont résiste, ce qui n’est pas le cas des autres ponts ou chaussées construits sur la rivière. En juin 1875 : la plus forte crue connue sur l’ensemble du cours avec une cote de 4,45 m au pont de Mirepoix (6,50 m au-dessus de l’étiage !), et un débit de pointe estimé à plus de 1500 m³/s à Mazères. L’Hers fournit alors plus de la moitié de sa crue à l’Ariège et 1/5 environ de celle de la Garonne à Toulouse ! La vallée est submergée des Pyrénées à l’Ariège. De nombreux ponts n’y résistent pas, dont celui de Mazères, ou encore le pont Rouge de Lavelanet sur le Touyre. 

Au mois d’octobre 1897 : a lieu une importante crue de l’Hers, 3ème crue connue à Mirepoix avec 2,70 m³. Durant le mois de février 1919 : se déroule une des plus grosses crues du XXème siècle, après celles de 1974, 1977 1981 et 1952 : autour de 600 m³/s à Mazères le 6 février. 

Le 12 décembre 1940 : se passe une grosse crue de l’Hers, 500 m³/s à Mazères. Le 2 février 1952 : comme l’ensemble des rivières du bassin de la Garonne en amont de Toulouse, l’Hers connaît une crue très importante, la 2e plus importante relevée à Mirepoix après celle de 1875 avec 3,65 m³. 

Le 13 septembre 1963 : se produit une crue d’origine méditerranéenne, aussi soudaine que violente sur l’ensemble du cours, de loin la plus forte connue sur le cours supérieur sur les 50 dernières années. La côte maximale a atteint 3,55 m³ au Peyrat, soit 88 cm de plus que la crue du 1er décembre 1996, la suivante au classement. Sur cette même station, le débit de pointe, lui, n’est pas connu. Mais, vu les valeurs atteintes pour d’autres crues et les cotes correspondantes, il a sans doute largement dépassé les 200 m³/s ! Les 21 et 22 mars 1974 : c’est la troisième plus forte crue connue sur la période 1966-2005 à Mazères, après celles de 1977 et 1981, avec un débit de pointe de 660 m³/s. Sur la même période, elle se classe quatrième à Mirepoix derrière celle de 1981, 1977 et 1991, mais seulement 7e au classement général avec une cote atteignant 1,85 m³ au pont de pierre, soit 4 m³ au-dessus de l’étiage ! Il s’agit d’une crue de printemps typique, l’averse étant généralisée à tout le bassin. Tous les affluents connaissent des débits puissants, notamment ceux de la partie centrale et orientale du bassin (Douctouyre, Touyre, Ambronne et Blau) Pour le Blau à Chalabre, la crue est même la plus forte enregistrée depuis 1961, à égalité avec celle de décembre 1996. Sur ce cours d’eau, le débit atteint alors 55,5 m³/s en moyenne journalière le 21 mars (56 fois son module !). 

Le 19 mai 1977 : s’opère la 3ème plus forte crue connue du XXe siècle sur le cours aval, avec 1070 m³/s à Mazères, et 2,2 m au pont de Mirepoix. Est caractérisée la plus forte crue connue du Touyre, qui atteint 164 m³/s en pointe au confluent et inonde un lotissement à Villeneuve-d’Olmes. Se réalise la troisième plus forte crue connue au Peyrat et à Bélesta, où l’eau passe par dessus le tablier du pont de l’Église. Le 16 janvier 1981 : la crue d’hiver est généralisée, d’origine méditerranéenne, comme la 2ème plus importante connue en aval au XXe siècle, avec une pointe à 1100 m³/s à Mazères et une cote maximale de 2,24 m au pont de Mirepoix. L’Hers apporte alors 5 fois plus d’eau que l’Ariège au confluent, et fournit à lui seul près de la moitié de la crue de la Garonne à Toulouse, et encore environ 1/4 à Bordeaux ! Apparaissent de grosses inondations un peu partout dans la vallée et sur les affluents, notamment entre Lavelanet et Laroque-D’olmes où le Touyre déborde largement, ou encore dans la vallée du Douctouyre qui connaît sa plus forte crue connue depuis 1968 avec un débit de pointe de 108 m³/s à Vira. 

Le 8 mai 1985 : survient une forte crue de l’Hers moyen (du Peyrat à Mirepoix). Transparaît la plus forte crue connue de l’Ambronne à Caudeval, avec une pointe à 35 m³/s, soit près de 100 fois le module. Le 9 mai 1991 : se dessine une forte crue à l’amont (100 m³/s au Peyrat, 6ème plus forte crue connue) et vers Mirepoix (1,88 m³/s au pont, troisième crue enregistrée depuis 50 ans). Émergent des inondations sur les communes de Camon et Teilhet. La crue est plus faible comparativement en aval (500 m³/s à Mazères), si on se réfère à la crue de mars 1974 qui avait atteint 660 m³/s à Mazères pour une cote équivalente à Mirepoix (1,85 m³). 

Le 5 octobre 1992 : se forme une crue d’automne puissante (au caractère méditerranéen) sur la partie pyrénéenne du bassin (Hers amont et Touyre). La montée des eaux est particulièrement rapide. Sur l’Hers au Peyrat, le débit passe entre le 4 et le 5 octobre de l’étiage (environ 1,5 m³/s) à un maximum 73 m³/s, de même sur le Touyre à Montferrier d’environ 0,5 m³/s à 24 m³/s. Le 24 septembre 1993 : la crue est un peu moins puissante que celle survenue presque un an avant. Mais, la montée est encore plus fulgurante, puisque, dans la matinée du 24 septembre, au Peyrat, on passe d’un étiage assez prononcé : 1 m³/s à un pic de crue de 48 m³/s (atteint vers midi.) Il s’agit encore d’une crue d’origine méditerranéenne, survenant dans un flux de Sud-Est, et le même jour que des crues très importantes dans le bassin de la Durance et sur l’Arc de Maurienne. 

Les 1er et 8 décembre 1996 : naissent deux fortes crues à une semaine d’intervalle ! on arrive à 1,50 m³ à Mirepoix, correspondant à un débit de pointe de 357 m³/s le 8 décembre à Roumengoux juste en amont. À Mazères, le débit maximal est de 500 m³/s les 2 fois. Celle du 1er décembre est la deuxième plus forte crue connue depuis 50 ans sur le cours amont. Ce jour-là, vers 1h30 du matin, le débit de pointe atteint 148 m³/s au Peyrat, ce qui correspond à une cote de 2,67 m. À Bélesta, un pan du mur, soutenant la berge droite de l’Hers juste en aval du pont de Delalaygue, s’effondre dans la rivière vers 10h du matin le 1er décembre. Il sera reconstruit en octobre 1997. À la sortie de l’Aiguillon, dans la cluse du Plantaurel, l’Hers submerge la départementale et interrompt la circulation pendant plusieurs heures dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre. À Lavelanet, les voûtes de la couverture de l’Esplanade de la Concorde suffisent tout juste à contenir le Touyre, et il s’en faut de peu pour que le centre-ville ne soit pas envahi par les eaux en furie. Sur l’Hers au Peyrat, la crue apparaît comparable à celle du 19 mai 1977, en moyenne journalière (76 m³/s en moyenne sur la journée du 1er décembre 1996 contre 75 m³/s le 19 mai 1977). Le 3 août 1999 : une crue estivale, chose assez rare sur l’Hers, se présente. Mais, cela montre bien que le risque existe en toute saison. Elle est donc provoquée par de très violents orages, généralisés à tout le bassin versant, particulièrement dans le secteur de Mirepoix. La crue est très rapide, puisqu’on passe en quelques heures de l’étiage ou presque (autour de 8 m³/s) à un débit de pointe de 310 m³/s à Mazères-Calmont. Encore une fois, l’Hers se distingue en provoquant à lui seul une crue de l’Ariège en aval, puisque cette dernière en amont du confluent n’amène guère plus de 15 m³/s !! 

Le 11 juin 2000 : la crue est généralisée, suite à de fortes pluies sur tout le bassin, 84 m³/s au Peyrat et 500 m³/s à Mazères au plus fort de la crue. Le 30 juillet 2002 : une crue est localisée au Lasset, à l’Hers (en amont du Peyrat) ainsi que du Touyre suite à un très gros orage dans la nuit du 29 au 30 juillet sur le massif de Tabe (cumul de 100 mm de pluie en 2 heures (source : Météo France)). Jaillit une coulée de boue à la station de ski des Monts d’Olmes, située au niveau des sources du Touyre, lequel connaît sur son cours amont sa plus forte crue enregistrée depuis 1921, avec un débit de pointe de 25 m3/s à Montferrier. 

Les 10 et 24 janvier 2004 : deux crues hivernales sont successives. Celle du 24, la plus forte des 2, a été amplifiée par un redoux et une fonte brutale de quantités importantes de neige dans les Pyrénées, et le débit a atteint 106 m³/s au Peyrat (5ème plus forte crue connue), environ 500 m³/s à Mazères-Calmont. Dans la soirée du 11 juin 2008 : une crue est très localisée de l’Hers en amont du Peyrat. Survenant sur un bassin saturé par les pluies orageuses de la nuit précédente et causée par plusieurs orages forts successifs ayant sévi entre 17h et 21h environ sur tout le haut du bassin, la crue est à la fois très forte et très rapide. En 4h de temps, le niveau monte d’environ 2m à Bélesta passant de 0.67 m à 17h45 à 2.67 m à 21h45, soit environ 7 à 130 m3/s à la station hydrométrique du Peyrat située plus bas. Ainsi, cette crue se hisse à la 4ème place des crues les plus fortes connues depuis l’ouverture de cette station en 1962, et à des niveaux à peine inférieurs à ceux des 2 plus fortes crues enregistrées depuis 40 ans: celles du 19 mai 1977 (2.95 m³/s à Bélesta) et du 1er décembre 1996 (148 m3³/s au Peyrat)! 

Mais, elle l’emporte sans conteste par la rapidité de la montée (presque 1 cm/min!!) Avec un tel débit et une telle rapidité, cette crue a bien entendu eu des conséquences sur la partie amont de l’Hers. À Fougax-et-Barrineuf, le hameau de l’Espine et son moulin du XVIIIe siècle ont été en partie inondés par le ruisseau de Malard. Cet affluent de l’Hers a charrié des blocs, des branches, et même quelques arbres, érodant ses berges et doublant ainsi la largeur de son lit. Ces importantes érosions de berges se sont poursuivies sur l’Hers jusqu’au confluent du Lasset, et dans une moindre mesure jusqu’à Bélesta entre L’Espine et Barrineuf, puis entre Fontestorbes et Bélesta. L’eau a recouvert la départementale et interrompu la circulation; de même entre l’Aiguillon et Lesparrou, dans la cluse du Plantaurel (près de la chaussée de l’Angélus) où quelques maisons ont également eu les pieds dans l’eau. À Bélesta, la rivière a débordé en plusieurs endroits, sans néanmoins générer de dégâts notables, et l’eau a « léché » le tablier du pont de l’Église. Partout, après la crue, on a pu constater que le lit de l’Hers s’était fortement modifié, et que la rivière avait charrié quantité de sable, graviers, galets et même des blocs de calcaire de 50 cm à 1 m de diamètre qui se sont déposés dans son lit et sur ses bords. Vers l’aval, n’étant pas ou peu soutenue par les affluents, le Touyre et le Douctouyre ont peu réagi (10 m³/s à Lavelanet et environ 30 m³/s à Léran pour le Touyre). Le Blau, l’Ambronne et la Vixiège n’ont pas réagi. La crue s’est rapidement affaissée pour n’atteindre plus que 70 m³/s à Mirepoix et à peine plus à Calmont, soit encore en dessous de la crue annuelle sur ces 2 stations, alors que la période de retour est de l’ordre de 20 à 30 ans vers le Peyrat. Mais, en tous les cas, pour finir, cette crue tend à accréditer les témoignages des crues orageuses terribles du passé à Bélesta et sur la haute vallée de l’Hers, et notamment celui concernant la crue du 22 juin 1802. La construction de la ligne de chemin de fer Bram Lavelanet de 1898 à 1903 a fait 1 mort tous les 2 jours. Plus de la moitié sont morts, noyés dans l’Hers. 

 3.jpg

Le Blau 

Connu avant la croisade des Albigeois sous le nom de Blavus, le Blau coule exclusivement dans le département de l’Aude. Il est un sous-affluent de la Garonne par l’Hers vif et l’Ariège, d’une longueur de 15 km, et d’un débit moyen de 0,887 m3. Sa géographie 

Il prend sa source au pied du Sarrat du Milieu, vers 650 m d’altitude, à l’exsurgence de l’Aigo Neîch (ou l’eau naît  » source dite du trou de l’eau »), en dessous de la grotte de L’escale vers le lieu-dit le saut de la bourrique. Par le logement du sentier Cathares, sous le village martyr de l’Escale et de la métairie du sourd, il arrive dans Puivert par la plaine où il y avait jadis le lac, entre Camp-Ferrier, camp Barberouge, Fonclair et Puivert. La digue du lac était au lieu-dit le Pont (pont actuel). Le village de Puivert était encore bien après la révolution au pied du château. 

Les principaux affluents sont : Mouillères, Lapeyrousse, Gauzières et environ 7 petits ruisseaux. Se découpe l’hydrologie, avec un bassin de 67 km². 

Avec des gouffres prisés par les baigneurs et autres pécheurs à la main, le débit du Blau a été observé pendant une période de 48 ans (1961-2008), à Chalabre, localité située au niveau du confluent avec l’Hers vif. La surface étudiée est de 67 km², c’est-à-dire la totalité du bassin versant de la rivière. Le débit moyen interannuel ou module de la rivière à Chalabre est de 0.887 m³ par seconde. Le Blau présente des fluctuations saisonnières de débit assez importantes, des caractéristiques d’un régime pluvial à dominante océanique complexifié par la proximité de la Méditarranée (à moins de 100 km) et des Pyrénées (Plateau de Sault, à environ 1000 m d’altitude, dont la source du Blau est issue). Les hautes eaux ont lieu en hiver et au printemps. Cela porte le débit mensuel moyen à un niveau situé entre 1,19 et 1,72 m³ par seconde, de décembre à mai inclus avec 3 maxima, en décembre (légère influence méditerranéenne en fin d’automne), en février (maxi. principal, lié aux pluies d’hiver d’origine océanique), et en avril (légère influence nivale sur le Plateau de Sault). Les basses eaux, assez longues par suite d’étés présentant des caractères déjà méditerranéens, c’est-à-dire chauds, longs et secs, surviennent en été et automne, de juin à novembre inclus, entraînant une baisse du débit moyen mensuel atteignant 0,074 m³ au mois d’août, ce qui est assez sévère, mais pas excessif. Et, par ailleurs, c’est tout à fait normal pour les cours d’eau de cette partie du piémont pyrénéen sans attaches montagnardes importantes. Le VCN3 peut chuter jusque 0,013 m³, en cas de période quinquennale sèche, soit treize litres par seconde, ce qui doit être considéré comme très sévère (mais moins accusé que dans le Lauragais voisin ou dans le Chalabreil, autres affluents de l’Hers vif), le cours d’eau étant alors réduit à quelques filets d’eau. D’autre part, les crues peuvent être très importantes, voire dévastatrices. Les QIX 2 et QIX 5 valent respectivement 40 et 61 m³/s. Le QIX 10 vaut 75 m³ par seconde, tandis que le QIX 20 se monte à 89 m³, et que le QIX 50 est de 110 m³ par seconde. Il faut s’attendre tous les cinq ans à une crue de l’ordre de 61 m³ par seconde, ce qui est très important pour un cours d’eau dont le bassin versant est d’aussi petite taille. Le débit instantané maximal enregistré à Chalabre a été de 84 m³ par seconde le 1er décembre 1996, tandis que la valeur journalière maximale était de 55,5 m³ par seconde le 22 mars 1974. En comparant le premier de ces chiffres aux valeurs des différents QIX de la rivière, il apparaît que cette crue était quasiment équivalente à la crue vicennale calculée par le QIX 20, et donc nullement exceptionnelle, et amenée à se renouveler tous les 20 ans environ. Par ailleurs, les dates de ces 2 crues (décembre 1996 et mars 1974) illustrent parfaitement la genèse des plus forte crues du Blau. La première est une crue liée à un épisode de pluies méditerranéennes, tel qu’il en survient habituellement sur le secteur en fin d’automne et début d’hiver. La seconde est une crue de printemps « océanique pyrénéenne », liée à une perturbation venue de l’Atlantique et s’étant bloquée sur le relief pyrénéen. Étant donné sa faible taille, le bassin du Blau est également sujet, de mai à octobre, à de fortes poussées lors d’orages puissants, ce qui peut en faire un cours d’eau très dangereux, d’autant que cette période de l’année est celle des basses eaux et que le Blau peut alors passer soudainement de quelques filets d’eaux indigents et inoffensifs à un torrent furieux. La lame d’eau écoulée dans le bassin du Blau est de 419 millimètres annuellement, ce qui est encore relativement abondant et lié à l’effet condensateur des premiers reliefs pyrénéens, ce qui génère une pluviométrie abondante, voisine de 1000 mm par an, sur le bassin. C’est ainsi sensiblement supérieur à la moyenne d’ensemble de la France, tous bassins confondus (320 millimètres). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint dès lors 13,2 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin. 

Son cours se déroule entièrement dans l’Aude, où il arrose successivement Puivert (connu pour son château médiéval), Villefort et Chalabre où se trouve le confluent avec l’Hers vif. 

 4.jpg

Le Chalabreil : 

Ce cours d’eau prend sa source dans les bois de « Gascou », à environ 600 mètres d’altitude. Il semblerait que cette rivière ait donné son nom à la ville, à moins que cela ne soit le contraire. 

Sur une longueur de 7 kilomètres, elle traverse Montjardin et Chalabre, où elle va se jeter dans l’Hers après la place Amouroux. Il s’agit du 1er ruisseau à rejoindre notre rivière sur la droite de Mongendre le Qouzi. 

Laissant les ruines de Sabatier sur la gauche, fleuretant avec les Vinsous sur la droite, puis négligeant sur la gauche Palauqui, et nous voilà dans Montjardin, il est vite traversé. Et, prenant sur la droite le ruisseau de l’Estrade, nous arrivons enfin à la 3ème Piche, recueillant le ruisseau de Limoux, qui longeait l’ancienne et unique route de Limoux.  Le lac est établi autour du lit de la rivière. Puis, la 1ère piche, à partir de là, au tout début de 1700, la rivière fut canalisée avec les pierres issues de la démolition des fortifications. Après le pont Rouge, ce n’est qu’un filet d’eau. Et, la sécheresse aux abattoirs s’établit en période de basses eaux. Comme le Blau, il peut devenir rapidement un terrible torrent, dévastant tout sur leurs passages. 

Le Chalabreil ne possède pas de station. Nous ne possédons pas de relevés.

lelac.jpg

( 1 mai, 2011 )

Une autre époque

Il s’agit d’un autre demi-siècle. Les hivers sont rigoureux. Le froid, la neige, et l’entretien des bâtiments des écoles coûtent plus de 400.000 francs par an (609.80 euros). Une question émerge lors du conseil municipal du 4 janvier 1950. Faut-il prévoir la construction de bâtiments neufs ? 

La réponse des élus est positive. Il faut un bâtiment neuf. Une réunion du 5 décembre 1949 avait déjà soulevé le problème. Cela fut confirmé ce jour-là. 

Saint-Couat du Razès quitte notre canton le 8 février 1950 pour rejoindre celui de Limoux. C’est le jeudi 23 février 1950 que la commune signe une convention avec EDF. L’énergie électrique devient publique. 

Le mercredi 8 mars 1950, le conseil municipal charge Anderlin, architecte du projet des écoles, de faire l’étude des plans et des devis du groupe scolaire. Le groupe scolaire déclenche un autre projet : l’assainissement. Le conseil décide le 20 juin 1950 de donner à
la C.I.E.T. l’étude. 

La concession de l’énergie électrique passe le 17 mars 1951 au département.  Le samedi 31 mars 1951, la mairie achète pour 475.000 francs (724.13 euros) le terrain de monsieur Magna pour y construire les écoles. C’est la fête à Chalabre. L’Union Sportive Chalabroise XIII est championne de France. 

Le résultat est : Union Sportive Chalabroise 13, E.N.M. Toulon 8

chalabre121.jpg

 Debout, de gauche à droite : Vidal, Brembilla, Rives, Roques, Mot, Calvet Jean, Calvet Georges, et Tisseyre soigneur. 

Assis, de gauche à droite : Sanchez, Théron, Maugard, Romero, Mélliès, Calvet Joseph. Par terre : Raynaud Roger. 

L’équipe de France de rugby à XIII, après une tournée triomphale aux antipodes, est accueillie par plus de cent mille personnes à Marseille.  Elle est la première équipe française de sport collectif championne du monde. Puig-Aubert, dit Pipette, de son vrai nom Robert Aubert Puig, né le 24 mars 1925 à Andernach en Allemagne et décédé le 3 juin 1994 à Carcassonne, est un joueur de rugby à XIII international français évoluant au poste d’arrière

En 1951, il est désigné champion des champions français par le journal L’Équipe. Il devient, durant cette décennie, l’un des sportifs les plus populaires de France, en raison de ses performances sportives, mais aussi de sa personnalité de bon vivant. En 1988, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur, et est introduit. Des chalabrois se sont illustrés avec ce monument du rugby, et ont remporté des titres comme celui de champion de France. Roger Raynaud, Lolo Mazon et Henri Moutou, qui lui a épousé une chalabroise mademoiselle Sénié, furent de ceux là.

  

chalabre122.jpg 

Le 27 mai 1951, un nouvel emprunt de 1.060.000 francs (1 615.96 euros) est lancé pour l’achat de matériel et d’un véhicule pour les pompiers, dans la lutte contre l’incendie. C’est le samedi 13 octobre 1951 que le projet définitif du groupe scolaire est présenté, le montant s’élève à 74.960.000 francs (114 275.78 euros). 

La saison de rugby a repris. Mais, l’USC XIII ne peut faire face à tous ces frais. Il lui est octroyé une subvention supplémentaire de 50.000 francs, au conseil municipal du 14 janvier 1952. Dans cette réunion, quelques argents vont être distribués aux pompiers : 1 mandat de 77.800 francs, 

1 échelle à corde de 4 mètres d’une valeur de 7.150 francs, et 2.250 francs pour les sapeurs afin de se rendre au congrée départemental de Couiza. Nos sapeurs, la mort dans l’âme, ne purent participer au congrée, car en février Chalabre était inondé. 

L’équipe de rugby finira la saison. Et, durant l’été 52, elle se mettra en sommeil pour des raisons financières. Le lundi 15 décembre, le conseil décide que le groupe scolaire va être implanté sur le terrain du foirail. Les platanes seront vendus à l’entreprise Xicolas de Perpignan pour 28.600 francs. En contrepartie, il fut décidé d’acheter le terrain de la plaine Saint Pierre, pour remplacer le précédent. Il ne servira que de terrain de sport pour les scolaires. Il est aujourd’hui l’agrandissement du cimetière. 

C’est le samedi 31 janvier 1953 que le conseil se réunit et apprend que l’emprunt de 7.000.000 de francs, contracté auprès de la caisse des dépôts et consignation pour le groupe scolaire, est accepté. Le taux est de 6% sur 30 ans. Les annuités sont de 508 542 francs. 

Dans la même séance, le conseil décide de prévoir à l’aménagement d’un gymnase, qui profiterait lui aussi de 85% de subvention sur 30 ans et serait utile pour les scolaires. Un petit rappel : c’est parce que l’entretien des écoles coûtait 400.000 francs par an que le groupe neuf fut envisagé avec les annuités de 500.000 francs. Mais, quoi que l’on fasse et dise, il y aura aussi de l’entretien, comme l’eau, le chauffage, et l’électricité. 

Le vendredi 13 mars 1953, est créé le syndicat d’électrification entre les communes de Chalabre, Rivel, Montjardin, Saint Benoît, Sonnac sur l’Hers, et Villefort. EDF reste propriétaire de l’énergie, sauf dans les villes de plus de 20 000 habitants, où elle en a entièrement la charge, sauf dans des villes comme Quillan qui fonctionne en régie. Souvent, les élus (qui n’y comprennent rien) font confiance aux techniciens et vendeurs de l’énergie. 

Dans cette même séance, le conseil vote 232.740 francs pour 18 tenues de draps pour les sapeurs pompiers de la ville. Ces vêtements sont pour les sorties et parades. Le dimanche 26 avril 1953, suite aux élections municipales, furent élus : Samitier Maurice, Roudière Aristide, Huillet François, Boutellier Alexandre, Rolland François, Maugard Augustin, Tescou François, Bonnet Isidore, Courdil Fernand, Conquet Raymond, Abat Alfred, Raynaud Roger, Sans François, Fournes Yves, Mamet Jeanne, Quimezo Henri et Pons Jeanne. 

Le maire fut Samitier, et l’adjoint madame Pons. Une première tâche attend le nouveau conseil, qui, le 1er juillet 1953, vota un emprunt de 1.000.000 francs pour le chauffage de l’hospice. 

Les fêtes de l’avent passées, et les vœux du nouvel an passés en janvier 1954, l’Union Sportive Chalabroise, en sommeil depuis 52, vient d’élire un bureau et demande une subvention pour pouvoir repartir. Le 22 janvier, le conseil leur octroie 100.000 francs, de même que le cinéma éducatif perçoit une subvention de 24.000 francs. À la même séance, c’est le percepteur qui fit la demande de la construction d’un immeuble. Vous remarquerez qu’il ne demande pas un local, mais un immeuble avec logement de fonction garage et le confort. Le conseil municipal décida le 5 avril 1954 que, pendant l’intersaison sportive de l’été, il pourrait être construit une baraque en brique, en remplacement de celle en planche, qui n’était pas étanche aux courants d’air, ni aux voyeurs, et la passerelle sur le canal, elle aussi en bois et surtout étroite laissant tout juste le passage de deux personnes. Pendant les matchs, on entendait régulièrement crier : « l’arbitre au canal ». C’était souvent vrai ! Il y en a eu quelques uns qui firent le vol plané, mais combien de bagarres des après matchs. Plus personne ne passait. L’autre solution consistait de repartir le long de l’Hers. Il fut décidé de la faire en dur et plus large. 

Le lundi suivant, le 12 avril 1954, le conseil donna suite à l’appel d’offre pour le chauffage central du groupe scolaire. Le marché fut confié à Garric de Carcassonne pour 3 034 000 francs. Le mobilier nous coûtera 611 160 francs. Tous ces chiffres font l’objet d’un autre emprunt. 

Avant l’été, les établissements Canat font un projet de lotissement, 11 villas à la soula du calvaire. Le conseil donna son accord le 26 juin 1954. Ces villas seront appelées vulgairement par les Chalabrois : « le Maroc », de par la forme des maisons.

  

chalabre123.jpg 

Les premiers locataires furent : 1 Bertau, 

2 Canal André, 3 René Huillet, 

4 Lorca, 5 Papaix, puis Ferrier, 

6 Olive, 7 Dombris, 

8 Boulle, 9 Gaillard, 

10 Dalmau, 11 Raynaud Roger. 

Dans la chaleur de l’été, la jeunesse allait se baigner à Baratte ou à la 1ère piche. Certains allaient aussi à la 3ème piche. C’était trois gouffres. Le 1er Baratte est dans le Blau.

             chalabre124.jpg 

Barate 

chalabre125.jpg 

Le 1er octobre 1954, chaque élève, reçu au certificat d’étude primaire, se vit offrir par la mairie, dans une cérémonie à l’hôtel de ville, un livret d’épargne de 1.000 francs. 

A la même séance, le conseil parla du tremblement de terre, survenu à Orléanville le 9 septembre 1954, à 1 heure du matin, prenant les habitants dans leur sommeil. Ce sinistre a fait : 14 000 morts, 300 000 sans-abris. Et, il détruit la ville et la région à 90%. La municipalité donne une subvention de 25.000 francs. À la même séance, le conseiller Yves Fournes, délégué au comité des fêtes, demanda à la mairie d’acheter une bâche pour le kiosque (un podium) et des guirlandes électriques. 

Il faut dire que, dans cette période faste, les fêtes de l’ascension avaient une belle réputation. Nous avions compté avec mon père un soir 66 autobus et des centaines de voitures. Toute la région se déplaçait pour venir à la 1ère fête de l’année. Les meilleurs orchestres étaient engagés. La fête était grandiose avec des manèges comme la chenille, et autres, au communal, avant la construction des écoles. Le tour de ville était rempli avec pas mal de loteries, où l’on gagnait de superbes poupées. Le tir au nougat était ma spécialité, ce qui me permettait d’assouvir ma dent creuse. 

Des courses cyclistes étaient organisées avec, comme circuit, le départ route de Lavelanet, Rivel, le col du Boyer, Puivert, Villefort, la rue du capitaine Danjou, les cours opposées à la fête, le pont du blau, et après quatre tours l’arrivée route de Lavelanet devant la maison Canat. Un match de rugby est planifié : l’USC XV contre une sacrée équipe de joueurs vedettes du ballon ovale. 

Est constituée une rencontre de foot, là aussi contre de très bonnes équipes comme le TFC. Une course de moto-cross est aménagée entre Saint-Antoine et Saint-Martin, où je me souviens y avoir vu des internationaux et des étrangers comme des belges. 

Dans ces attractions ou spectacles, j’ai le souvenir de la visite, pour son récital, de Georges Ulmer le plus français des danois. Ses tubes de l’époque étaient Pigalle et une chanson qui m’avait marquée et dont je n’allais pas tarder à entendre l’air : Quand allons-nous nous marier, nous marier, nous marier. Pour accompagner cette grande star du moment, nous trouvons deux grands orchestres, comme Jacques Hélian avec ses futures vedettes Sacha Distel et Henry Salvador, ou comme à Chalabre l’accompagnateur était Raymond Lefèvre. Deux jours avaient passés. Le comité avait fait venir des chansonniers. Du « Grenier de Montmartre », ils officiaient tous dans des cabarets parisiens comme : le caveau de la République, le théâtre de dix heures, ou bien le théâtre des deux ânes. 

Les piliers du grenier étaient, à ce temps-là, Jacques Grello et Robert Rocca, avec pour partenaires Maurice Horgues, Edmond Menier, Pierre Jean Vaillard et Jean Lacroix. Jean Amadou était lui, comme Anne-Marie Carrière, titulaires du grenier. Mais, eux ne furent pas de l’expédition du voyage chalabrois. Nos protagonistes, après un repas chez Guillem, partirent faire la balance, (terme technique pour désigner un réglage). Chemin faisant dans la rue du presbytère, le groupe, accompagné des membres du comité, passent devant la ferme Garros, et là un Parisien dit : 

« Ça sent bon la bouse des vaches ». Le régional de l’étape Pierre Jean Vaillard (né à Sète) se moque de lui! 

L’étable étant ouverte, le parisien Robert Rocca avec un autre complice, un banlieusard de Saint Ouen, Jacques Grello, pénètrent à l’intérieur. Comme des moutons, tout le monde suit. Et, là, surprise, une des deux sœurs (soit Aurélie, soit Irène) est présente. Rocca demande en bon parisien : 

« Pardon ma petite dame je pourrais avoir du lait » La maîtresse des lieux, peu enclin au partage, dit : 

« Je n’ai pas de lait mon bon monsieur » Le parigot, ne voulant pas abandonner la partie, fit une remarque pertinente : 

«  Vous n’avez qu’à traire un bol à cette vache qui m’a l’air belle et gaillarde ». La vieille fille (s’ingarnousse -- glousse), pouffe, grommelle des injures et hausse le ton. Je n’ose vous dire le dialogue, même en patois. 

La troupe du grenier est hébétée, sauf les membres du comité qui éclatent de rire, et le sétois qui, mort de rire, explique au parisien la différence entre une vache et un taureau, visible surtout de dos à la paire de sacoches qui pendouille. Le soir, pendant le spectacle, les parisiens se sont fait un peu chambrer par leurs collèges. Mais, à l’ouverture du rideau, tous, devant le public, reprirent en cœur, leur chanson, un air déjà entendu avec de nouvelles paroles. 

Quand allons-nous nous rencontrer, nous rencontrer, nous rencontrer Quand allons-nous nous rencontrer, nous rencontrer au club des chansonniers. 

C’était la chanson de Georges Ulmer, avec des paroles différentes. Le conseil du vendredi 17 décembre 1954 donne son accord pour que l’USC football ait une subvention. Mais, il doit au préalable faire preuve de vitalité. Et, pour montrer que la ville est pour le développement du sport, elle octroie à l’USC XIII 150 000 francs, qui repart après deux années de sommeil. 

Le jeudi 10 mars 1955, la subvention de 50 000 francs pour l’USC football est votée. Cette année-là, le premier tout-à-l’égout voit le jour pour le groupe scolaire et une partie des eaux de pluie pour le quartier. Il se jetait dans le chalabreil, au pont rouge. 

C’est aussi l’année du malheur, un gamin, un copain est mort noyé à la 1ère Piche, là où beaucoup de jeunes gens allaient se baigner. 

chalabre126.jpg 

Jacques Minisini, né en 1947 en Alsace, un garçon gentil, sachant nager, a perdu la vie dans un lieu de loisir. Il serait tombé, et, au moment de remonter, des garçons l’en auraient empêchés selon la rumeur. Il lui aurait suffit de se retourner. Et, en quatre brasses, il serait arrivé sur l’autre rive. Sur la pierre gravée dans la mousse, on pouvait distinguer la griffe des ongles. La population avait participée aux recherches. J’avais, comme les jeunes du village, été interrogé par la gendarmerie, par mon père et le sien, car nos familles étaient amies. C’est tard dans la soirée que trois jeunes avouent qu’ils l’avaient vu vers la piche. Quand les secours arrivèrent, c’était trop tard. Le site subira les assauts des artificiers qui, à coup de dynamite, brisèrent le rocher. Le gouffre se combla, légèrement. Mais, plus personne n’alla se baigner dans ce lieu sinistre. 

Le lieu de nos jours.

chalabre127.jpg

La 1ère Piche 

C’est le lundi 27 juin 1955 que la municipalité donne un avis favorable pour la création du lotissement Magna. Elle se propose même de prendre en charge la voirie et l’adduction de l’eau. L’idée d’un boulodrome à l’abattoir prend forme à la réunion du lundi 3 octobre 1955. Dans la même séance, il faut une rallonge, un avenant pour le groupe scolaire. 

Un emprunt de 1 500 000 francs est lancé, soit 20% du montant des travaux. L’année 55 terminée, 56 est là. J’avais été avec mon grand-père Adrien loter, dans l’après midi du jour de l’an, au café Tournois. Il avait gagné une volaille. La matinée avait été dure pour les adultes. Tout le monde se souhaitait la bonne année, et vous invitait à boire un verre de liqueur ou de gnole, ce qui fait que mon père avait ramené la tante Berthe dans une brouette. Ma mère voyait la vie en rose. Et, moi je me suis fait inviter chez les grands-parents, pour ensuite aller gagner une volaille. 

Les affaires reprirent le lundi 23 janvier 1956. Le conseil décida le transfert de la perception dans une classe vide de l’ancienne école de garçon. Une convention fut signée ce même jour entre la mairie et De Mauléon pour l’utilisation du stade, la commune prenant à sa charge l’entretien du stade et la passerelle de bois comme les vestiaires, dont la mise en dur avait été votée le 5 avril 1954. Mais, c’était sans compter sur l’administration, qui demandait un permis. La mairie n’étant pas propriétaire, les projets échouèrent. Ce n’est que le 21 septembre 1956 que la commune reçut le feu vert pour engager les travaux. 

Année 1956 l’établissement Canat change la raison sociale, il devient Canat Hutchinson. Ainsi, furent terminés la passerelle en bois et le vestiaire ajouré. 

Le syndicat d’initiative avec une nouvelle équipe proposa, en début de l’an 1957, des projets, comme celui d’un camping. Mais, sur quel terrain le réaliser ? 

Le conseiller municipal Aristide Roudière proposa un des siens à la « picharôte ». Le conseil vota le 28 mai 1957 une subvention de 25 000francs. Grâce à cet apport financier, l’aménagement commença. Il ne fallait pas à cette période une grosse dépense, les normes étant réduites. J’ai le souvenir de mon père en train de faucher entre la voie de chemin de fer et la picharote. Quant d’un coup de faux involontairement, il coupa une vipère ou une couleuvre en deux. Et, ce fut l’apparition au-dessus de l’Hers de ces latrines en bois, avec un trou donnant directement dans l’eau, laissant passer parfois un portefeuille. 

L’été allait arriver. L’inauguration finie, on attendait impatiemment les premiers campeurs. Cela ne tarda pas. Un jour, Aristide, un joyeux drille, alla trouver le président Laurent Amiel pour lui faire part de la venue des touristes. Monsieur Amiel se rendit rapidement sur les lieux. Il y avait une toile de tente de type canadienne fermée. 

Le président gratta la fermeture éclair et dit : « Je suis Laurent Amiel, président du syndicat d’initiative de Chalabre, je voulais vous souhaiter la bienvenue ». Pas de réponse ! 

Laurent regratta. Toujours pas de réponse. 

Il gratta à nouveau. Le zip de la fermeture s’ouvrit. Une tête en sortit. L’air penaud, l’homme dit : «  ne le dite pas à ma femme » et la femme dire : « ne le dite pas à mon mari ». Il venait de mettre à la lumière un couple adultérin. 

Le 28 mai 1957, dans ce même conseil, il fut pris la décision de changer la bascule. De 10 tonnes, on passait à 30 tonnes. Madame Pons démissionne de son rôle d’adjoint le 20 décembre 1957. 

Augustin Maugard est nommé 1er adjoint. François Tescou est nommé 2ème adjoint. 

Les idées fusent, le 7 février 1958. Augustin, las de voir les WC du pont neuf se déverser directement dans le chalabreil, propose de les démolir et d’en bâtir des neufs, qui, eux, seraient brancher au tout-à-l’égout des écoles et de l’hospice. L’idée a séduit le conseil, qui approuve la démarche. Le bémol, c’est que, 20 ans plus tard, il sera branché au tout-à-l’égout. Entre-temps, il coule dans le chalabreil. A la même séance, Yves Fournes proposa, comme dans bien des villes, la consultation des nourrissons. Une salle de l’ancienne école des garçons est affectée à ce service. 

La mairie se prononce le 22 avril 1958 pour la construction des trottoirs par les propriétaires. Elle se propose de prendre en charge la moitié des frais, ou de fournir du personnel. Le mercredi 7 mai 1958, à la veille de l’ascension, la loterie nationale fait son tirage en direct depuis Chalabre. 

Le 25 juillet 1958, le maire Samitier accorde l’installation au calvaire d’un relais de télévision, à la charge du demandant monsieur Canat. Le fameux relais était simplement une antenne. Le maire, comme ses successeurs, accorderont des autorisations au calvaire, alors que ce dernier ne lui appartient pas. En effet,  il est propriété de l’hospice, depuis le legs d’Angélique Déjean fait en 1871. Pendant l’été, le correspondant local du journal Midi libre fit une enquête. 

En voici la teneur : « Tout le monde part » 

Depuis quelques temps, nous constatons que des familles de Kercorb désertent notre ville. À temps perdu, car, croyez moi, il faut le temps pour le faire ! Nous avons cherché les raisons et les buts de ces départs par familles entières. Les raisons, elles sont simples ! Chalabre ne possède qu’une usine de chaussures, importante d’ailleurs, puisqu’il sort chaque jours 5 000 paires de vulcanisées, où presque la totalité de la population chalabroise est occupée dans l’établissement, ainsi que beaucoup de travailleurs de Puivert qu’un autobus transporte, ou encore de Laroque d’Olmes, de Léran, de Labastide, du Peyrat, de Sainte Colombe et de Rivel, sans oublier de Sonnac. Nous avons demandé à plusieurs familles, pourquoi ses départs ? 

De ce fait,  plusieurs réponses apparaissent. Est question la vie chère, et elles désertent pour des villes, où la vie, peut-être avec plusieurs entreprises, se trouve meilleure, notamment en choisissant des centres industriels. D’autres familles quittent notre ville pour la simple question des enfants. Que nous comprenons d’ailleurs ! Car, il n’est pas possible, toujours d’après ces familles, de placer les enfants dans les écoles en villes, les frais étant trop élevés. Voilà, peut-être, la vraie raison de ces brusques départs, effectués depuis quelques années. Effectivement, vous ne vous doutez pas que 85 familles ont désertées le berceau du Kercorb. Nous pouvons nous hasarder à dire que si dans les villes se trouvaient des panneaux « logement à louer », cela serait alors une catastrophe. Nous sommes assez éloignés des villes importantes. Aussi, chacun cherche du travail et un logement aux endroits où les enfants pourront continuer les écoles et rentrer chaque jour en famille. Cela fait moins de frais et moins de charges pour le petit budget familial. Voilà, en quelques mots, ce qui explique les nombreux départs des Chalabrois. Donc, rue par rue, nous avons fait le relevé de tous ceux qui ont quitté notre ville. Nous n’avons pas ajouté des noms, mais plutôt fait des oublis. Voici un petit aperçu, après notre tour d’horizon, pour vous montrer la grande crise que traverse notre ville ! 

Il est vrai peut-être que d’autres familles viennent s’installer chez nous. Mais, enfin, je ne vois pas que les rentrées compensent les départs. Divisons Chalabre en 4 branches/ 

1er le pont neuf et ses environs : on a le départ de 16 familles, dont 16 hommes, 16 femmes et 16 enfants, avec en plus 22 personnes seules, dont 7 mariées à l’extérieur, soit un total de 70 personnes. 2ème le pont du blau : il s’agit du départ de 19 familles, c’est-à-dire 20 femmes, 32 enfants et 3 personnes mariées à l’extérieur, soit un total de 74. On dirait qu’il y avait un polygame. 

3ème le tour de ville et coté rue du Capitaine Danjou : c’est 32 familles, qui se composent de 32 hommes, de 35 femmes, de 64 enfants, de 7 personnes seules et de 8 mariées à l’extérieur, soit un total de 146 personnes. 4ème place Espérance Folchet : cela concerne 18 familles, parmi lesquelles il y a 18 hommes, 18 femmes, 24 enfants, et 8 personnes seules, soit un total de 62 personnes. 

Revenons à la question scolaire. Un nombre de 44 jeunes se trouve dans les écoles des villes voisines ou dans un centre d’apprentissage. Cela n’est pas, comme on s’en doute, pour travailler à Chalabre, mais pour avoir un métier en main, et donc pas pour revenir chez nous. De plus, nos militaires après le service, croyez-vous les voir s’installer dans notre ville, grosse erreur, l’exemple a été déjà vu. Donc, faites un total des familles, soit 85 familles représentant 352 personnes. Ajoutons les 44 écoliers, cela fait un total de 396 personnes. Comme nous le disions plus haut, il se peut que quelques familles soient oubliées. Mais, enfin, le nombre se trouve assez élevé. Quant on pense que cette désertion se produit depuis, faisons une moyenne, 5 à 7 ans, et que, depuis cette fixation d’année, on peut compter le nombre de famille venues s’installer dans notre ville. Si vous croyez qu’une erreur a été faite, une solution comme nous avec patience vérifiez rue par rue et vous nous donnerez raison. Pour aujourd’hui arrêtons-nous, nous reviendrons bientôt sur les joies et les amusements de notre jeunesse locale. 

Signé Pierre Fournié. 

Grâce ou à cause de cette enquête, certaines idées vont bouger, telle que la demande de madame Pons et du conseiller général Jean Tisseyre qui, depuis des années, demandaient un collège. 

Le vendredi 8 août 1958, le conseil municipal, réuni pour des questions diverses, en arrive à élaborer un projet, c’est-à-dire demander la création de cours complémentaires, et un ramassage scolaire pour les classes de 6 et 5ème pour la prochaine rentrée scolaire le 1er octobre. Nous rentrions à cette époque assez tard à cause des vendanges. 3 mois de grandes vacances, le jeudi de repos et le dimanche. On apprenait la morale, l’instruction civique, l’histoire, la géo et le calcul sans la machine. Nous n’étions ni plus ni moins bête que les enfants d’aujourd’hui. 

Le 27 décembre 1958, le conseil des ministres adopte le plan Rueff-Pinay, qui prévoit la création du nouveau franc. L’ancien franc sera divisé par 100. Cette mesure vise à assainir le budget et à assurer l’intégration économique de la France dans l’aventure européenne. Le nouveau franc sera mis en circulation à partir du 1er janvier 1960. Nous voilà avec un an pour se préparer à la nouvelle monnaie, elle sera frappé d’un NF, qui voulait dire nouveau franc. 

Le 15 février 1959, le général de Gaulle se rend à Perpignan (via Lavelanet et Quillan) et prononce un discours : « Nous sommes faits pour être un grand pays, et dans le monde d’aujourd’hui ce n’est pas toujours commode de prendre sa place et de la garder. C’est de là, au fond, que viennent nos difficultés principales : de nous-mêmes, de la différence qu’il y a entre la vie telle qu’elle est -- qui n’est pas commode -- et la vie telle que nous la voudrions et qui serait évidemment large, heureuse et grande ».  Ce jour là, à Quillan, un Chalabrois, Laurent Amiel va rendre hommage au Président de la république. 

Arrivé aux trois quilles (Quillan), un policier d’une compagnie de CRS l’arrête devant la barrière : Vous avez une invitation, demande le représentant de l’ordre. 

Le Chalabrois de répondre : Laurent Amiel, professeur d’éducation physique. 

Passez : rétorque le pandore. Pendant longtemps, monsieur Amiel se moqua de la force de l’ordre qu’il avait déjoué. Car, il était petit de taille, mais très enrobé autour de la taille. 

Puisque nous parlons de Quillan, l’entreprise Barrull de cette ville emporte l’adjudication du WC du pont neuf le 19 février 1959, pour la somme 1 589 230 francs ancien. Aux élections municipales de 8 mars 1959, furent élus : Augustin Maugard (maire), René Boyer (adjoint), Fernand Courdil, François Rolland, Raymonde Castre, François Huillet, Alexandre Bouteiller, Raymond Conquet, Roger Raynaud, François Sans, Jeanne Mammet, Maria Raynaud, François Tescou, Alfred Abat, Aristide Roudière, Isidore Bonnet, Maurice Samitier. 

( 31 mars, 2011 )

Toponymie

LES PROBLEMES DE TOPONYMIE DU CHALABRAIS ET DU PAYS DE SAUL

Selon Gaston Maugard 

Je n’apprendrai pas grand-chose à la plupart d’entre vous. Toute recherche locale croise le toponyme. Celui-ci surgit, en vrac, par dizaines et centaines dans une commune, par milliers dès que l’on élargit à l’échelle du canton, et plus encore si l’on éventre tout le temps des mots transcrits. Sans doute, bien des lieux-dits se laissent lire. Mais, d’autres résisteront toujours. Certes, on est obligé de cribler et d’éliminer le trop-plein. Je m’explique ! Chaque pièce de terre à l’intérieur d’un tènement a son histoire, et sa provenance. Chaque famille l’affecte d’un signifiant descriptif, ou temporel : la clausette, la clausa, le puntou, le camp grand et la feisha de l’Henric, le Prat del Russa, la font d’en Batalha, la Borda d’en Grauly. Les tènements ont changé aussi, boisés ou broussailleux autrefois. Mais, la mise en culture, par à-coups, a su garder le toponyme végétal: la Cardoulhera, l’Argelassiera, le Rabouillet, l’Abelhanousa. Dans le passé, la tendance était à la prolifération du lieu-dit. On dirait, aujourd’hui, à la personnalisation de l’espace. Actuellement, la révision cadastrale et le remembrement mutilent l’espace nommé, ce qui est grave. Trois tènements sont fondus en un seul, au petit bonheur du criblage. Nos cadastres évacuent leur trop plein de mots. Certes, le passé avait su le faire plusieurs fois. On avait oublié les toponymes latin citan du moyen-âge dans les procès de l’époque moderne, où l’on feignait de ne plus les retrouver. On savait arracher une « termé » contraignante. On ne savait plus localiser un pas del soulh, une artiga, et un embaus. Ce fut l’immémorial, volontiers oublié. Ainsi, dans la prose du procès, la vérité était rafistolée par les témoignages d’un tiers village et le pifomètre des experts. 

Nous n’avons pas à jouer ici sur le sens des mots. Le latin termen, inis, (n) a donné en notre pays: « al terminy de », als terminis, as estermes, au locatif, et plus deux mots simples, l’un masculin : un termé, et l’autre féminin : una termé. Si le deuxième a gardé tout simplement le sens de limite spatiale, la borne, la « bodula », le premier, au masculin, signifie par extension tènement, pâturage, un bon termé. En français, le sens temporel a été gardé, à côté d’autres. 

C’est à l’historien occitan de réactiver tout son héritage. La linguistique et la toponomastique l’aideront. La typologie la plus simple consiste à concevoir des strates dans le temps, et à aller à des formes actuelles. Il s’agit de mots dans l’active, et à l’Occitan des deux moyens âges : la réserve et la territoriale. En reculant encore, on aura quelques paillettes gallo-romaines, quelques rares laissés en compte, et deux ou trois hirondelles celtiques ou celtibériques. Cela ne fait pas un printemps. Heureusement, une masse de mots irréductibles constitue le substrat, ou la strate qui vient du bronze et de la préhistoire pré indo européenne. Il est question des bases anciennes, la « stirpe » méditerranéenne comme disent les linguistes italiens. Le stock le plus ancien, c’est excitant et parfois décevant. Il y aurait du Sumérien Dravidien Hannito Ibère autour de la bergerie et du « parré » occitan. Des racines d’Egée, des rivages d’Illyrie, de l’Italien aborigène ou Ligure, on peut les rencontrer ici, comme ailleurs. C’est employé des sons qui expriment le paysage. Tout est roche, piton, mont, plateau calcaire, falaise, source, cours d’eau, et encore rivière, rocaille, « alhis », pic, sommet. 

Les tury ? La font et la forêt del Tury. Ils sont dix et vingt entre Villefort et Rebenty. Les Queire ? Cela commence au nord de Chalabre: Quirinaut. On a même un nom propre Quimezaut, (Quimes-Haut) à Chalabre. On a déjà écrit sur Quérigut, Quirhaut, Quirbajou,… Il faut dénombrer tout le stock. On butera encore sur Cucuruch et bien d’autres mots, difficiles pour tout le monde. Nous devons dresser l’inventaire en toute honnêteté et toute opacité, suivre toutes les pistes de la contrée. Cela nous conduira à la foire des mots. 

S’il est en Donnezan un Cami Lhati, il y a, séparant l’erme d’Espezel du terroir de Roquefeuil, le Cami ferrat, la voie romaine inusable. (A côté de l’autre, le chemin de verre semble, dans l’imaginaire, inusable du conte Occitan). La Carriera di morts à Puivert répond au Cami di morts de Quirbajou vers Marsa. On a oublié ici les rites et les reposoirs du Causse de Blandas, chers à Madame Durand Tullou, dans le Gard. La Carriera des Andrius et le Cami de Bourrasole se trouvent à Puivert. En Sault, le Carrié de Quilhà, la carriera nova, les escarrayols, la Carriera moliniera se devinent à Galinagues, le Carrié novelh. Et, on décèle ce chemin des écoliers de Tarascon-sur-Ariège à Carcassonne par le pays de Sault. On découvre l’Estrade à Montjardin, la Scala, la grimpette de Lescale, la Croux de l’Estrade au-dessus, et encore la tira, la carriera de la tira de Campsaure vers le Col du Portel par Campsylvestre et la Fage, le Sarrat de la trejina… Se trouve l’embaus quand il faut jeter l’arbre par la falaise, et même Baraban ! Le « trial » enfin qui n’a rien du motodrome ici. C’est une piste pour le bétail. Le « trial de Niort »… Les bergers Andorrans connaissent tous ces itinéraires d’Ax vers le Razès. Trier les troupeaux, triar, trigar. Le mot piste est à chercher derrière, et la draille Cévenole doit aider à réactiver le mot d’ici « tralhar »… La trailha est notre draille à nous. On a pu croiser: tralhar et trigar  trial al triail (M). Il existe une expression qui signifie à tous les diables : à triga-dinnas, à triga-veures, un tènement fort éloigné. A Rivel, le triga-dinnas est à peine à trente minutes vers le Montcalvel ou vers « Lamna de fà »… Mais, avons-nous le droit de compliquer les choses simples ? Trallaér, tracer; triar, trier; attria, il lui tarde de… Restent à découvrir les habitats de la protohistoire. Au Pech de Milante ou des Sarrasis, à Roquefeuil, le « murus gallicus » est là. A Quirbajou, un lieu-dit « Tartaris » nous intrigue. Il est à retrouver parmi les Tartiés de l’espace agraire du XVIIe siècle. Un site du Moyen-âge, Plansols, l’un de ces quatre ou cinq lieux disparus, nous attend juste au-dessus du Moulin de Ferrand, actuellement à Monsieur Julien  Rolland, d’Espezel, en bas, vers le Rebenty. On a une serre de Plansol à Marsa. En Chalabrais, les Capitelles des Cauquilhous près de Sonnac et de la Tour de Roubichous ont retenu l’attention de Daniel Marty, ainsi que des murs parallèles. Les rochers du Cinlhé, sur Camperdou, un cingulu ont retenu la nôtre. 

Les fauves, on les chassait aux XVIIe et XVIIIe siècles. En Sault, on vit des loups à Rivel, vers 1830. Desdits du siècle ont passé à Campserdou. Il y eut quelques ravages au Clat et à Bessède vers 1788. On chassait le chevreuil à Coudons. La toponymie se doit de respecter tous ces pas del lhoup, la font de l’ours, entre Lescale et le Clat. Certes, on refusera le Canteloup de Camurac ou Cantaloup. Pour la lhouette, la loubette, qui jouxte le Pont de Puivert, on peut hésiter. Par contre, tout ceci est normal: l’artiga del singlà, las taishonieras, la caussa de la voulp, la voulpelliere… En Chalabrais, le « pas de la mandra » est notre Renard à nous. Ce ne sont ici que des échantillons d’une collecte importante, encore inachevée. L’inventaire du Kerkorb nous révèle quelques surprises. Je poserai ensuite quelques problèmes de toponymie de Saltus. Plus que des mots et le paysage de deux contrées, il s’agit des mots sur un paysage. 

I. LES VILLAGES OUBLIES DU KERCORB. 

Reprenons le texte amusant donné par le chanoine Sabarthès. En 1201, le Pays de Kercorb, subdivision du Razès, surgit comme une série de seize toponymes. Cela mène de Balaguier à Puivert, et la baronnie de Chalabre d’avant la Croisade. Cela correspond à un Kercorb sans la localité de Corbières, le seul village portant le nom de Corbières et n’ayant pas droit à l’appellation contrôlée, étant hors du massif, alors que l’on parlait un Occitan classique, dans ce coin. Le greffier nous a joué ce vilain tour d’enfiler une brochette de mots en latin, en occitan, et en latincitan, parfois même en oïl. Il existe donc treize localités, deux vallées, et une forêt : « Cambels, Cuculenra, Montgardens, Eisalabra, Sancta Columba, Eisoice, Vallis d’Anior, Rivel, Pendels, Calmeta, Saltus, Fonsfrigidus (sic), Villefort, Auriag, Balaguierum », et de plus le Val de Vindran exclu. 

Au nord, ce Val de Vindran doit être le Val d’Ambronne. Je ne sais qui a donné l’explication. Le nom de la rivière l’a emporté ensuite et très normalement ! Le texte ne commence pas par Chalabre. Nous partirons de là ! À tout seigneur, tout honneur. Mon ami, Monsieur François Baby, maire de Montbel et professeur à Toulouse le Mirail, a donné la formule Eisalabra-Calabriga. Le Celte et le Celtibère sont là derrière. Les dérivés de Calabriga sont nombreux en Espagne et ailleurs. Un C devient Ch. Devant. On met un « es » d’appui, qui peut devenir eish… Dans la contrée, ce traitement est fréquent devant C, T, P, surtout en Sault, où l’on disait Eichalabre, tout au long du XVIIe siècle. On dit les escoumeilles, les escarrayrols, les estermes, l’esturgat, les espujolles, et l’espouzoulhe… Pour la scala, un e suffit. 

Un seul ac gallo-romain a survécu, modifié en ag, tel que Auriag en Auriac. Et, Saint Benoît est arrivé ! Lisez Casimir Pont ! Or, nous avons noté divers ac, at, ate, argue en nos dépouillements. Il faut les ajouter avec précaution, afin de saupoudrer tout le Kerkorb depuis Sonnac et Auriac jusqu’à Nébias, Rouvenac et la Scala. Chacun sait qu’on a trouvé des objets romains à Chalabre et à Ourjac. Daniel Marty a trouvé des pièces d’or dans le terroir de Chalabre. On doit chercher une villa romaine vers Saint-Martin, ou sur les plateaux… Or, un quart du décimaire de Chalabre portait le nom de Villac vers 1789. C’est une bonne surprise. Certes, on peut avoir Villaret dans un autre texte à Toulouse. On peut retenir les deux termes. Et Villard ? Plus exactement dans le décimaire de Montjardin : les Claux, le Villard et Cugulière (après 1503) Hlt. A. 242. Entre Rivel et Sainte Colombe, on eut Ourjac et Ourjaguet. Les bulldozers, ayant peut-être rasé Ourjac, c’est à l’archéologue de fouiller plus profond. Il faudra situer quelque part Canajac. Dans Montbel, Canterate était parfois appelée la Bastide de Beaumont. Montbel- Beaumont, la francisation était en cours. On voulait en mettre plein la vue. On écrit très souvent Canterac, avant 89. La cause paraît entendue. On a un hameau Canterague, à Dreuilhe, près de Lavelanet, et Chanterac ailleurs. Un Evêque d’ Alet porte son nom. Haut perchée entre les deux trous de Mont jardin et Villefort, la ferme de l’Esturgat fut peut-être une villa turgac, devenu esturgac… Par contre, si le gallo-romain affleure à l’Est et au Nord-Est de Puivert: un Mouroulat vers Festes, un Moussargue près de San Romà, plus Rouvenac et Nébias, à Puivert, on ne décèle point de ac dans une première approche. 

Or, le lac étang ne couvrait ici qu’une partie des 4 000 ha de la commune, en gros un long croissant de lune allant de l’isle de la Grange sur Bourrasole, vers l’ilette de Campbarberouge sur Blaud, et l’ilette de Campgast. Le gué ou le terminus est le Pas del Lhâuc, sous Campbounaure. Le reste n’était pas un désert ! La voie romaine partait de Fauruc et Nébias vers San Roumâ, traversait la cluse au Pont de Puivert, (ce Pont qui depuis a usurpé le nom de « ville »), et montait à Babourade et au Pas Rouge. Un plumitif des A.M. de Puivert a permis de localiser la chapelle rurale de Saint Romain. La voie Romaine entamait la montée à Ornolac, un Ornolac d’ Aude, à 50 kms de l’autre en Ariège. Ce lieu est devenu les Arnoulats. Il n’est pas un Cammas comme les autres. Pour cause, il serait le plus vieux. En 1322, le toporiyme est précédé de l’anthroponyme : Guillaume Ornolac de n-Ornolac. Au XVIIIe siècle, cela donnerait G. Arnoulat (au singulier) des Arnoulats. On entend, parfois, encore: à Jarnoulac », le Rurat près de Campbonnaure. C’était le Rouïrat vers 1820. Au mieux, on enregistre un deuxième Canterate, un peu plus loin vers le Rec del Parré. Le Haut Moyen-âge a certainement marqué notre Chalabrais. La villa-forte a donné le masculin Villefort. Entre nous, il se trouve être un piètre site défensif. Il a dû y avoir plusieurs « villes », puisqu’il existe un villaret à Chalabre… La ville juste sous le château de Puivert, le hameau fut habité jusqu’en 1900. Il y avait des toitures encore vers 1930. On l’a rasé naguère pour édifier un parking. Le scribe n’a pas jugé bon de citer le Castelh de Pechvert, (même si la forteresse de 1201 n’était pas la forteresse imposante d’aujourd’hui). Disons, c’est l’ancien château du temps de la Croisade. Il a délaissé la ville pour donner Cambels au pluriel… Revenons à nos villes ! À Nébias, au-dessus du village, un petit plateau avec causse, murettes et jardins, porte le nom de « su l’vielis »… On doit lire au singulier « su’ la viela » au-dessus de la ville. Mais, Nébias est un pluriel. Les « vielles » sont donc au pluriel. Ainsi, ce lien est assez fréquent en pays de Sault: « la vielle », « la vielle qui confronte le Roc du Castelh » à Roquefeuil, et encore à Artigues, ou Aunat. Mais, laissons de côté les formes récentes: al cap de la ville à Belcaire, jous la ville à Espezel, la muraille de la ville à Nébias. 

On reconnaît Montjardin sous Montgardens. Un g est devenu j. Mais jardin se dit hort. La Mont-Gardiole, qui domine le village et lui avait certainement donné son nom, s’est laissé jardiner. Montjardin, ça ne colle pas. Mais, nous n’obligerons pas les Montjardinaïres à redevenir Montgardiolencs. Ça ne gêne personne. Il faut laisser les mots vivre et jouer. Rien à dire sur Sainte Colombe en latin. Ribelh est francisé en Rivel. Pendels est toujours localisé. La Calmette a été latinisée. Ce sera plus tard le port de bois, près de la scierie de Ribelhou. 

« Es pos un polit port de mar », comme on dit lorsqu’on vous reçoit. Cinq termes résistent, surtout « Eisoice et Vallis Anior. Ce doit être quelque part entre Montbel, l’Hers et le Plantaurel. On n’a pas à chercher dans la Seigneurie de Bélesta. Le Vallis Anior n’est point le Val d’Amour, lequel n’était au XV111e qu’un Val d’Amont. Niort, Aniort, c’est un gué en Celtique. Cela en fait trois dans la contrée: Niort de Sault, un Niort près de Mirepoix, il faut retrouver le Niort-de-Plantaurel. Pour ces deux localités Eisoice et Val-Anior, nous mobiliserons tous les lieux dits de deux ou trois communes: le Car là, le Pla d’Andouze, le Pech de Pamios… La patience paiera. 

Restent Cambels, Fonfrigidus et Cuculenra. Nous pouvons apporter quelque lumière, car nous avons traqué ces mots au passage. Cambel Cambelhas, Fonfrède, Cuguilléra cougouillèie, des mots occitans et non latins, cela va de soi. 1° Il y a un « Ruisseau de la Cambelha », avec un article expressif, et un tènement « les Cambelhas », au Soula de Campsaure. Je n’ai pas fouillé les tartiès… Cambel n’est pas Campeille. Peille est un nom propre, Campeille est le caput mansis de Peille. Cambel, lui, est toponyme et anthroponyme. On trouve Cambel, habitant de 1322, c’est important. On en voit un à Marsa au XVIe siècle. Le nom était porté à Quillan-Perpignan en 1938… La série est continue. Les Reconnaissances de Puivert au XVIIIe donnent le tènement de Cambel, sous la ville et sous le château. Ce doit être un doublet de la butte, au masculin, comme en 1201, et à Campsaure, les deux sexes. En 1201, il s’agit du masculin pluriel… Lequel des deux sites Cambel ou la Cambelha est-il la localité recherchée. Nous avons ici abondance de biens et ambiguïté. J’opte pour les localités au masculin et au duel. 

2° Il faut retenir un hameau de Fonfrède. Ainsi, un toponyme tire son nom, qui soit de la source et du site habitant à côté. Or, à Montgascou, on trouve « le plà de Fontfrède de haut ». Ce doit être ça. Monsieur Marius Ferrier, qui connaît bien la Tuilerie de Montgascou, et sait où sont les tartiès sur l’eau versant de Villefort. 3° En Chalabrais, nous rencontrons les noms propres Cuguillère. L’un d’eux a été curé de Puivert. Ils sont nombreux en Val d’Ambronne et dans la vallée de Festes, et donc à Limoux par glissement. Reste à trouver le hameau, le toponyme d’origine, la cougoulière. Une ferme Cuguillère apparut quelque part dans l’archive. Plus tard, un autre acte notarié apporta la solution : Cuguillère ou le Courtisaire d’un haut. Dans le cadastre de Montjardin, on a bien le tènement « Sous Cuguillère » à côté du Courtisaire. Cuguillère était au-dessus, disons « lé Courtisaire de naut ». Cuguliè est donné, dans Hlt A 242 avec le décimaire de Mont jardin. 

Cuculenra est retrouvée au moment où tout ce secteur va entrer dans la nuit du désert français. La forêt évacuera le trop plein des mots. Et le Coucou chantera… « Quand le Coucut canta, e l’argelas floris, la fam es pel païs ». Dans le croquis du Chalabrais, nous donnons les noms en ac, at, as, argue: Canterac et Benac, Villac, Lesturgat, Ourjac et Canajac, Ornolac, Rouïrat et Canterate II Moussargue. Plus Nébias, Auriac et Sonnac. C’est trois au départ. Puis, treize se rajoutent en cours de route, et encore Berugat, Brézilhac à Caudeval. 

II. LES VILLAGES DU PAYS DE SAULT 

En gros, le Saltus, ce sont vingt-deux villages de trois cantons: dix-sept de Belcaire, trois de Quillan, Coudons, Marsa et Quirbajou ; plus deux d’Axat : le Clat et Bessède. Nous laissons de côté la Terre d’Oultre, Escouloubre et le Bousquet, delha l’aya, sur la rive droite de l’Aude. On notera que cette rivière, l’Atax, est devenue « Audes » avec un s final. On dit « Audès, as Audès » vers Quillan et Couiza. Certes, on a le droit de se dire habitant du Saltus forêt et pâturages de montagnes, lorsqu’on habite Artigues, St Martin-Lys et Roquefort de Sault… Pour les habitants de la bordure nord, de Belvianes à Fougax, ils ont droit de regard en pays de Sault. Les noms de lieux, ici comme ailleurs, nous paraissent à la fois familiers et mystérieux. En effet, ils sont familiers, parce que dits et redits, stockés et déballés à l’usage de la nouvelle génération. C’est à prendre tel quel par le touriste. L’auditif se mêle au visuel dans le paysage. Avec la fierté des monts, le Pagès sait traduire la pérennité des mots. Ils sont mystérieux, parce que le son ne mène point toujours au sens. Nous sommes impuissants à rendre compte d’un mot expressif et sonore -un genius loci, un site mal défini, un tènement qui a changé de nom, ces siècles derniers- quand celui-ci ne vient pas de la langue latine. On peut s’essayer à déchiffrer. Mais, il faut accepter de ne pas trouver à n’importe quel prix. Cela s’appelle refuser les étymologies trop faciles ! On entre dans le toponyme de plain-pied avec les mots du village et avec les glossaires d’ailleurs. On réduit le champ des incertitudes avec les formes anciennes de Sabarthès, des racines plus anciennes de Dauzat, du Cange, de Pline l’Ancien… Mais, on ne va pas vite. Certes, l’intuition peut ouvrir ou casser un nom qui recouvre un relief très particulier. Souvent, il vaut mieux interroger l’habitant sur le tury, le Peyregueil, le paty… En 1594, on parlait du « cerne de l’enclos » avec cette ceinture de toponymes à l’horizon: des quier, des pas, .des clots…, le cerne, le cercle en vieux français. Mais, « cerné » est aussi tamiser, ou bluter. Au travail, à l’ariscle ! Il y a des choses qui ne passeront pas, et tourneront longtemps en nos têtes, le « redoulum ». Accueillons cet inexpliqué, cher à la vox popuü, ce redoulum de toponymes. 

Le substrat gaulois ou celtique, du côté des Pyrénées Audoises, tiendrait dans le creux de la main. Mais, R. Lizop fait venir le Razès de Redonas, les « Redones »… Quelques mots, une hirondelle ne fait pas le printemps, nous avons entendu cela. Certes, nous n’avons au pays des forêts que deux noms de villages, tous deux dans la vallée, Chalabrette de Marsa, et le gué sur le Rebenty à Niort-de-Sault. On devra faire honnêtement l’inventaire, et situer les oppîda aussi. La strate latine paraît importante, comme le peuplement gallo-romain et romain, avec des gens venus de quelque part. On entre ici par l’Escaletta de Coudons, la Scala du col del Candelhè (Lescale au M.A.). On suit l’Estrade et le Cami Ferrat. Des Arcs Arques, il y en a vers Belfort et Aunat, cela peut venir de fours ou de voûtes récentes. Ici, le mot Agré surgit des textes depuis le Moyen-âge ; forêt d’agré, droit d’agré, à Coudons, à Lescale et ailleurs. Une terre noble est réservée avec un ager millénaire à l’arrière plan. Contentons-nous de compter les -ac et les -- an. Ils sont dix-sept. Nous n’avons pas tout exploré, une bonne quinzaine après criblage. 

Doit-on rejeter Sanmardà ? Nous n’avons pas en main la forme médiévale. Nentilhà dans la vallée de l’Aude (le Clat) est-il un an ? Or, nous avons, en 1594, Orliac et Entilhac, nentilhac. Les latins étaient à Campagqà (c) au pied de l’Ourthizet. Ils étaient partout ailleurs. On est ici entre Quillan (avec Vitrague, Moussac, Massac…), et le cami lhati du Donnezan et Llivia en Cerdagne, le chemin des écoliers inévitable. Un pays de Sault d’avant 406 donnerait la série suivante: Marsà (n) ou Marssac, Maïrac (Joucou), Tébiac vers Mérial, dans la vallée du Rebenty. A l’Est, on découvre : Tournac (Bessède) et Campagnac, Aunac!at, Montaignac (près de Rodome), Remenac (près de Munis), Galinagues, la Condamine de Rouvenac (Mazuby). Au Cers, se situent Randoulat près Belvis, Cavanac et Bunac (la Bunague) sur le plateau de Roquefeuil, Palagnac et Cuxac (Belcaire), Raissac et Camurac!at en haut… Nous éliminons Prats de Bounac à Mazuby, car il y eut dans la contrée un Marquis engagiste de ce nom. Un Quimebrat demeure. Des sources, comme Fontanés, sont ici comme dans l’Hérault et le Gard, Espezel, de pocioliY au M.A., les Puits-en-Sault. On a Espouzouille en Capcir (P- o), Pouzols en Minervois, la Font Pezouillouse à Puivert. Mais, Fontanès fut Combes et Cannac en 1469. Ne soyons point étonnés de retrouver des noms qui rappellent des villages d’ ailleurs. L’homonymie est une donnée. Aunac est près d’Angoulême aussi. Rouvenac et Raissac sont proches, en Razès et pays d’Olmes. On a Raissac près de Narbonne, Cavanac, et Cuxac dans le Cabardès. Il y a Cuxa près de Canigou. Nous savons que Carsac, site fameux près de la Cité, a un frère Carsan, dans le Gard. Pour les autres, il faut revoir l’Epigraphie latine et repasser les Dictionnaires Topographiques. Cavanhiac était un nom propre à Marsa en 1558. Il y a des Cuxac, des bosc d’en Cuxac, dans le Haut Razès et le Chalabrais. Ils ne proviennent pas tous de Cuxac-Cabardès. 

Ils sont au nombre de 112 Les Seigneuries et les défrichements du Moyen-âge ont donné l’assiette des villages actuels. Les uns ont châ- teau, Belcaire, Belfort, Niort. C’est souvent un Castelhàs. Le nom Castellà est resté. On a le Castelh et la Vielle, à trois cents mètres au-dessus de Roquefeuil, un Mas d’Ubi; delha l’aya, un col de même nom. Les trois chefs de consulats, Belcaire, Roquefeuil, Rodome, étaient des villas murés, dans la carte diocésaine. Deux hameaux sont venus tard, au XXVIIe : Trassoulas (tras-le-soulà), alias les Pujolles et même Calès; et la Malayrède. Ici, vinrent six habitants de Roquefixade en Mirepoix. Là, des Toustou apparaissent, race conquérante dans la Plaine de Sault. Cependant, des petits lieux deviennent des tartiès, morts déjà dans les plus anciens compoix, tel que Montpié près de Cornus, ou Coumareillâ (sive Fontcouverte) entre Belcaire et Camurac. En amont de Niort, Gebetx a disparu vers le XVe, pour faire place à Mérial et la Fajolle. Certes, la peste du XIVe a bon dos, comme les Aragonais et les Miquelets ! Par la même occasion, on lui attribue la fin de Palagnac-la-Romaine et d’autres cités imaginaires. Plansols, les petits replats, a coexisté un temps avec Espezel du plateau. Puis, le village du haut a tué celui du bas, trop bas, trop près du Rebenty, au-dessus du Moulin de Ferrand. Un croquis des Archives municipales montre ce site, sur la ligne des deux clochers; Espezel, et Galinagues. Disons, un peu à côté de cette direction. 

Deux tènements du « Mas-d’Ubi » cachent des villas du haut Moyen-âge: Coume Villefred et Villerouge. La « mansio » a eu raison de la « villa ». En cette Seigneurie, Cazelles est devenue fief; mais Cumba (Combe) est morte. Au bord du Rebenty, on avait quatre localités en 1558: Marsa, Quirbajou, Chalabrette et Castelporc. Le château-du-Cochon doit être une belle légende, avec en bas-relief comme pour Dame Carcas. Un siège est une entité protectrice. Au départ, peut-être, il s’agit d’un simple port de bois sur « le fleuve Rebenty », Castelporc, Castelpor, Castelport ? Où encore le pied d’un port, un col de la contrée. 

Les hameaux morts, comme Monpied-Pièmont : Boulude, fief entre Mars et St Martin, Espangette, Nentilhà, étaient bien situés dans le passé. Le Pech était noté près de Fontanès, dans la Carte Diocésaine. On avait Combes et Cannac, et l’un des deux a pu devenir Fontanès. Quirhaut, loin de Quirbajou, est au XVIIIe, un petit fief de Noble Maffre de Quiraud. Un dicton de la contrée clame encore l’importance, toute relative, de ce gentilhomme campagnard : « Moussu Maffré ! », ce qu’on devrait traduire par : « Heureux qui, comme Ulysse, avait un beau troupeau… ». 

Un texte de 1481 mérite quelques attentions. Le baron de Mirepoix énumérait les usagers du Roi, « Beaucaire, Roquefel, Camurac, Marssac, Cornus, Mon-pied, Espezel, Plansols, Quaire bluis (sic), Cazelles, Bel-fort, Able et Espangette ». On a oublié Belvis. Ce Quaire bluis ou blues est bizarre. Ce pourrait être Quirbajou, Quiraud, ou Belvis ? Galinagues ? Nous retiendrons l’hypothèse 3. Certes, on peut envisager des changements de noms entre la protohistoire et le Moyen-âge. 

4, les habitats anciens sont accrochés aux Quier, aux rochers la grotte, l’oppidum. Ce plateau est cerné par de nombreux Quier. Un Quer à Belcaire, un Quer à Belvis, deux Quir un, Quirimes, un quer de mergalh à Espezel. On a su changer de mot, afin de ménager le comprenoir. Ça donne un Roc de Belha vista, un belvédère : « Belbis, belha vista Pauc d’estat ». On aimerait mieux un Quier à chaque Caïre ! 

III -DES MOTS SUR UN PAYSAGE. 

On donne tant de lieux-dits. Mais, notre intention n’est pas de faire une étude linguistique, seulement d’observer en curieux. On suit en deux siècles le devenir de certains mots. Le canebàr devient Canebà et chenevière. On saisit à l’oreille les locatifs, le code en a, y, is, issis. Cela se déchiffre dans Canebà as Caussidassis (Cam XVIIe s.), l’Anoulhà, le Pech Castelà. Castella devient N.P. On a ici as casalis- sis. On avait as cazalis, à Lescala. (Cazalis est N.P. en Aude). On trouvera le Cap cazal, comme centre d’exploitation à Espezel sous Henri IV. Ces codes en àl, àls, sont surtout pour les alentours de l’exploitation: cazal, courtal, oustal,… et encore au loin: le trial, et le pastural. Certes, il y a des mots en àl qui sont des diminutifs. Le mourràl correspond au mourrelh de Puivert, une petite butte. Mais, comme pour Courtaly, le Courta là, il faut accepter la diversité des données. 

Pour le cerne de plusieurs enclos en 1594, ce serait amusant. Les textes du moyen-âge sont enrichissants. Nous nous contenterons de rubriques à remplir. 1° Le Moyen-âge. Nous disons religion, folklore, Seigneurie, habitat. Joucou devrait être St Jacques-de- Sault, Jacou, Joucou. Suivons « le » Sabarthès. Quand un homme reste comme livre, ce chercheur faisait le poids- San Prim sous Quirimes. Avec des vieux cimetières entre Espezel et Roquefeuil, on « se » le partageait, à St-Jean (Cam.), à la Viguerie (Aunat). Le V chapitre de St-Paul était Seigneur du lieu. Il avait sa justice, à la Chapelle (Maz), à St-Vincent ou la .Font (à Niort), Al Roc de San Marcel (Joucou). Une vieille église existe à Belvis, ainsi que la fontaine de St-Estève, (St Etienne le patron), à l’Ouratory, al Calvay- rou; as Gleitsages (Com), et à la coste Saint Martin. 

Cela indique le monde légendaire. Le Dournou parle des fées à Coudons. Il y a aussi l’Aginoulada de Roulan (à Belvis), rien à la Doux, une Source divine de Joucou, et une belle légende au Sairat de la Maïre de Dious, de Belvis, le Clot Milà, un Roc des Encantadas à Espezel, une grotte des Breichas à Mazuby, le Dressadou de las Cargues à Belcaire, et le Col des sept frèresiut, un « Col des sept Frais». Je ne sais si c’étaient des frênes ou les fils de Fraïsse… 2°. À la Fin du XXVIIIe, la contrée comptait 8 nobles résidants. C’est peu. Aussi bien, les Puissants Seigneurs résidaient ailleurs à Versailles, à Pibrac, à St-Michel de Cuxa, ou à St-Paul de Fenouillet. L’engagiste du Roi des années 1710, le Marquis de Bounac, avait effeuillé des titres sans valeur. Donc, le baillif, son Lieutenant, les Niort, les d’Able, les de Negré, les Quiraud, et les Fonds de Niort se partageaient les châteaux. Cela se traduit par Al Castelh, l’enclos du château (Belc), le Pech Castella (Roc). Après dégradation, restera le Castelhàs. Suivent les séries normales qui eurent leur raison d’être : le Sarrat de les Fourques (M) et le Sarrat del Penjat (E), la Renda, ou la Camosse, (Cam), derrière la Rende (Roq). De bonnes pièces emplissaient le grenier du Maître, la Coundamine, à la Condamine (Belc), à les Condouminos del Bac (Aunat). Souvent, le village prolonge une villa du haut Moyen-âge. On se situe donc al cap de la ville (Belc), « jou la ville » (E) ou « Sous-Bielle ». Cela donne le N.P. Soubielle en Capcir et des Lavielle, Viala, dans l’Aude, al plà, dit jous la ville (Aunat), sur la Vielle et Trevielle (Rod.), ou encore la Bielle quand on entre à Quirbajou. 

Les forêts Royales et Seigneuriales, l’Agré, Picaussel, Coume froide, Niave, la Deveze, le Debat… seraient un gros morceau. La force de l’eau de Rebenty et d’Aude: la forge vieille, est abandonnée. Cela s’avère être la Forge à Mérial et Gesse, les Ferrières à Mérial, Belcaire, Camurac, plus Coumefère, le Moulin Neuf à Niort, le Mouli del Roq (E), la Carriera Mouliniera, les Moulins de Munès et de Ruelle (le Ruisselet) sur le Rec de Menet, près de Remenac, et le Rimini d’un scribe mal inspiré Des Arques, des Mouli Resseq à Belfort. 3°. L’habitation et l’exploitation se laissent lire dans la diachronie: « A-Maisons » est un mot reçu, à l’écart, lieu-dit à Aunat. L’Oustau Nou, c’est plus normal à Belvis, un relais routier. Les vieux mots, c’est le Cazal de San Prim, les Cazelles, un plà de Cazelles à Belvis, un château de Cazelles sur Rebenty. Des barraques (baraques) ont précédé d’autres établissements. Le pré à la Barraque à Trassoulas (en 1761) est un abri de pierre sèche, et une borde simple. La Grange, appelée la Barraque, dit bien que la deuxième est première dans le temps. Le Cap Cazal, encore vers 1600 à Espezel, est l’unité simple d’exploitation, je veux dire la Maison-Pailler-Borde-Grenier. Un seul toit suffisait à cela. En certains villages, on préfère la borda, et ailleurs le Pailler. La borda est la bergerie au village. La bergerie se trouve en pierres sèches au loin et la bergerie maçonnée tardive. Cela devient la ferme enfin. Il y a le paty ou patus, le rebus, le cabanat, et le couvert. Il y avait peu de teulières au pays de Sault, dans le passé lointain. L’historien se doit de ne pas tricher avec le stock des mots. 

L’oreille occitane pénètre aisément les deux-tiers des lieux-dits de « son pays ». Elle sait facilement décoder les fins de mots. Il y a des « et » et des « oIs » qui sont des diminutifs, et d’autres qui ne le sont pas. Des suffixes « à » expriment des locatifs: à courtalà, al segalà, la riva de l’auzinà. On sait connoter l’auzerda (1) et un auzerdà, la civada et un civadà. Il est des « al », qui entourent l’habitation, comme en Razès, cazal, tinal, courtal, d’autres plus lointains comme le timbal. Des affixes, le plà devient le planaI. La costa devient le coustal. « Les AgrairaIs » (Rod.) désigne les terres agrairales, -à l’agrier-. Des tènements peuvent être soit au singulier, soit au pluriel, tantôt l’unité, comme « à la costa », ou « à l’anoulhà », tantôt l’ensemble, tel que las Costas, las anoulhàs, las segalas, segalas- sis. Certes, bien des signes peuvent échapper à qui n’a pas une formation de linguiste. Les toponymes nous sont livrés trop souvent avec la terminaison française, hiere et non hiera, Vernède au lieu de Bernèda… on saura retrouver d’instinct la bonne prononciation, comme par exemple la Cou- melha herbouse, disons la « Comelha Herbosa », la jounquiera… Cela ne pose pas de problème. Nous transcrivons les lieux-dits, tels qu’on les rencontre dans l’écriture courante. Nous ajoutons le signe d’accentuation sur un « à » final. Dans le subra, le sougra, il faut entendre: al subrà, al sougrè, montsugrà, la matta de subrà. Chacun est amateur en cet apprentissage. Avec quelque chance, on doit suivre la bonne piste. 

Mais, laissons de côté les mots de la forêt, les sapinières aux arbres longs et les hêtraies qui donnaient du bon fer, et d’autres bois moins considérés: de Gahuzières à la Riva de l’Auzinà et à « N-Abezet », de Niave à Mirailles, de Coumefroide et de l’Homme Mort au Debat, à Fenelle, à Canelle. Mais, le « Quier » est là, obsédant. Cela comporte une butte affouillée par l’érosion, d’un chicot calcaire émergeant au-dessus d’une surface d’érosion, ou encore d’une falaise calcaire dominant un plateau… Il faudra traiter cas par cas, et revoir chaque site. On n’en trouve pas à Camurac. Quirbajou est un replat. Les falaises sont en-dessous. Certes, les bosses ne manquent pas autour. A Belcaire, on a un roc au milieu du village entre le Coume et Lom. On remarque un Piton, qui a abrité une civilisation cam- paniforme (3). Du moins, il a logé des squelettes dans la grotte en-dessous. Ensuite, les Saints Cosme et Damien ont patronné la butte. Entre ces deux moments, l’archéologie devra combler le hiatus. L’archive ici livre: al clot del quier. Il faudra vérifier le site « al coldalquier » et celui « al quier des Bouttons ». A Roquefeuil, on a seulement « al-col-de-quié et col-del quié » (1692). D’ici, à Camurac, les Gassot-ol, et les Boy de… (Boy del my) sont plus fréquents. 

Les scribes du passé ont adopté la forme belliqua- drum. On peut admettre le glissement de quer à quaire- caÏre. Inévitablement, on pense à Bolquère (Cerdagne) et à Ugernum de la Table de Peutinger, devenu Beaucaire. Or, Belcaire glissait vers Beaucairè. Ça faisait bien au XVIIIe. Belcaire signifie quelque chose à l’oreille occitane. Un coin n’est plus un Rocher. On a perdu la racine KAR (pierre…), et la forme quer. Ce roc de Tousquira M.ingalh, qui domine Espezel, se doit de redevenir le « Roc ou Quier de Mergal » ou quié de Mirgal (1541), al guier de mirgals, ce qu’il était il y a deux siècles et même trois. Aux alentours, le terroir est empli de mots attendus et inattendus: la Porta del Quier, al quier de Jehan Rouch (1541), al noguié del quié, « al Quié, à la coma de Bertet ». On notera qu’Alquier est N.P. dans le Haut-Razès, et encore « Al quié Coucagat, ou la riva del quier de mergal ». Ici, il faudrait mêler le son et l’odorat. Le Trésor du Félibrige donne pour concagat : « conchié », le Quier conchié ! La palatalisation de Kier a pu être entendue « chier ». Un mergal déformé a pu faire le reste. Allez savoir. Coucagat ? Une autre base. Plus près de nous, on a préféré tousquirar, tondre, et on déforme Mergal en complément d’objet Mingalh… Il faut inventer le sens, c’est-à-dire écorcher les mots qui résistent. On trouve encore « à Quirilon », « à Quiriquilon », noté quelquefois la Font ou quiriquillan. Non loin du village, près de St Prim et d’un vieux cimetière, un petit plateau a gardé le nom de « à Quirmes », « à Quirimes ». Roquefeuil arrive là. On a écrit « à Quizimes », quirinaut, quimezaut à Chalabre  Le Dr J. Lemoine donne une dizaine de Quier, dans le comté: Kerkorb, Belcaire, un Quier Sarrasis à Joucou. Il faut revoir les quier et guier du Chalabrais. 

En pays de Rebenty, Mazuby offre un Quirballa « ad quirimi de querio Vallana », et plus en 1303 « ad gardiam de query de golat », la gardie du Quer de Golat. C’est bien long. On a pu simplifier ensuite. On aura « al Goulaxé » (M) dans le Cadastre de 1752. On trouve « al Quier d’en Lauzert, le quié d’Enparré à Marsa (1771). A Quirbajou, on situe quer de lenta, al gué de nauralette (1558), et la choque del quier vers 1760 à Belvianes. On se reportera au « Suc » de la thèse d’Alain Nouvel. On a la Soucaille du château dans le Cadastre de Chalabre. On notera « al suqal » à Camurac, parfois al sugal. Lequel porte l’autre, le choque ou le quier ? Peut-être la choque, comme à Chalabre… A Campagna, on dénote le Roc d’alquié et al Quié Rouch, le Roc Rouge. Non loin, on a des Roquelaure, Seigneurs dans la contrée. Pour traiter cette matière rouge, nous proposons l’hypothèse de travail: Laure = Rouge. On éclaire ainsi le Mons Ru/us (de l’histoire du Languedoc) = Montlaur. Fontlaure répond à Fontrouge du Chalabrais, la Roquelaure à Quier-Rouch. Le mont, le causse, la serre, le roc, le pic, le sou là, le baq, le plà, les coumes, les coumefère, et les ferrières sont fréquents ici. On a as coums, as comps à Camurac, la coume (3). 

Il y a les fouilles Pierre Clottes à la grotte de Castelha. 114 sont au masculin. Des bases, admises par la topo nom astique, doivent être confrontées avec le relief. Pour mieux conclure, il faut voir de près. 

Nous renonçons à donner, pour le moment, le sens de divers termes, comme à flis, le reuil, boursadoul, feuilla douls, al boume col del boumes Sarrat de Catoffas, ou encore Serra de Capis (nous avons un hameau de Capis, au Sou là, près St-Jean-de-Paracol), Capierlé, al pasuil, à la pazul… S’il s’agit d’un pas et d’un seuil, c’est assez simple, al Gassolot, al boy de mi. Ces deux lieux-dits sont fréquents à Camurac), Belcaire et Roquefeuil. Or, j’ai noté un « boys d’en mir » (à la bouisha d’en Mir). Mais, il est difficile de croire que ces tènements cultivés soient tous d’anciennes bouishas, et qu’un village, qui, tant a utilisé le buis dans le passé, ait pu perdre le sens de bouisha. Le mot est partout. Le buis était objet d’échange quotidien avec les boisseliers de Puivert. La Garde, à la Gardie (E), à la Gardie (N), c’est au-dessus du village. 

Nous admettons que Peyregueil dans le Plantaurel, et le Peyreguil (Lescale) sont des éboulis de rochers sur de très fortes pentes, des clapas glissants, ou Peyregouliès (B)… On a « lé cinglé » à Puivert, une bancelle naturelle sous la falaise, et aucun en Sault. « L’embaus » est ici partout, où l’on précipite l’arbre long vers la scierie. Labau est une ferme près de Marsa. On a Lai bâutas à Puivert. On descend « per la bâuta ». On « embausse » l’arbre. Il y a Baux et N.P. ici. On trouve le Col de Rodes La Roda non loin à Mazuby, qui domine le chemin de Niort. Le sens vient non de la route, ou de la roue, mais d’un rocher quasi circulaire. 

Pour Pech Nesplié, à Puivert, on dirait « al nesclé ». À Lescale, on va plus loin, les Cl deviennent Pl. Le creux, la doline, ou le clot de la contrée devient le plot (de l’Espagnol, de l’agréu). Ce sont des défrichements de 1700, sous le Trabenet. Donc, Clot est synonyme de plot. On dit ici: « à penjat la plhau al plavelh » (au lieu clhau, clavelh.). Nous avons rencontré cette dissimilation quelque part une fois en Sault : les Plauzals (E), un apax. Le sol et le sous-sol paraissent peu dans le terroir cultivé. Le toponyme végétal est plus expressif que le toponyme rocheux. La géologie et la pédologie sont implicites : les Arenasses (B), l’Arenal (Rod.), le Causse, Escaussanels…, les fangalots, « à ferri ère ». Il y a des Causses, Caunils, Counils. On trouve les balmes une fois. Le schiste, ou la pierre morte donne peu. On cherche des feuils et des feuillets, tel que al feuil (Cornus), Roquafelh, Artiga feilhet, à feuilha Ramond dans le passé, à Belvis. Le tury retiendra notre attention. Il est partout de Villefort au Rebenty : un à Villefort, un à Lescale, la forêt del Thury à Nébias, un à Belcaire, et le foni del tury à Rodome, et encore à Joucou, à Roquefeuil. Cette roche est courante, un calcaire dolomitique travaillé par les eaux et repris dans le plissement. La rocaille de nos jardins, la pierre d’eau des bordures et du griffoul de Chalabre. On en fit des cheminées autrefois. 

On détecte des mots encore à réduire, à partir du site, comme al Cucuruq (A), al cacuruch (Cam), al cuqureu et au Cacaruq (E. 1779), le Carcarich à Campagna, et même al carcarix (N). Cette racine annonce un sommet arrondi. On a des villages « Cucurou-on », depuis la Garonne jusqu’au Lubéron. La racine KAN apparaît dans Cantaloup (Cam) et Canteloup (M), plus Cantobreuf (Marsa) et Cantolauze (B). Le loup chante n’est pas recevable. Par contre, on admet le col del loup et le Sarrat de louve pelade. Le Col de la Gargante est seul de son espèce. Un .rocher de Carach surplombe Quillan. On a le Carcanet au sud, la font de lai Galamudes près du Travenet (4). Les Pics sont des deux sexes : le Pic, le Picou, le Picoulet de Quirhaut, la pique de Maljournal (N), las piquas del Roc (Puivert), Picaussel (E), Pech Aussel (Cam) et Pic Ausselh. La Piqua est une aiguille de roche, sorte de cheminée des fées : Picuxellos, selon une observation de F. Lot, a donné Picausselh. On a un Rec de la Picausseilha à Rouvenac. 

On découvre des rochers aux noms bizarres : le Castel d’ordes à Belvis, la Serre de Casteilles à Quirbajou, et encore Al Dent (Q), un Pech de la Dent. Nous sommes intrigués par « à zale », « à zalou », le long de Rebenty en aval de Belfort. Une ombrée ? Le « s » est devenu « z ». Il s’agit d’un z enclitique comme à Zerbabert (E). A Niort, un pré s’appelle « sales ». Le 8 z ne meurt pas en Sault. 

Avec lom loum, nous sommes à le Coume de loum (N), al coumelh de loum (Cam) dans la rue de la Mairie, à Belcaire. Un quartier de la petite capitale est-il ravin, ombrée ? …On ne saurait le dire… Les sources ont souvent de jolis noms : Dournou à Coudons, la Dourneille (A), la Doux, un mot divin (1). S’il y a un Fondargent en Donnezan, une autre ici, un F. Cristau ou Cristal à Camurac. Le christianisme a récupéré la Fe St Estève de Belvis. St Vincent est près de la Font, à Niort. Les sources abondent à Camurac et Belcaire. Celles de Belvis sont à sec l’été. Espezel a des puisarts, plus la « rivière » au-dessous. On trouve l’Aigue-vive, Fontgrasou, F. Del Clavary, F. de la vergère, Fontalby…, ou F. de Malayret, F. del Sauze, F. d’en Bourre, F. d’en Rigoulet, F. Paujol, les Fontanelles, Fontblanque…, ou bien Fontlaure, fontbessine, fontalanasse, fontcouverte, al gassol de Fontaillou, le pré de Fontaliou. Montaillou est à côté. Il existe un rocher, la font de Talha, à Bellver de Cerdagne. Fontfrède est un font d’en Tourne à Roquefeuil. Fontfresque est la comelle de la F. del Rey, la F. de l’Ours, la F. de la fajouse à Mazuby, et la F. de l’Agal à Belvis, ou à la Font de la villa (A.). 

Souvent, l’eau stagne à la F. de l’Estaing, à l’asagadou, à Oulis Aulis, al passadou, as gourcs, à la Bourboulha, à les bourboulis, à la faudrière de Roquefeuil XVIIIe. Il n’y a point d’arre ici, ni de col des Arres, alors qu’on a deux « Pontarou » à Puivert près du Blaud et à Nébias, au creux sous le village, près du cimetière le pont du cours d’eau. Il y a un Pech d’Oulis en Chalabrais, une font pouzoulhouse sous Campeille. On retrouve les Pouzols (M), A les Pouzols, F. Espouzouille, le bac d’espouzol, le riba d’espouzol. On retrouve Espezel. En montagne, les précipitations sont élevées. La Malairède se situe entre la Gouttipa et l’ega. Ce col porte le nom figé de l’aya : l’ega. Dans les chenaux d’écoulement, ce sont les Corres en Chalabrais (Escorregantar signifie raviner). On en trouve deux ou trois ici : Corre (1), as correts (Cam). On a préféré Canaletta et encore les coulasses, l’escouladou. 

Les ruisseaux ne sont pas nombreux. Le Rieutort est un affluent de Lhers à Camurac, et le Req blancs, le R. del Tury, le Rial d’en Coq à Roquefeuil, le Req de Rimoges, le Rec de Rebounedou rentrent sous terre aux Entounadous à Belvis. Le Req des Astourades devient maintenant des lhanius, de l’ega vers Lescale. Astourade signifie casca-(4).  On connaît Caramauda en Provence (Bulletin de Soc. Mythologie française), un genius loci, tel dans les Asturies (Voyer Antonio Tovar), al Rial de la lause (E), al Rial, à la Rivière (le Rebenty). Rigail est N.P. à Belvis. 

L’ille est partout, le long de Rebenty, le timbal de las illes, à les illes. On dit l’ilha à Puivert et à n-ilhetta à Campgast, la illasse… Le plateau oriental est plus fortement entaillé : le Courriu près Mazuby, et le Req Negré depuis Caillens. Le Req de Menet ouvre la meilleure voie de pénétration de Belfort à Aunat. Il porte le Moulin de Ruelle (disons du Ruisselet). Ce Menet n’est pas Rimini comme je l’ai entendu, mais le Req de Remenatlac. Ce mot figure dans le plan, tel que le Rec de l’Algà à Mazuby et encore à Belvis. 

L’Estagnol est à Campagna. Les secteurs marécageux ou humides sont fréquents, tant l’eau s’accumule dans les bas fonds à la fin de l’hiver. Le Ruisseau de Rimoges sort d’un tènement li-maus. On veut montrer que limace et humidité vont ensembles. Ailleurs, le mot est limosouls. Une base « lim » est possible. Et, Rimoges est proche de Limoges, à l’oreille occitane. Lorsque les laboureurs ont attaqué la contrée, bien des zones en creux étaient des anoulhà, l’anoialum cher à A. Dauzat. Ce mot est resté ici à Espezel et à Aunat. Nous l’avions signalé à Puivert. C’est par exemple les anoulhas, près du Blaud. Ailleurs, le mot mouillère a triomphé depuis la Mouillère près de Chalabre, celle de Villefort, la Mouillère Morte de Puivert, jusqu’à Belcaire: Mouillè Arbary, Mouillère, Redoume, à la M. d’en…, les Moulières à Campagna. Partout, on devra relever les termes qui ont connoté l’humidité excessive des sols, comme Aigalats, Ayarol, Ayrolle… Les lieux-dits d’Espezel sont éloquents : al nol-hàs (1541), la mouillère (1541), à la mouillère (vers 1600), al nolhàs (1541), à la nolhà (1541), als anoilhàcs, à la moil-her (1628), au pré des mouillassis. La mouillère est le pré communal humide d’Aunat, le Pré « al plà du côté de l’anoulhà » (1730), ou le « pré la nouillà ». Ceux sont deux mots proches à l’oreille. Le sens du mot celtique fut longtemps entendu, codé avec à long, comme d’autres. Ce signe l’a certainement sauvé, la marque du locatif. 

La page bucolique se laisse assez remplir. Entre la forêt et la culture, on ne rencontre pas tellement le mot pâture, le plà del Pastural (Roq), contre la forêt de Bélesta, « la Pastoure » à Campagna. Ce pays des bois et des pâturages de montagne délivre une histoire quoti-dienne de la Devèze et de la Devezette (M). Les terrains de parcours, on les connaît par d’autres termes : les Pla-naIs (E), Langrail (B), l’Ourthizet, la montagne de la Fajole, la montagne de Cornus et le Basqui (hameau d’Ariège, devenu communal). On doit suivre les mots sans les forcer. Des sens divers et successifs coexistent pour dire l’histoire. Des vocables savent survivre. Quand parut l’artigue nouvelle, celle-ci a su garder le nom de Rabouillet et de Cardouillère. Après 1860, des espaces de parcours deviendront une forêt, la Gaychère, San Romà (à Puivert), Courtalsec à Nébias. Une bouzigue récupérée préserve son nom : Bouzigou, bouziguette. Dans les meilleurs tènements réservés à l’ovin, on cherche vainement le mot pastoral. L’embarrada dit seulement cette vocation herbagère. Les mots dérivés en al, comme courtal, pastural, paraissent plus nombreux dans le Haut-Razès et la Corbière. Ce n’est qu’une impression que seul un inventaire au peigne fin peut confirmer. Dans le Saltus, on mêle des mots des trois contrées voisines : du Razés, du Chalabrais, et du Comté de Foix. Les pâtures, en français, c’est tout l’espace de l’élevage extensif, la vive et la vaine pâture. Chez nous, maintenant, la pastura désigne le foin et tout le fourrage consommé et commercialisé. Au XVIIIe, le notaire parlait des « pâtures bien assaisonnées »… Faire paître, pessar, amarginar, alhargar, ou apasturar. C’est nourrir en râtelier le bétail de labour et tout le gros bétail. On parle beaucoup de « parc» et de « parquer ». Il suffit de réactiver ces vieux mots : le parré, le parrec, le parreg d’antan, le bercail et les nuits de bercail. 

Les cochons n’ont guère marqué le paysage. L’état civil a hérité de pourquié et poursel (Npr ici). Le glandage était privilège séculaire. Cela interdit parfois dans certaines réserves de la Seigneurie de Marsa. On trouve quelque part un troupeau de porcs communal. Le progrès est le passage de l’extensif à l’intensif : la bête pour soi, sous l’escalier, dans la maison du Notaire à Belcaire. Près de Frontrouge, les Pourquatières sont devenues la ferme de Raulet. On a le Clot de la Maure (truie) à Camurac. Ici, on trouve encore l’Ancien Courtil, Courtaril, à Courtalpic, la Coume de Courtal Bernard. A Espezel, Courtal (1541) ; à Campagna, le Soulà des Cours; à La Fajolle : Prat Courtallà. La Courtade est N.P. à Coudons. Et, ailleurs, on doit retrouver quelque part le toponyme. Un Courtal fut la bergerie, ou bien l’enclos abri du bétail gros et menu. Cependant, la loge du cochon au village est la Courtille, le diminutif. On dit encore au tessou : « A Court! A Sourt ! ». Le porc habite la petite cour, dans ou en dehors de la grande. Le bâti doit la signaler. En 1684, à la Métairie, Orthosoul, près de St Martin-Lys, on a effectivement une maison carrée avec tuiles, un courtal couvert de « riège » et une courtille, plus un sol d’hiere, un jardin, le fer-ratjal. Le bois a servi pour le courtal et la loge (les coustiès). Le Dr Jacques Lemoine le dit aussi pour le mot Borde (Borda, germ, maison en planches). La borda est à la fois la partie et le tout. 

1°. La bergerie aux champs, ou bien à la lisière des terres de parcours, la cabane d’abord, puis « l’embarrada » du passé. Le mot est vivace en pierres sèches avec porte et barre, à la coumeille de la boyria (Aunat 1614). 2°. La bergerie est contre la maison, ou au rez-de-chaussée de celle-ci. 

3°. La petite bergerie devient ferme plus complexe, la Borda d’Aulis, la borde de la Madelle, la BordaBlan-que, la Borda del Sourt. 4°. Inévitablement, une borde peut devenir un hameau, par division, par dédoublement. La Lai Bordas des Aibres loge trois familles. A Puivert, la Barraque fut certainement un abri, avant d’être érigée en bonne ferme seigneuriale, tel que Lai Bordas del bosc de Rivel (Métairies des bois), Laborie près de Bélesta (Ariège). 

Les dérivés du mot borda sont limités, la Bordette, la boriette. La Bordasse est péjoratif. Le Bourdiquié (r), au-dessus de Villefort, sur un piton, le paraît aussi. Mais, cet affixe est bizarre, si affixe il y a. À trop regarder dans ce coin, on lit la série Bourdiquié, Sequié, Palauquié… Palauqui semble N.P. en Sault. 

Les embarrades ont connu un beau succès, au XIXe siècle. Elles étaient une dizaine dans la Carte diocésaine, à Belcaire les Métairies de la Plaine. On en voit 30 à 40 à Puivert en 1900, une dizaine à Lescale en 1944. A Quirbajou, un tènement s’appelle la Borde. En fait chaque famille a une bergerie sous le village et une autre au-dessus. On constate les termes du parcours. Il y a une bouerie une fois, et 116 en Sault. 

Nous avons rencontré le trial. Marsa écrivait les Triaux, au pluriel Altriguet (E), aI sou là de las lau-ses (Rodome). L’Assaladou est un mot de la contrée. On le sait à Puivert. On l’écrit à Niort et à Campagna. Chacun distribue le sel à l’ovin sur des lauzes creusées par l’érosion et bien lavées par l’eau du ciel. Charrebelcos, parfois Sarobalcos, apparaît comme tènement à Camurac. 

Nous savons que le charré était encore à Lescale, en 1920. Le crottin pur et sec est recueilli dans une embarrada. Le berger apportait de pleines hottes pour fumer le jardin. Restent quatre mots-clés : le parré, la jasse, l’orry et la bercellière. 1°. La jasse est une forme latine. A Puivert, c’est actuellement une prairie au milieu des landes (dites improprement les Artigues). Là, étaient parqués les ovins qui pernoctaient. Des embarrades sont visibles à côté. On trouve ce nom près la forêt de Bélesta, encore « à la lasse » E. Le « jàs » est une couche sommaire de l’homme et le gîte de l’animal. 

2°. Le Parré est l’ancien Parc, comme le Req del Parré à Puivert (R. del Parrec 1750). On a quelque part un Parre-gas (vers Léran). Lesparrou est un chef-lieu de Commune du Plantaurel. Le Col de Parré est près d’Able. Nous avons vu un Quier d’Enparré (Camp.). Parré est N.P., plutôt Esparré dans la Haute Vallée de l’Aude et le Capcir, ou le Parreg des Anniehs (la F.) le parc des agneaux. 

3°. Sur le plateau d’Espezel et le Haut Rebenty, l’Orry est resté. Ce mot est certainement courant vers Ax. On trouve l’orry à Espezel, l’orry à Mazuby, ou le Sou là de l’orry à Belcaire, ou encore le Roq de l’orry à La Fajolle. Le sens est probablement le même. 4°. Sur le plateau de Rodome, on retrouve une série latine. Les belles nuits de bercail viennent à se situer au Bercaillou, et à la Bercellière Aunat (de berbix, lat. Brebis), al Ber-caillou (M), et encore las Cledes (Rod.). Le bercail est un enclos construit de Claies légères, fixées par des piquets. Cela montre deux Racines latines, et les deux autres : hamito-berbère, ou gasconne… ? 

Dans le chant des mots, se mêlent les deux paysages, avant et après le défrichement. En Chalabrais, le Seigneur Directe, par acte d’inféodation, devant Notaire, réduit les vacants. En Sault, les Privilèges de 1300 donnent à l’habitant le droit de défricher les landes et les zones médiocrement boisées, à la charge de l’Agrier. À de certains moments, il faut modérer la frénésie du défricheur qui s’installe, comme un vandale, au creux de la forêt. 

C’était cela « Artiguer », défricher, débroussailler, « brusler, extirper », et « défalguer taillis, bois et fustes » à Coudons (d’après la Table de Marbre). Tout se tient en une toponomastique, où le champ se souvient de son état antérieur. Il est relativement facile de décoder le toponyme végétal. On pourrait faire la part de la culture, de la broussaille, et de l’arbre. Mais, nous préférons étudier les affixes. D’ abord, l’Artigue est partout. On en citerait des dizaines. Elle a produit deux villages de ce nom tout près : Artigues à côté de Marsa, et Artigues de Donnezan. Un jeu de mots vaut ce qu’il vaut : « A Artigues manja-ourtigas… ». 

En fait, on a mangé des orties partout, parce que cette plante suit le cultivateur. Elle est réservée à l’animal. On la trouve là où la terre est bonne, c’est-à-dire « dejant la galhina va… ». Coudons avait défriché anciennement une jolie combe, en dessous : l’artiga vielha. Le pays de Belcaire est riche de ces lieux-dits. Artigar sert pour défricher dans le haut pays. Chez nous, on préfère parler de débouzigar, et dans la Corbière et à Nébias de descoutivar (le coutiu) ? La Bouziga est très importante à Camurac et à Belcaire. Des dizaines de bouzigues sont en attente. La terre défoncée est parfois médiocre et lente à récupérer. On pourra la reprendre en dernière analyse. 

Certains vocables expriment la plante ou l’arbre qui a marqué un tènement, au nominatif (le), ou au locatif (al), comme le nesclé, al nesclé (Puivert), a nespliès… le néflier, al pèriè, al pgumiè agrè, al guinhè, as guindouliès, dans les vallées favorisées, ou al lhuzerniè, Lauzarn, à Lauzarn (Roq.). Il s’agit du sorbier, un « éclaireur » d’avant la Luzerne sainfoin, as feuilladouls ? … Plus simplement, encore, on a le Causse, les Escaussanels, et la bouisse, la bouisha. L’un marque le calcaire et la lauze à faible profondeur, et l’autre la plante de ce tènement le buis. Le mentrasté montre une menthe de la contrée…, les brougues, le miniè, ou la rerrière. 

Certaines affixes expriment le diminutif, le péjoratif, et l’extensif. On les lit sans effort : à l’aibret, la hierette, la boucherolle, l’hourtet, la clauzetta, la Fajolle (M), al fajou, le Bouzigou, les bouichous, les artigous, la bartasse, al malhoulàs, al vinhalas (Puivert), la vignasse (J et Marsa) ou la Vinha Vielha, le clauzal, les planals, le Coustal, le Coustalgran. Nous disons abezal (gros sapin). On trouve en Sault un gros abezalhà. 

Quatre types de tènements retiendront notre attention : 1° L. Àl. E  signe -Ar., -, -a, -as. 

Il dénote un lieu cultivé, et un paysage anciennement broussailleux ou boisé, à courtalà (Aunat), al milhà, le canebar, le canebà (XVIII), ou les clots ourdials (Rivel), al palmoulà (paumelle XVI-XVII). On remarque al segalà (Q) (as segalassis B.), lé al seguelà, lé al ségalà (Puivert), à Poumilhâ (B), al milhà, al milhourcà, al malhourcà. On trouve le sarrat de lhinà (Puivert), l’arenal QU l’avenal (Rod.), les abinals (Bessède), le brougàl (XVI), le brougà (XVIIIe, al subrà et al sougrà, al Pech de Montsugrà (B), la matta de subrà (l’aubépin), le ferratjal (Chalabrais et même à Niort), l’auzinà (Puivert). Al falgu à (B), al falgà, le falgayrà, il s’agit de la fougère et non de la forge: fargua. On a l’anoulhà, al peyazal (Merial). On peut trouver des falga (fougères) au « villages des fargues », qui est celui de la Forge ou Mérial. A Puivert, on constate la font de lai fargas et lé fargâs de na-rougé (la fougeraie-de-la-rouge). 

2° L’affixe era, ou iera (noté souvent ere, iere) exprime la même idée. Il vient du aria latin, comme l’autre. La hiere est partout. C’est l’aire. La bercellière se situe sur le plateau oriental. Les plantes nourricières sont là : la fabiera, l’espeutiere, puis la mongetière à St-Jean-de- Paracol (1715), l’ordière à la lignière, la segalière, la pezière, la milhère… La ferrachère arrive sur le ferratjal. C’est une nuance. 

Quand la pomme de terre est déjà arrivée, on écrira la patanière en 1742. L’ancien végétal est en filigrane : l’arjalatière, et l’Argelassière, le Roumingière, la Jonquière, la garroulhère, la tremouillère, la redoulière (à côté du Redou), le moulhère (qui a certainement réduit l’anoulhà), la moulugrière (maurugrière), les moussarnières, la Cardoulhère, à la pinassière, la berubière ? , l’espinassière (l’aubépine noire). 3° Le suffixe ouse-ousse. 

Il correspond en Oc au suffixe « eux » du français, à la Pradouse (B), la predouse (B), à la coumelle herbouse (B), à la bessalouse, la Freychenouse, la frais-hinouse. On a donc la garrosse, la ginebrouse, l’abedouse (M), l’abetouse (P), et la pinouse. (On a M. Pinet de la Pinouse à Quillan). As rouseilhouses est un pluriel de rousilhous, l’Argentinouse un arbuste de la contrée, las faygairou-ses et la faigadouro, à la Vernouse. Et, j’en passe. Reste la Beilhà, à l’abeilhà, A, le pas de l’abeilhà (Puivert), l’abelhanou (Lescale et ailleurs) ? On trouve maintes fois l’abelhanouse, la belhanouse. Le mot était trop long. On a fait sauter le suffixe, l’abelhanouse ici, Lavelanet plus loin. 4° L’affixe et, ede, ade se place dans la serra de l’erbet (B), le fabaret à St-Jean, (as faba-rês, vers Rod.), la Poumayrede, les Poumaredes (Les-cale), et al Poumayret (B), la Poumairède (B), Milleret près de Rodome. La Malayrède a été précédée d’une font de Malayret, plus un N.P. Mellarède en 1469. À Tidoulet (E) fait songer à la plante de Puivert, le tridoulet. (On a le Triolet à Montpellier). On a Tras boisset (B), et le planhè de Bouishet au Nord de Nébias, l’auzeilhet et le Rec de l’auzeilhou, l’albarède, le Sougranet (Q), la garrous-sade et la garroulhade, le redoulet, la fajoulade. On a une série : Rabouillet, rebouillet et Rambouillet, Rambouyè (de Puivert), al Pinet, le nabezet de Nébias, al besset, al bernet, à camp Bernet (Puivert), Lailhet en Chalabrais, à agreboulet, à la boushounade. 

Le menu est varié. On n’en finit pas de ressasser et de ruminer les mots, qui recouvrent le paysage. On nous pardonnera d’avoir peu écrit et trop suggéré. Des mots ont retenu notre attention, et nous devons les revoir sur le terrain. Sans doute, il faut savoir revenir bredouille d’une sortie au « Rond des Sorcières » près de Marsa et encore de Baraban. Qu’importe, l’entêtement sera payant. Il faut vérifier tous les sites, Casteillà et Pech Casteillà. On peut retrouver le « Tartaris » de Quirbajou et un autre « Sarrasis » sur un éperon du côté d’Able. Il est nécessaire de reprendre Castepor, cette « rue des Pujals » le ruisseau ou le chemin ? «Ou à une croix sur une roque qui a une forme de pied de porc », de dater des voûtes, avec Arcs, Arque, Larc, de revoir Caune (E) et Counosoul (Q), et de situer aussi les trois « villes » de Mazuby. Les deux tardives : si Villerouge est as Prats de Bounac, et si Villefred est aux Escoumes de Niort…, où placer la Coundemina de Rouvenac, un mijol du lieu. 

A Couma dé Dent, on parle d’une ancienne localité disparue. La toponomastique n’appartient ni à la géographie, ni à la linguistique. 

Les mots retournent à l’histoire. Des mondes ont refusé la mort par le vocable transmis. 

Page Suivante »
|